‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 41 sur 115 · T. ES PREMIERS MOUVEMENTS DES PASSIONS · texte numérisé non relu

T. ES PREMIERS MOUVEMENTS DES PASSIONS

L'objet a fait son impression, les esprits coulent, le cœur bat plus violemment qu'à l'ordinaire, le sang coule avec vitesse, et envoie des esprits et plus abondants et plus vifs ; les nerfs et les muscles en sont remplis ; ils sont tendus, les poings sont fermés, et le bras affermi et prêt à frapper ; mais il peut encore lâcher la corde, il faut que la volonté laisse aller le corps, autrement le mouvement ne' s'achève pas.

« Ce qui se dit de la colère se dit de la crainte et des autres passions, qui disposent tellement le corps aux mouvements qui lui conviennent, que nous ne les retenons c|ue par vive force de raison et de volonté.

« On peut dire que ces derniers mouvements, auxquels le corps est si disposé, par exemple, celui de frapper, s'achèveraient tout à fait par la force de cette disposition, s'il n'était réservé à l'âme de lâcher ce dernier coup.

« Et il en arriverait à peu près de même c|ue dans la respiration, que nous pouvons suspendre par la volonté quand nous veillons, mais qui s'achève, pour ainsi dire, toute seule, par la simple disposition du corps, quand l'âme le laisse agir naturellement, par exemple dans le sommeil.

« En effet, il arrive quelque chose de semblable dans les premiers mouvements des passions ; et les esprits et le sang s'émeuvent quelquefois si Riant. Les Irresponsables. n

vite dans la colère, que le bras se trouve lâché avant qu'on ait le loisir d'y faire réflexion. Alors la disposition du corps a prévalu, et il ne reste plus à la volonté prévenue qu'à regretter le mal qui s'est fait sans elle.

« Mais ces mouvements sont rares, et ils n'arrivent guère à ceux qui s'accoutument de bonne heure à se maîtriser eux-mêmes ('). »

N'est-ce pas résoudre la question avec toutes les données du bon sens, de la science et de la vérité, replacer la sensation à son rang, la volonté au sien, accorder tout ce qui doit être accordé à propos de l'empire de la passion sur la volonté, et confirmer le principe de la responsabilité, par les exceptions mêmes qu'une saine appréciation conduit à admettre, avec d'autant plus d'autorité qu'on reste dans la mesure et dans la vérité ?

Combien il y a loin de cette dignité, de cette équité, de cette impartiale discussion, à cette prétention qui veut, quand même, faire de l'irresponsabilité devant les passions, une doctrine sans base scientifique, et que démentent l'observation, les faits, l'analyse psychologique, et cette suprême autorité qui s'appelle le bon sens, dont le paradoxe peut voiler un instant la lumière, sans qu'il soit jamais possible de l'anéantir.

(i) Bossuet, De la conuaissance de Dieu el de soi-même,

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