‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 68 sur 115 · I. L'hérédité morbide · texte numérisé non relu

I. L'hérédité morbide

IL L'hérédité criminelle.

III. L'influence de l'hérédité n'est pas fatale : preuves, témoignages. — Où en arrivent les partisans de l'irresponsabilité fondée sur la thèse de l'hérédité fatale?

L'influence générale de l'hérédité est trop connue pour c[u'il y ait lieu de la rappeler ici. Les observations d'hérédité morbide ne sont pas moins communes et frappantes.

■ C'est un fait vulgaire que la transmission des maladies diathésiques, des cachexies : chacun connaît et peut citer des exemples d'hérédité goutteuse,'cancéreuse, dartreuse, tuberculeuse.

170 lURESPONSAlJLES POUR CAUSE PHYSIOLOGIQUE

L'hérédité des névroses ne se manifeste que trop souvent dans les familles.

La folie est héréditaire et se transmet, noa scu-

lement à l'état de folie, mais aussi sous des formes dérivées très nombreuses, qui, à leur tour, peuvent reproduire la folie chez les descendants. Hystérie, épilepsie, chorée, idiotie, hypocondrie, représentent comme des variantes de la folie transmise ; et ellesmêmes reviennent parfois à la folie comme à leur type primitif.

De l'épilepsie observée chez un malade, on peut souvent remonter à l'épilepsie, à l'aliénation, à des affections cérébro-spinales chez les ascendants. Dans les antécédents de l'hystérie, on trouve bien des fois soit l'hystérie, soit l'épilepsie, soit l'aliénation dans la famille.

L'hérédité de la manie est si accusée que, d'après Esquirol, la moitié des cas, ou à peu près, serait d'origine héréditaire. A la Salpètrière, sur 220 cas, il a noté 88 fois la transmission héréditaire, et dans son établissement, sur 152 cas, il l'a trouvé 75 fois (') !

D'après A. Foville, en France, la folie se montre héréditaire 25 fois sur cent, en ligne directe. Si des , auteurs ont donné une proportion plus élevée, c'est qu'ils avaient compris la ligne collatérale, et en-

(i) Biicirc de Boismoiit, L'HémJilc. (Aiiimles d'hygiène cl de médecine Icgde, 1875 ; 2' série, t. XLIII, p. 185.)

I, 'hérédité morbide

globé. avec la folie des affections nerveuses qui lui confinent.

LeXianger est bien assez grand sans cp'on l'exagère par des calculs erronés, par des interprétations vicieuses ou par l'absence d'esprit critic|ue.

Le même criminaliste, dans un mémoire sur Le criminel au point de vue anatomique et physiologique ('), rapporte, d'après Thompson, entre autres exemples, celui d'une famille composée de cjuinze membres ;. sur ce nombre, quatorze furent des faux monna3^eurs ; c[uant au quinzième, il parut pendant longtemps vi\Te honnêtement ; mais à la fin, il mit le feu à sa propre maison, après l'avoir assurée pour quatre fois sa valeur. Il cite enfin « l'exemple le plus remarquable de ce genre, celui de la famille Juke, dont le nom est devenu, paraîtil, aux États-Unis, synonyme de criminel. D'après les renseignements donnés par Dugdale sur cette famille, dont le premier membre connu est un nommé Max Juke, né vers 1720, Lombroso a dressé un tableau généalogicjue qui s'étend à sept générations et qui comprend 709 personnes, sur lesquelles 76 ont été condamnées pour avoir commis 115 délits ou crimes. Sur ce même ensemble de 709 membres connus de la famille Juke,

(i) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1880, 3= série, t. YV , p. 319 et ^11.

on compte en outre 142 vagabonds, 128 prostituées et 121 cas d'infirmités diverses. »

Mais A. Foville se demandait avec raison quelle est, dans ces faits, la part de l'hérédité, quelle est la part de l'éducation vicieuse, de l'influence délétère du milieu moral, de la contagion, du mauvais exemple.

Le professeur Piorry a rapporté l'observation suivante, qui montre la folie apparaissant sous diverses formes, dans trois générations. « Un orfèvre guéri d'im premier accès d'aliénation mentale, causé par la révolution de 1789, s'empoisonne plus tard. Sa tille aînée est prise d'une attaque de manie qui se change en démence. Un de ses frères se donne un coup de couteau dans l'estomac. Un second frère s'abandonne à l'ivresse et finit par périr dans la rue. Un troisième refuse toute nourriture par suite de chagrins domestiques, et meurt d'anémie. Une deuxième sœur, pleine de travers, se marie, a un fils et une fille ; le premier meurt aliéné et épileptique, la seconde perd la raison pendant une couche, devient hypocondriaque et veut se laisser mourir de faim. Deux des enfants de cette même dame meurent d'une fièvre cérébrale. Un troisième meurt sans avoir voulu prendre le sein. »

On le voit par ces exemples limités à l'aUénation, la médecine a trop d'occasions de vérifier cette

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