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Claude Bernard a dit qu' « en physiologie, le matérialisme ne conduit à rien et n'explique rien (*). »
La science expérimentale s'abstenait, avec Claude Bernard, de toute incursion dans le domaine réservé de la métaphysique. « La science expérimentale est antisystématique, antidoctrinale... Elle ne sent le besoin de se rattacher à aucun système philosophique... » — « Le rôle du savant est de chercher la vérité pour elle-même, sans vouloir la faire servir de contrôle à tel ou tel système de philosophie (^). »
Par son nom même, le positivisme semblait condamné, pour le moins, aux mêmes réserves. Cependant Claude Bernard écrivait que « le positivisme, qui au nom de la science repousse les systèmes, philosophiques, a, comme eux, le tort d'être un système ("). » Claude Bernard avait-il raison?
La science, telle que Littré la comprenait, ignore et dédaigne toute idée métaphysique, Yinconnaissàble. « Le monde, dit-il, est constitué par la matière et par les forces de la matière au delà de ces deux termes, matière et force, la science positive ne connaît rien (*). »
Ce qui n'empêche pas Herbert Spencer, un cri-
(1) Cl. Bernard, La science expcrinientale. Physiologie du cœur j p. 361.
(2) Cl. Bernard, Introduction à la méthode expcrimentale, p. 386.
(3) lUd., p. 392.
(4) Littré, Préface au cours de philosophie positive de Comte.
240 TOUS IRRESPONSABLES
tique non suspect, de répondre : « La science, quelque étendue qu'elle puisse avoir, est incapable d'assouvir l'esprit de recherche. La connaissance positive ne remplit pas et ne pourra jamais remplir le domaine entier de la pensée possible. Au bout de la découverte la plus avancée, une question se dresse et se dressera toujours : Qu'y a-t-il après (*)? »
La vérité s'impose, et devant elle les systèmes ont tort. Les aveux ne manquent pas :
« L'âme humaine, qu'on ne l'oublie pas, a la vie bien autrement dure que les systèmes. C'est même ce qui nous rend si défiants vis-à-vis du positivisme lui-même. Lui aussi, il passera comme tout en ce monde... Lui aussi succombera devant l'impatience de l'esprit humain, qui ne se laissera pas longtemps incarcérer dans le fini, la classification pure, et dont aucune puissance au monde ne paralysera jamais l'insatiable curiosité ('). >
Est-ce pour cette raison que Littré, oubliant la séparation entre la science et l'inconnaissable, écrit, à propos du libre-arbitre ?
« Les premières attaques scientifiques vinrent de ce que j'appelle la psycholegie positive, c'està-dire de cette école qui, descendue de Locke, a
(1) Herbert Spencer, Premiers principes, ch. i".
(2) Albert Réville, Le sentiment religieux et sa valeur en hilosophie. (Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1869).