‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 40 sur 115 · LA DÉFENSE DE LA LIBERTÉ MORALE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DE LA LIBERTÉ MORALE

lement en éloignant notre pensée du plaisir qu'ils •peuvent nous donner, nous pouvons, jusqu'à un , certain point, détourner et éluder les effets sen- :sibles de ces objets et échapper aux désirs c[uils ] pourraient exciter en nous...

« En cédant à ses désirs, on leur prête une nouvelle force, et on les modère par une habile résistance.

K On peut même quelque chose sur les organes du corps, et en leur appliquant un régime, on va jusqu'à modifier leurs fonctions.

« Tout cela prouve qu'il y a en nous un pouvoir ■ différent des sens et du désir, qui, sans en dispo- : ser, exerce quelquefois sur eux une autorité indi- : recte ('). »

Et plus loin :

« La volonté n'est ni le désir ni la passion : c'est I précisément le contraire. La liberté de la volonté m'est donc pas le déchaînement des désirs et des [passions. L'homme est esclave dans le désir et la ] passion, il n'est libre que dans la volonté. Les ] passions s'abandonnant à leurs caprices, c'est 1 l'anarchie. Les passions concentrées en une pas- 5 sien dominante, c'est la tyrannie. La liberté conîsiste dans le combat de la volonté contre cette c anarchie et cette tyrannie. Mais il faut un but à ce

(i) V. Cousin, Leçons (k philosophie, p. 28 5.

combat, et ce but, c'est le devoir d'obéir à la raison et à la justice que notre raison nous révèle. Le devoir d'obéir à la raison est la loi propre de la volonté, et la volonté n'est jamais plus elle-même que quand elle se soumet à la loi.

« La raison et la justice nous affranchissent du

joug des passions.

« C'est dans la liberté, et l'accord de la liberté avec la raison et la justice, que l'homme s'appartient à proprement parler (')• »

Et maintenant que pensent sur cette question les physiologistes, les médecins ?

« La volonté diffère du désir.

« La volonté résulte immédiatement du désir d'agir qui n'est pas contrarié par un autre désir plus fort ou du moins plus influent ; elle naît d'un sentiment ou d'une émotion que l'intelligence vient aider à atteindre ou à éviter son objet ; ce que l'on nomme effort de volonté est le concours de l'intelligence et du sentiment impulsif qui tous deux se concentrent et se combinent pour former le désir lui-même, ou pour atteindre l'objet du

désir (-). .

« N'importe comment on explique physiologiquement la volonté, la distinction ancienne est

(1) Victor Cousin, Leçons de philosophie, p. 3 54-

(2) Brown.

LA PASSION n'est PAS UN ACTE REFLEXE 85

toujours vraie et nécessaire entre les actes volontaires et les involontaires.

« Les auteurs qui soutiennent le déterminisme avec le plus de force ne peuvent eux-mêmes éviter de tenir compte de cette distinction et de la désigner par des termes analogues.

« Le médecin aliéniste, quelle que soit la doctrine qu'il admette, doit distinguer les actes accomplis involontairement des actes volontaires.

« Si toutes les actions étaient également involontaires et fatales, il n'y aurait plus de responsabilité, et toutes les prisons devraient deveiiir des asiles d'aliénés. Il faut admettre, suivant les différentes personnes, une différence dans la force de la volonté. On peut dire avec Tyndall que « nous pouvons, dans certaines limites, agir conformément à nos désirs » ; avec Me. Kendrick, que « la plus haute de toutes les facultés de l'esprit est celle que l'on peut appeler la force de volonté » ; enfin, avec J.-S. Mill, que « nous pouvons tous exercer de l'influence sur la formation de notre propre caractère ; que notre volonté, en agissant toujours sur nous, peut modifier nos habitudes à venir ou ses propres qualités, mais que cette force a des hmites, même chez les hommes les plus nobles et les mieux doués de notre race (') ».

• (i) Hack Tuke, Le corps cl l'cspril, trad.par Piirant, p. 286, J.-B. Baillière.

86 lURiiSPONSABLES POUR CAUSE PATHOLOGIQUK

Il y a bien loin de là à dire que « la colère n'est qu'une manière pathologique de réagir aux impulsions extérieures (') ».

Ne voir dans la passion qu'un acte réflexe, — dans lequel, par conséquent, la volonté n'a pas à intervenir, — c'est tout confondre, l'origine des passions et leur dernière période, la sensation qui est le point de départ, et ce qui achève la scène ; c'est prendre l'exception pour la règle, le fait rare pour la donnée commune.

Avec ciuelle vérité, avec quelle lumineuse précision, Bossuet répond d'avance à cette objection, dont la formule est, il est vrai, plus moderne dans les termes que dans le fond !

« L'imagination et les passions naissent des objets, et par le pouvoir que nous avons sur les mouvements extérieurs, nous pouvons ou nous approcher ou nous éloigner des objets.

« Les passions, dans l'exécution, dépendent des mouvements extérieurs ; il faut frapper pour achever ce qu'a commencé la colère, il faut fuir pour achever ce qu'a commencé la crainte ; mais la volonté peut empêcher la main de frapper et les

pieds de fuir.

* Nous avons vu, dans la colère, tout le corps tendu à frapper, comme un arc à tirer son coup.

(i) Garofalo, Ac les du premier Congrès d'anthropologie criminâle, p. 1

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