LES TRANSFORMATIONS MORBIDES
désordre dans les fonctions intellectuelles et affectionnelles ; et, dans l'ordre physique, ils apparaissent ordinairement avec plus de fréc[uence, ou avec des combinaisons spéciales de caractères régressifs ou dégénératifs, au crâne plus spécialement ('). »
Déjà bien difficile à établir, la filiation morbide devient bien autrement laborieuse, quand on prétend la suivre dans les transformations protéiques .qu'elle afl^ecte dans la série descendante.
L'hérédité ! Si encore on ne lui attribuait que la transmission d'une maladie déterminée, identicpe .à elle-même chez l'ascendant et le descendant!
Mais non : en passant de l'un à l'autre, la malaidie peut se modifier; et par quelles variétés elle 1 risque d'être remplacée ! Comment la reconnaître -sous sa nouvelle forme ? Comment affirmer le lien i:entre des produits si différents ?
Morel s'est attaché à prouver que l'héréditaire est i-prédisposé à être influencé par toutes les causes ccapables d'ébranler la raison.
« En outre, il peut y avoir chez lui transformaîtion des affections du S3'Stème nerveux. Ainsi, u.ne ttendance congestive chez un ascendant deviendra, cchez le descendant, une tendance à l'apoplexie ou à
(i) E. Ferri, Actes du premier Congrès d'anthropologie criminelle, Rome :i887, P- 10.
une maladie cérébrale. Un père irascible, emporté, violent, aura un fils maniaque, épileptique, qui luimême aura pour fils un idiot.
« Un père triste aura un fils à folie mélancolique, avec délire de persécution ou tendance au suicide.
« .... Rarement une affection névropathique des ascendants se transmet de toutes pièces aux descendants, à l'exception du suicide. — De bonne heure les enfants montrent des excentricités de l'esprit, des dépravations instinctives des sentiments. Des arriérés, des faibles d'esprit, venus' avec des tendances au mal, sont les représentants les plus directs des transformations morbides ('). »
Et c'est sur un pareil échafaudage que l'on veut établir solidement l'irresponsabilité du prévenu, en raison des maladies retrouvées, à force de recherches ingénieuses, chez ses ascendants, maladies, dont .le crime attesterait encore chez lui des traces !
Mais il faut juger, par les transformations du langage lui-même, du crescendo de la doctrine.
On ne dit plus tant la prédisposition ; on dit plus souvent la tare héréditaire. C'est-à-dire qu'il ne s'agit plus d'une influence susceptible d'être combattue, mais d'une influence fatale. Là où l'on n'aurait vu antérieurement que des tendances phy-
(i) Morel, Analyses de ses travaux, par Brierre de Boismont. {Annales d'byficne cl de médecine légale, 1874, 2' série, t. XLI, p. 186.)