LA CONFUSION DES THEORIES
tôt sensus? Sur le type criminel, sur l'incurabilité du criminel-né, sur l'amendement possible ou non des délinquants, sur la part d'influence à accorder à chacune des causes extérieures du crime, par exemple, à l'hérédité, à l'éducation, etc., sur la question de savoir si le criminel est un régressif vers la sauvagerie, un homme primitif, un atavique (Lombroso) ; s'il est un aliéné (Daily) ; un neurasthénique (Bénédikt) ; un dégénéré héréditaire (comme l'entendait Morel) ; un aliéné en voie de formation (Virchow) ; un psychopathe (*) (Babinski), etc., c[ue de dissidences, que d'opinions isolées, contradictoires, que d'assertions dogmatiques, que de conclusions hâtives ! Une pareille confusion des idées sur tous les points, est-ce donc là une doctrine ?
(i) Le mot, en vérité, demande explication. Voici celle du professeur russe Babinski : « Le psychopathe est un type de malade tout récemment reconnu par la science médicale. C'est un individu dont toutes les facultés mentales paraissent en équilibre normal. Il pense avec logique qu'il peut distinguer le bien du mal et raisonner ses actions. Mais il est dépourvu de toutes notions morales. Il ne pense qu'à lui et ne s'inquiète pas des autres, qui ne lui semblent être que des instruments utiles pour atteindre le but qu'il poursuit. En dehors de son moi, il n'y a rien de sacré pour le psycopathe. Pour satisfaire sa passion, aucun obstacle ne l'arrêtera, aucune considération de personnes. C'est un égoïste, prêt h tout sacrifier à sa fantaisie et que rien n'intéresse de ce qui ne le touche pas personnellement. Il ne voit que la minute présente, et pour satisfaire son caprice, il est prêt à aller jusqu'à la perdition, jusqu'au crime... Le psychopathe est inguérissable. Il ne faut pas l'enfermer dans une maison d'aliénés; c'est inutile et cela ne peut qu'aggraver son mal. On ne doit pas le punir, car c'est un malade irresponsable ».
TOUS IRRESPONSABLES
Mais, en France, professe-t-on encore, avec Ortolan, que, « s'il a été donné à l'homme de se soustraire aux lois morales, il a pour cela un privilège, la liberté ; mais aussi une charge, la responsabilité (^)? » — avec Cousin, qu' « il faut toujours en revenir à la justice, comme fondement véritable de la peine ; l'utilité personnelle et sociale n'en est que la conséquence ?... » — que « la société ne peut punir que parce qu'elle le doit ; que le droit ici n'a d'autre source que le devoir, sans quoi ce prétendu droit ne serait que celui de la force, c'està-dire une atroce injustice... (-) ?» — Pense-t-on, avec Boitard, que « l'immoralité, la culpabilité du fait, telle que la conscience nous l'indique, est une condition nécessaire pour que ce fait soit punissable et puni ; c|ue l'immoralité est la condition de la justice intrinsèque, de la justice objective, en quelque sorte, de la peine prononcée par la loi (^) ? »
Accepterait-on, en France, les théories italiennes, il reste bien douteux qu'on y souscrive aux mesures répressives d'un caractère si excessif, qui en sont la conséquence ; qu'aux rêves généreux de nos pères, qui espéraient voir les progrès de la civilisation permettre d'abolir les peines les plus cruelles et
(1) Ortolan, Cours de législation pénale comp. Iniroduciion philosophique, p. 155.
(2) Cousin, Du vrai, du beau et du bien (p. J98 et note).
(3) Boitard, Droit criminel, p. 21.