‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 52 sur 115 · IV. — IRRESPONSABILITÉ DES MORPHINOMANES · texte numérisé non relu

IV. — IRRESPONSABILITÉ DES MORPHINOMANES

L Résultats imprévus d'une ordonnance médicale.

il' La morphine, cause de déchéance intellectuelle et morale. — Degr d'irresponsabilité.

Les Orientaux avaient jusqu'ici le privilège de chercher l'oubli d'eux-mêmes dans l'ivresse de l'opium ou du haschich.

Voici qu'en France aussi, pendant que les classes populaires se livrent si complètement à l'abus des boissons alcooliques, - elles ont jusqu'à un certain point, pour eUes, l'excuse du travail et de la misère! l'opium, sous la forme d'un de ses sels les plus actifs, c'est-à-dire les plus vénéneux, la morphine, est devenu la passion d'un grand nombre de personnes appartenant aux classes moyennes ou élevées, et menace de porter une profonde atteinte à l'intelligence et à la moralité de cette partie de la société.

L'Anus DE LA MORPHINE

D'où est venu l'usage, et comment s'est intro- .duit l'abus?

La médecine avait reconnu qu'il était très i rationnel et, dans beaucoup de cas, plus commode ou même indispensable d'introduire les médicaments calmants dans la circulation, sans les faire passer par les voies digestives, celles-ci en étant ; troublées, ou se révoltant absolument contre ces -substances vénéneuses. De là, la méthode des injections hypodermiques^ qui a donné des résulttats excellents, et sans inconvénients, toutes les :fois qu'il s'est agi de médicaments dont l'effet ne .cesse pas avec l'habitude, avec l'accoutumance, et idont il ne soit pas nécessaire d'élever sans cesse. !les doses; toutes les fois aussi, et surtout, que le médecin s'est réservé l'administration du calmant, ne l'abandonnant jamais aux garde-malades ou ,aux malades eux-mêmes.

Mais l'opium et ses sels représentent des médi- .caments auxquels on s'habitue, et dont l'effet c devient bientôt nul, si la dose ne va toujours en . augmentant. Qui a commencé par un milligramme ide morphine, en arrive bientôt au centigramme, ipuis au gramme ; un gramme, deux grammes, ce m'est peut-être plus assez pour voir se calmer la cdouleur ; c'est trop et beaucoup trop pour échapper îà l'empoisonnement. Mais le médecin ne veille-t-il ^ipas? Sans doute, jusqu'au jour où la névralgie à

calmer présente des retours si fréquents, que le médecin, ne pouvant se rendre chaque fois près du malade, lui confie, à lui ou à ceux qui le veillent, médicament et instrument. Alors le mal est fait ; le malade, impatient de prévenir la douleur, s'administrera la morphine avec et sans raison, à tout propos. Demain, il l'essaiera contre une douleur morale, contre une contrariété. Mais encore, dira-ton, faut-il se procurer la morphine, et comme c'est un poison, la nécessité de renouveler l'ordonnance restreindra l'abus. Eh bien, non, quelques pharmaciens ayant pris la dangereuse habitude de délivrer indéfiniment un médicament sur une même ordon- . nance, une fois donnée. C'est ainsi qu'on a pu voir récemment un pharmacien réclamer une somme de 1,800 fr. pour solutions de morphine qu'il avait fournies pendant plusieurs années, et il n'y avait eu qu'une seule ordonnance ('); le médicament n'avait été prescrit qu'une fois !

Le tribunal, en condamnant le pharmacien à huil jours d'emprisonnement et à 1,000 fr. d'amende, a fait justice de pareilles connivences.

Mais qu'est devenue la malade? Car on ne répare pas aisément les conséquences d'une intoxicatior ainsi prolongée.

(i) Annales d'hygiène et de médecine Jcgalc, 1884.

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