LE SERGENT DE UAZEILT.ES
balance penchera encore et toujours du côté de 'irresponsabilité !
On cite, pour agir sur l'esprit des juges, des ^exemples; on en cite un surtout; mais n'est-il pas itrop complet? Il ne faut paà trop prouver.
Un traumatisme cérébral a pu, dans une circonstance, devenir l'origine d'une perturbation extraor- .dinaire du sentiment de la personnalité, ainsi qu'on :ie voit dans l'observation très remarquable que :M. Mesnet a publiée (*) :
« C'est l'histoire d'un sergent qui, ayant été t blessé à Bazeilles, en 1870, d'une balle qui lui avait i fracturé le pariétal gauche, fut atteint d'une hémi- Iplégie, qui dura environ un an; il était guéri de ces .accidents, lorsque, étant à l'hôpital Saint-Antoine, ; M. Mesnet a pu observer chez lui les phénomènes : suivants :
« Depuis quatre années, la vie de F... présente (deux phases essentiellement distinctes : l'une norimale, l'autre pathologicj[ue.
« Dans son état ordinaire, F... est un homme ;assez intelligent pour pourvoir à ses besoins, ipour gagner sa vie : il a été chanteur dans un icafé des Champs-Elysées, et ses fonctions de ser- {gent, lorsqu'il était au régiment, révèlent cer-
(i) Mesnet, Mémoire sur l'autoinatismc de la mémoire et du souvenir dans l le somnambulisme pathologique, Paris, 1874.
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taines aptitudes qui l'avaient fait remarquer de ses chefs.
« A l'hôpital, il est serviable, bienveillant, et n'a donné lieu à aucun reproche pour sa conduite. S santé générale ne laisse rien à désirer.
(( La transition à l'état pathologique se produ* en un instant Bien que, dans sa vie ordinaire, on n'ait aucun reproche à lui faire au point de vue de sa probité, — dans sa phase pathologique, agissant sous l'influence d'une sorte de manie du vol, il met dans sa poche, sous les ^'"eux mêmes des personnes qui l'entourent, et de la présence desquels il ne se doute pas, tous les objets de valeur qui sont à sa portée. Ainsi, M. Mesnet m'a conté, que l'ayant un jour conduit chez lui pendant sa crise, le malade se mit à soustraire toutes les pièces d'argenterie et autres objets brillants qui étaient sur les tables. — « Un traumatisme cérébi-al peut donc, aussi bien que nombre de maladies spontanées du cerveau, devenir l'origine d'une altération de la personnalité Voici un autre fait :
« Un agent de police, ayant reçu de nombreux coups sur la tète, a vu son intelligence se troubler d'une façon singulière; sans être aliéné, il croit être double, dit toujours nous en parlant de lui-même, et à table dit volontiers : moi, je suis rassasié, mais l'autre ne l'est pas; enfin, il tenta de se^suicider pour tuer l'autre.
LES EXÈMPl-ES QUI PROUVENT TROP 165
« Bientôt, il était aisé de s'y attendre, ce malade est devenu complètement fou, et, tombe plus tard dans la démence, il a succombé ('). »
Mais, en vérité, ce sont là des exemples trop exceptionnels. Qu'on en fasse des arguments d'école, passe encore; mais, hélas! on en fait des arguments d'audience, comme si cela était la règle commune.
Il ne faut pas abuser de ces curiosités pathologiques, dont experts et magistrats ne verront peut-être jamais les analogues.
A force d'exagérer, de généraliser, on en vient à ne plus admettre la responsabilité chez aucun prévenu ayant été frappé, à une époque quelconque, de ■fièvre typhoïde, ou de toute autre affection ayant pu avoir un retentissement sur l'organe cérébral; cette maladie n'a-t-elle pas atteint irrévocablement l'intelligence, au point de détruire la notion du bien et du
(i) Aza.m, Hypnotisme, double conscience et altérations de h personnalité, Paris, J.-B, Baillicre et fils, 1887.
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mal, n'a-t-elle pas anéanti la volonté? On en vient à ne plus admettre la responsabilité chez aucun individu ayant reçu, un jour, un coup sur la tête, ayant ■fait une chute; car, enfin, qui peut affirmer qu'il ne soit pas résulté de là une atteinte, plus ou moins profonde, à l'intelligence ou à la volonté?
Il vaudrait mieux y mettre plus de franchise et nier la responsabilité absolument, car le mo3^en de rencontrer quelqu'un qui n'ait pas été atteint de fièvre typhoïde, d'une maladie à forme cérébrale possible ou d'un traumatisme, du genre indiqué, à une époque quelconque de sa vie?
Ose-t-on dire que cela soit scientifique?
C'est un médecin légiste d'une grande autorité qui répond :
« On sait que des milliers de blessures à la tète, de grossesses, etc., n'ont jamais produit d'aliénation mentale ; que, par conséquent, ces causes, à elles seules, ne suffisent pas pour prouver une maladie mentale, et elles ne peuvent que s'ajouter aux autres signes pour développer la psychologie des cas particuliers (').
« 11 n'y a pas de circonstances dont on abuse plus dans la pratique, et il arrive souvent que, quand l'intérêt le demande, on s'empresse de présenter une petite cicatrice à la tête provenant d'une bles-
(i) Caspcr, Médecine légale, I, p. 311.