CHAPITRE PREMIER
l'irresponsabilité d'après l'école scientifique
positiviste
I. Une grande simplification apparente. — Plus d'étude du criminel, du
crime, ni des milieux.
II. Théories de Daily, Littré, Hackel, du docteur Letourneau, etc.
Tant de variétés d'irresponsables, admises à discussion ou acceptées, avaient déjà porté une grave atteinte à l'administration de la justice, et comme une perturbation de fait dans le domaine du droit ; du moins, elles avaient — bien qu'à la manière un peu brutale dont les exceptions, celles surtout dont on abuse, prétendent confirmer la règle — reconnu le principe dont elles ne visaient
TOUS IRRESPONSABLES
qu'à être des dérogations expliquées ; on ne niait pas une formule en dehors de laquelle il s'agissait de prouver scientifiquement que, par des circonstances exceptionnelles, tel ou tel accusé se trouvait placé. Le mal fut, — on pouvait s'y attendre — que bientôt tous invoquèrent les mêmes exceptions, et qu'un très grand nombre en ont bénéficié.
Encore, — pour grand que fussent le dommage, le danger social, — la responsabilité, restait toujours le principe admis, si souvent que, dans la pratic^ue, on cherchât à y échapper. Le défaut du librearbitre était-il invoqué, c'était parce que telle ou telle anomalie, telle ou telle maladie ou tare physiologique, pathologique, ps3^chique avaient obscurci ou éteint les lumières de la conscience, opprimé ou détruit la liberté morale. Et la science venait apporter, à l'appui de cette prétention, tout individuelle, de cette exception de fait, et pour chaque cas en particulier, le témoignage de ses observations, et délivrer comme un certificat d'irresponsabilité, aussi bien motivé qu'il lui était possible de le donner.
Une grande simplification de cette tâche singulièrement laborieuse résulterait de l'adoption de doctrines beaucoup plus radicales.
Déjà, les partisans de l'irresponsabilité par exception au principe de la responsabilité, s'étaient affranchis, au moins un trop grand nombre d'entre-
PLUS HblSOIN d'expertise
eux, de l'étude du criminel, pour ne chercher qu'en dehors de lui, autour de lui, les mobiles et les excuses du crime.
Il y a mieux encore : c'est de se passer de l'une et de l'autre étude. Criminel et milieux n'auraient plus rien à apprendre à ceux qui poseraient en principe l'irresponsabilité, à priori.
Si on pouvait établir que la liberté morale n'a jamais existé, sauf uniquement, comme on l'afjBLrme, dans « les rêves des métaphysiciens, » on serait dispensé de prouver ou de tenter de prouver, non sans laisser de grandes incertitudes, que dans tel ou tel cas, le prévenu, pour l'une ou l'autre des raisons exposées ci-dessus, avait été privé de son libre-arbitre. Ce que l'on n'a pas, est-il besoin de s'évertuer à démontrer qu'on l'a perdu ?
Eh bien, il s'est trouvé des savants, des physiologistes, des juristes, pour formuler un système aussi absolu, et qui affranchirait médecins, jurisconsultes et philosophes de nouvelles études sur le sujet.'
On verra que, si nous citons des déclarations récentes, nous n'avons aucune illusion sur la nouveauté, non plus que sur la valeur de ces doctrines, rajeunies par une adoption qui ne communique pas une force nouvelle à des allégations ou à des dénégations mille fois réfutées. Si nous les rappelons ici, c'est qu'il importe de signaler les désastreuses
TOUS IRRESPONSABLES
conséquences, résultant des applications que l'on a tenté d'en faire aux questions criminelles.
On se rappelle ce passage, cité plus haut, d'un discours prononcé par le docteur Daily, à la Société médico-psychologique, il y a une vingtaine d'années.
« Il est impossible de rattacher à un quid incorporel, les motifs de nos actions; celles-ci dépendent donc directement de notre constitution organique, plus ou moins favorisée par les circonstances du milieu social, inséparables de l'étude de l'homme. En d'autres termes, l'homme ne saurait être moralement responsable de ses actes, pas plus qu'il ne l'est des maladies qu'il apporte en naissant ou qu'il a contractées dans le cours de sa vie. »
Voilà qui est formel. L'homme moral n'a rien à voir dans les actes qu'il fait : il 3^ est passif; de liberté morale, il n'y en a pas : tout est fatal dans ses déterminations, comme dans ses actions.
Si c'est là le point de vue du matérialisme.