LES DEVOIRS DES MEDECINS-EXPERTS
Après cette action, sa figure se détendit, il parut satisfait et se retira. Le lendemain, l'ayant fait appeler, je lui demandai ce qu'il avait fait la nuit précédente. Il m'avoua c[u'au milieu d'un rêve, il m'avait cru l'assassin de sa mère, et cjue l'ayant \ue lui demander vengeance, il avait couru me poignarder. Peu de temps après, il s'était réveillé en sueur, et avait remercié le ciel de n'avoir fait qu'un songe. »
Que fera, dans un cas de ce genre, le médecin ■ chargé par la justice de la mission de déterminer le .degré de responsabilité pénale d'un individu que l'on prétend avoir agi pendant « l'automatisme somnambulique », alors que, toute solidarité étant rompue entre les facultés supérieures, cet individu ■a bien été l'auteur matériel d'un crime ou d'un délit, inconsciemment commis — dit-on — sous l'empire de l'accès de somnambulisme?
• Prenons d'abord, pour simplifier, le cas du somnambulisme spontané.
Si les faits démontrent cjue l'auteur d'un crime ou d'un délita agi pendant qu'il était sous l'influence de l'automatisme somnambulique, qu'il n'a pas eu conscience du fait incriminé ; si, de l'examen attentif, il résulte que l'on a affaire à un malade, à un hystéro-épileptique héréditaire, ayant eu des troubles •cérébraux graves, des singularités inexplicables, des absences, des attaques convulsives, des troubles Riant. Les Irresponsables. lO
136 IRl^ESPONSABI.ES POUR CAUSE PATHOLOGIQUE
de la sensibilité, des accès de somnambulisme bien constatés, interrompant la vie consciente et ter- j minés par des crises hystéro-épileptiques ne lais- | sant au malade nul souvenir de ce qui s'est passé ; j si, dans cet examen, on s'est mis, avec un soin i extrême, à l'abri de toute supercherie, de toute ! tentative de simulation, est-il possible de ne pas admettre le dédoublement de la personnalité, la j disparition de la personnalité consciente, remplacée I par l'automatisme somnambulique, la suppression partielle ou totale de la conscience, de la liberté, de la volonté, de la responsabilité ?
Mais il ne faut rien moins que toute cette analyse de la vie du sujet pour établir l'automatisme, i la cérébration inconsciente, la maîtrise sans contrôle des impulsions, et la négation de l'irresponsabilité.
Le docteur P. Garnier, dans un mémoire récent ('), écrivait: « Pour ce qui est de la respon- t sabilité encourue par un homme dont la conduite ' ] est régie par l'automatisme somnambulique, il y a j aujourd'hui, semble-t-il, unanimité pour la déclarer ^ nulle. On ne peut qu'exonérer de toute sanction \ pénale des impulsions irrésistibles, inconscientes ; j mais il est bien évident que l'expert doit se tenir ^
(i) P. Garnier, L'automatisme somnamhdiqm devant les Iribiniaiix. Annales d'h)^gicnc et de médecine légale, 3'= série, t. XVII, 1887, p. 352-