I.A VALEUR DES ANOMALIES
Français ou Italiens, les anthropologistes criminels sont donc bien loin d'accorder, tous, une même valeur aux anomalies et dégénérescences.
Dans cet état de la science, beaucoup de savants pensent et disent que l'heure ne paraît pas encore venue de matérialiser la notion du tjTpe criminel dans quelques formules et dans quelques mesures. On pouvait s'y attendre, et on conçoit que plus d'un ait pu reprocher aux anthropologistes criminels positivistes de réduire l'anthropologie à l'anthropométrie. Mais ceux-ci se sont cru en droit de s'autoriser de l'adage d'un astronome, et de répondre victorieusement avec Képler : « scire est mensurare. »
Vouloir rattacher par un lien étroit, causal, la criminalité à des lésions ou des malformations qui l'expliqueraient toujours, n'est-ce pas risquer de se heurter aux mêmes difficultés, qu'ont rencontrées ceux qui ont voulu trouver, dans tous les cas, la raison de la folie et de ses différentes formes et variétés, dans les altérations des organes cérébraux et de leurs enveloppes ?
Riant. Les Irresponsables. i6
Or, on sait que les résultats des recherches faites jnsqu'ici n'ont pas donné tout ce qu'on espérait obtenir.
Et puis, à généraliser sans mesure, on risque de tout confondre, et de compromettre la vérité par l'abus de la fantaisie.
Il est excellent de mesurer, de compter, d'analyser, de tout examiner, de porter de la précision et de l'exactitude partout où l'on peut, au moyen des instruments perfectionnés de la science moderne ; mais jamais tout cela ne dispensera, jamais cela n'empêchera de se servir utilement de ses yeux, de ses sens, surtout de faire usage de sa raison et du vulgaire bon sens.
Que de fois on prétend faire intervenir, à la décharge de l'accusé, de prétendues anomalies, ou dégénérescences physiques et morales, là où elles n'auraient rien à voir ! Si on en a constaté, — il faut bien le rappeler à la défense comme à la magistrature, — ce n'a jamais été que chez les criminelsnés, les criminels d'habitude ; mais non chez les criminels par passion, par occasion.
Et cependant, cette distinction élémentaire mais capitale, on n'en tient pas compte. A l'audience, il semble que tout criminel, à quelque catégorie qu'il appartienne, puisse revendiquer, à son bénéfice, des anomalies ou des lésions. Mais, elles ne sauraient réellement, quand elles existent, être invoquées,
r.ES AUTOPSIKS NÉGATIVES
pour expliquer le crime et restreindre la responsabilité, que chez certains types de délinquants, parce qu'elles n'ont été observées que chez eux.
Enfin, on sent tout ce qu'il y a de délicat à affirmer des anomalies, des lésions, des caractères dégénératifs beaucoup plus souvent internes qu'externes,^ et dont par consécjuent on ne peut, chez l'accusé vivant, que conjecturer l'existence, en invoquant la statistique et le percentage dejs observations favorables à l'admission de ces anomalies, dans un cas analogue.
Les observations complétées par une vérification post mortem, ne sont pas pour nous entraîner à multiplier trop facilement des affirmations hasardées.
On le sait, chez bon nombre de criminels avérés, ces anomalies font défaut, et je ne reproduis pas ici ces objections faciles, mal fondées, donc sans portée, que quelques-uns tirent des faits mal observés, ou d'autorités insuffisantes, parce qu'elles n'ont pas connu et su mettre à profit les lumières delà critique scientifique moderne. Non. Je parle de faits récents, de faits où la connaissance de ces discussions, et la compétence scientifique, hors ligne, des auteurs des recherches médico-légales ne permettent pas de prétexter que types, lésions ou dégénérescences aient pu échapper à nos plus habiles investigateurs.
Eh bien, tout cela n'empêche pas que, devançant
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la science prudente, autorisée, les défenseurs, et peut-être quelques experts ne portent trop sou->vent devant la justice des faits heureux, des séries d'observations favorables à l'appui de la doctrine de l'irresponsabilité, qui, elle, ne se contenterait pas à si bon marché, et voudrait voir mieux justifiée sa prétention à être une science exacte et positive.
Voilà bien des variétés d'irresponsables ou de prétendus tels, et qu'elles sont compréhensives chacune !
Après cela, on peut se demander combien rares seront ceux qui pourront avoir à répondre de leurs actes délictueux ou criminels.
Il en restait sans doute encore trop ; et l'heure est venue de compléter cette étude par l'examen d'une doctrine qui, si on n'en fait justice, ne laisserait plus jamais place à l'imputabilité, à la responsabilité morale, à la responsabilité pénale.