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LA QUESTION DU LIBRE-ARBITRE

« Le libre-arbitre est inadmissible d'après l'expérimetitation moderne ('). »

« Les anthropologistes, les psychiatres... nient formellement que l'on puisse rencontrer, parmi les puissances psychiques de l'homme, celle du librearbitre. Ils admettent, sur la base des résultats expérimentaux, que les phénomènes psychiques sont les conséquences nécessaires des phénomènes physiologiques ("). »

« Le libre-arbitre étant inadmissible d'après l'expérimentation moderne, tout délit est nécessairement l'effet d'une force plus ou moins irrésistible f). »

« La vraie science doit renoncer aux idées et aux mots de responsabilité... (•*) »

« Même dans le crime, l'influence individuelle est très limitée. Il s'ensuit qu'on ne saurait attribuer à un individu la responsabilité morale de ses actions (^). »

« Quant à la conscience qui nous fait choisir le bien ou le mal, je suis venu avec l'intention de ne pas toucher la question du libre-arbitre... Tel que vous me voyez, je suis le plus faible des hommes;

(1) Puglià, Op. cit., p. 466.

(2) Ibid., p. 467,

(3) Jbid., p. 473.

(4) Benedikt, Rapports entre la folie et la criminalité, Congrès, p. 142.

(5) im.

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je trébuche, lorsque les circonstances sont plus fortes que moi; si c'est moi qui suis le plus 'fort, je ne trébuche pas... (*) »

Plus prudente était la déclaration qui suit : « Médecins et juristes delà nouvelle école feront bien de s'en tenir aux résultats positifs, aux faits acquis, et de ne pas rentrer dans le domaine des idées de philosophie pure, dans la question du libre-arbitre... Il ne faut pas vouloir déraciner le principe éthique sur lequel se basait l'école du passé (^). »

Mais alors, n'y a-t-il plus ni morale, ni justice, ni répression ?

C'est la question que se pose le D' Letourneau, et voici sa réponse.

« Doit-on conclure que la morale n'est qu'un rêve? Nullement. Il faut évidemment une règle des rapports sociaux. Il est des penchants utiles socialement, il en est d'autres qui sont nuisibles, et il est des moyens pour multiplier, provoquer les uns, pour annihiler ou atténuer les autres...

«... Alors, aux yeux du juge, le coupable sera un homme pourvu de penchants, de passions indociles ; un être qu'il faut simplement transformer moralement, si cela est possible, ou, tout au plus, mettre hors d'état de nuire en troublant le plan social. »

(1) Moleschott, Op. cil,

(2) HoltzendorfF, Ihid,, p. ijo.

ÉPICURK ET SPINOSA

« Les notions du bon, du juste, ne sont pas innées dans le cerveau humain.

« Il faut châtier, non plus au nom d'une justice soi-disant invariable, en raison de son origine divine, ou d'une conviction purement intuitive, et par conséquent infiniment muable ; mais au nom de la notion, beaucoup plus modeste, de l'intérêt commun, de l'utile scientifiquement déterminé (*). >

Le matérialisme, ancien et moderne, n'avait pas attendu le positivisme pour nier la liberté morale. Tout est vieux, et sans remonter plus haut, Spinosa, qui, à ce point de vue, avait eu des ancêtres jusque chez les Épicuriens (*) — quel exemple d'atavisme ! — écrivait :

« ... Tout ce que je puis dire à ceux qui croient qu'ils peuvent parler, se taire, en un mot agir, en vertu d'une libre décision de l'âme, c'est qu'ils rêvent les yeux ouverts (^). »

L'auteur qui citait ces lignes, les faisait suivre de ces réflexions :

« La conséquence évidente de cette détestable théorie n'est-elle pas que les vices les plus honteux, les crimes les plus abominables sont, en eux-mêmes,

(1) Letourneau, Physiologie des passions, cliap. iv. »

(2) Épicure, lui-même, avait, comme disait Cicéroii, puisé à la source de Démocrite, pour arroser ses petits jardins (ciijus fontibus Epicurus hortulos suas irrigavit). — Cicéron, De nat. Deor., lib. I, xliii.

(3) Introduction aux œuvres de Spinosa, par Saisset, p. cxlv.

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parfaitement innocents, ne contiennent pas la moindre imperfection, et ne nous paraissent contraires à l'ordre, que parce que nous n'avons qu'une idée confuse des choses?... Si toute action est nécessaire, toute action est légitime, et il faut égaler le crime à la vertu... Que devient la responsabilité humaine, la justice des hommes et celle de l'avenir (') ?

Au fatalisrrie théorique de toutes les époques, d'Epicure à l'heure présente, la réponse est faite depuis longtemps.

Mis en pratique, il n'a été que trop jugé par ses fruits.

Il ne lui manquait qu'une réfutation : il vient de se la donner lui-même, le jour où avocats ou experts ont voulu expérimenter cette doctrine devant les juges ou les jurés. Quel en a été le résultat? C'est ce que les anthropologistes crimi- •nels positivistes de l'école italienne vont nous apprendre.

(i) Introduction des œuvres de Spinosaj par Saisset, p. clii à cliv.

AVEUX d'un juriste ITAr.lEN

En Italie, où l'École venait de remettre en honneur la doctrine de la fatalité du crime, il s'est trouvé des défenseurs pour porter cette thèse devant les tribunaux. Voici l'aveu d'un éminent avocat, M. Puglia.

« Les avocats cherchent à tirer profit de la lutte scientifique, ceux du moins qui, dans l'exercice de leur profession, ont comme règle, beaucoup moins pour objectif, l'intérêt de la science que celui de leurs clients. Il en résulte souvent c|ue les vérités scientifiques sont malmenées par eux, dans la pratique judiciaire. La chose se comprend : ils se servent des idées des criminalistes anthropologistes, pour en faire l'application au code actuel, qui est en opposition avec ces mêmes idées, et ils en viennent à cette conséquence déplorable, d'obtenir souvent le renvoi de leurs clients, ou, sinon une mise en liberté, du moins une diminution de peine, il n'est personne fréquentant les Cours d'Assises et les Tribunaux correctionnels, qui n'entende, presque dans chaque cause, des avocats défenseurs invoquer, sans pudeur, en faveur des accusés, la

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force irrésistible, comme cause efficiente de crimes quelquefois honteux et monstrueux ; — ou encore faire valoir, aux yeux des magistrats, comme circonstances atténuantes, la condition sociale du délinquant, la passion violente qui l'a poussé au délit, le tempérament et une foule d'autres circonstances que l'école anthropologique regarde, dans nombre de cas, comme des circonstances aggravantes de la responsabilité. Jamais on n'a vu faire, comme aujourd'hui, pareil abus de la force irrésistible ; jamais on n'a aussi souvent induit en erreur les jurés, contre qui, désormais, les gens honnêtes, justement soucieux de la sûreté sociale, élèvent la voix, indignés de ce que, en considération de la force irrésistible, les pires et les plus vulgaires malfaiteurs sont renvoyés des poursuites ou condamnés à des peines insuffisantes ('). »

D'autres juristes, non moins autorisés, ajoutent, et leurs conclusions ont été adoptées par le Congrès de Rome :

« Le développement scientifique donné à l'étude des causes individuelles et sociales du crime peut aboutir réellement, dans cette époque de transition, à un affaiblissement de la répression, par un plus grand abus de la force irrésistible et des circonstances atténuantes. Car, dans les procès, on

(i) Puglia, Actes du premier Congrès d'anthropologie crimintlle, p. 468.

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