LES HYSTÉRIQUES
A ces difficultés s'ajoute le danger des simulations, plus particulièrement à redouter avec ce genre de malades.
« J'ai observé, dit M. Baillarger, chez une jeune dame des accès étranges, pendant lesquels elle poussait des cris et faisait toutes sortes de contorsions bizarres. En dehors de ces accès singuliers, qui étaient frécpents, et qui se prolongeaient des heures ou même des journées entières, elle paraissait très raisonnable. Elle m'a avoué depuis que, au début de ses accès, elle simulait, et que tout cela était volontaire, mais que, peu à peu, sa tête s'exaltait, et qu'elle n'était plus maîtresse de s'arrêter.
« Quelque chose de semblable a évidemment lieu dans ces accès d'agitation qu'on observe chez certains hypocondriaques, accès pendant lesquels ils crient, font des gestes bizarres, ou se frappent eux-mêmes, comme j'en ai vu deux cas. »
On verra plus loin quelle réserve s'impose dans les faits de dédoublement de la personnalité qui se produisent chez les hystériques, les épileptiques, ou chez certains individus affectés de lésions cérébrales ; combien il faut insister, là encore, sur la nécessité de s'abstenir de toute formule générale et de ne juger que sur les faits rigoureusement vérifiés, dans chaque cas.
Enfin, le bénéfice de l'irresponsabilité a été réclamé en faveur des malades atteints de névroses, même de névralgies transformées.
C'est à propos de ces malades que, d'après une analyse du D'" Brierre de Boismont, Morel disait :
« L'étude des maladies du système nerveux démontre qu'il existe des névroses, qui, sans troubler l'exercice des facultés intellectuelles et affectives, amènent à la longue des états pathologiques ; ceux-ci, devenant causes, produisent de nouvelles modifications dans le dynamisme nerveux. Avec le concours d'une foule de circonstances de l'ordre physique et de l'ordre moral, il arrive que, de l'ensemble de ces phénomènes pathologiques, naissent des actes délirants plus ou moins irréfléchis, plus ou moins automatiques et impulsifs, qui sont de nature à faire traduire leurs auteurs devant les tribunaux... »
Les termes de folie hystérique, épileptique, hypocondriaque, ont été appliqués par Morel à ces états pathologiques anormaux.
Morel signale en outre des névralgies transformées en névroses :
NÉVROSÉS ET NÉVRAT.GIQUES
« On a vu, dans maintes occasions, des malades so\ifErir cruellement de diverses névralgies, sans que l'exercice des fonctions intellectuelles et affectives fût troublé ; mais la névralgie changeant de caractère, il survient ime névrose d'un ordre supérieur, conséquence de la loi de transformation, dont la loi de l'hérédité morbide a présenté des cas nombreux. »
Voici le tableau qu'en a tracé Morel :
« État de souffrance universelle,' sans possibilité de localiser l'élément douloureux; excitation, irritabilité, agacement tel de tous les systèmes nerveux, que les moindres fonctions intellectuelles s'exécutent difficilement; exaltation très grande des facultés, alternant avec l'état de dépression, d'anéantissement; conservation apparente de l'intelligence avec propension à des actes insolites, irréfléchis, à des sentiments étranges que la raison des malades repousse et que leur volonté n'est plus maîtresse de dominer. »
«... Il est impossible pour tous les aliénistes qui ont été témoins de ces phénomènes, de ne pas être convaincus que s'il n'y a pas encore folie caractérisée, l'équilibre intellectuel, moral et physique, est dérangé, et la volonté n'a plus sa liberté (') !
(i) Brierre de Boismont, Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1874.
Combien n'a-t-on pas vu, depuis quelques années surtout, de prévenues de cette catégorie? Chez les voleuses de magasin, à un moment si nombreuses que le mal avait pris un caractère réellement épidéémique, l'irresponsabilité a été invoquée et souvent admise en se fondant sur ces arguments ou d'autres analogues.
Mais alors, où s'arrêtera-t-on ?
Où s'arrêtera l'expert, et, surtout, où s'arrêtera la défense ?
Celle-ci peut-elle négliger cette chance de salut pour son client? Le magistrat n'est-il pas placé dans une inextricable difficulté ? Que dire du Jurj^ ? Sans doute l'expertise médicale viendra jeter sur ce terrible problème les lumières de la science. Mais quelle science médicale, — si elle exclut toute philosophie, toute étude des facultés intellectuelles et morales, pour s'en tenir à la recherche des lésions ou à la constatation des symptômes, — peut parvenir à débrouiller ce chaos et à fournir à la justic.