‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 29 sur 115 · NOMBRE DES ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

NOMBRE DES ÉPILEPTIQUES

doctrine nécessairement fause, parce qu'elle est absolue ('). »

Si les formes varient avec les malades, si l'état du même malade varie pour ainsi dire avec les heures, la difficulté de l'appréciation est évidente.

Le nombre même des épileptiques donne la mesure du danger de l'erreur en pareille matière.

Les épileptiques forment une catégorie de malades singulièrement nombreuse. En 1875, un aliéniste, bien placé pour le savoir, disait à la Société de médecine légale de France, c[u' « il y avait en France 40,000 épileptiques ; que, sur ce nombre, 4,000 étaient séquestrés comme aliénés, et 36,000 vivaient en liberté (-) ».

Eh bien, si élevés qu'ils soient, ces chiffres sont encore au-dessous de la réalité. En effet, ne sont pas épileptiques seulement ceux qui ont des attaques convulsives à grand tapage et dont tout le monde peut être témoin.

(1) Tardieu, Étude médico-Ugah sur la folie) 2' édit., Paris, i88o,p. 142.

(2) Annales d'hygiène et de médecine légale, octobre 1875, p. 435.

54 lUUESPONSAULKS POUR CALSi: l'ATIIOI.OCIQL'E

De ceux-l.c\, déjà, le nombre est bien considérable ; mais il faut aussi tenir compte de ces variétés de la maladie, bien plus nombreuses encore, dans lesquelles les grandes crises font défaut, ou bien, n'apparaissant que la nuit, ne mettent pas le mal en évidence et n'ont, pendant des années, d'autre témoin que le malade ; enfin, il faut songer aux cas où, — chose plus étrange encore, — le malade luimême ignore l'affection dont il est atteint.

Que sera-ce si on ajoute à cette série de faits les manifestations étcanges, les troubles intellectuels si variés que l'on croit pouvoir attribuer à l'épilepsie, sans qu'il soit possible de démontrer rigoureusement une altération physique, restée à l'état d'hypothèse ? C'est pour indiquer ce rapport supposé que l'on a groupé ces faits sous le titre' d'épilepsie larvée.

Singuliers malades que ces épileptiques par à peu près, c|ui passent de la santé d'esprit à la folie, c[ui, hier inoffensifs et responsables, se montreront demain criminels et pour lesquels on invoquera hardiment l'irresponsabilité !

Il n'est pas besoin d'insister sur le caractère mal défini de semblables états, sur la difficulté du diagnostic, en l'absence de tout critérium propre à en établir scientifiquement la valeur. La caractéristique de ces faits, c'est de n'en point avoir.

Les- épileptiques larvés sont des, malades sans

ÉPILEPTIQUES « LARVÉS »

vertiges, sans attaques convulsives ; ils n'ont pas de chutes, mais ils présentent des hallucinations, des absences, des visions, d'inexplicables bizarreries ; on a constaté chez eux des impulsions soudaines et de courte durée ; on les a vus partir sans raison pour des courses sans but

« Un prévenu, D..., qui avait été soumis à l'examen médico-légal de Lasègue, rencontre un de ses amis, rue de Rivoli ; celui-ci lui demande où il va; D... répond qu'il se dirige vers la gare du Nord pour y prendre le train et aller dans son pays. L'ami, qui se rendait de ce côté, l'accompagne

et entame la conversation ; mais D marche

sans répondre, il paraît ne pas entendre. Arrivé au boulevard Magenta, D... semble s'éveiller d'un rêve, s'informe où il est, et reste stupéfait en apprenant qu'il a formé un projet pour la réahsation duquel il ne possède pas plus de trente sous ('). »

C'est un exemple, mais il y en a mille plus singuliers les uns que les autres, dont la science a reproduit les traits saillants, comme elle a cherché à déterminer la responsabilité des auteurs de ces actes étranges (-).

(1) Legroux, Des actes commis par les épilcptiqucs . {Annales d'hygiène et de vicdccinc légale, t. XLIII, 2° série, I" partie.)-

(2) On trouvera des exemples très curieux d'épilepsie larvée dans un rapport de Devergie {Annales d'hygiène et de médecine légale, juillet 1873), et dans un travail de Morel, analysé parle D' Brierrc de Boismont. {Op. cil., janvier 1874, p. 194.)

Riant. Les Irresponsables. 5

Que ce soit là un des terrains favoris des partisans de l'irresponsabilité, on le conçoit. Mais loin d'y souscrire aveuglément, la science proteste contre toute solution qui ne s'appuie pas sur des faits indiscutables.

C'est de Vépilepsie larvée que le docteur Motet disait : « Quant à l'épilepsie larvée, je crois qu'on ne saurait être trop prudent, trop réservé, quand il s'agit de faire reposer sur des données vagues, incertaines, l'appréciation de la responsabilité ou de l'irresponsabilité d'un préveuu. Je ne crois pas qu'un médecin légiste puisse se contenter de renseignements dont il n'aura pu contrôler l'exactitude. Je ne consentirais jamais, pour ma part, à formuler des conclusions, s'il me restait quelque incertitude dans l'esprit ; je suspendrais mon jugement jusqu'au jour où j'aurais pu constater moimême les troubles vertigineux ou intellectuels que j'aurais pu soupçonner peut-être, mais qui ne m'auraient pas été directement démontrés ('). »

Ces sages réserves doivent être sérieusement méditées, et opposées à la tendance qui. dans une question si délicate, entraîne vers les solutions générales et les conclusions a priori.

Cette nécessité s'impose plus énergiquement encore quand on voit où conduit cette irresponsa-

(i) Annales d'hygiène et de médecine légale, octobre 1875, p.

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