‹ Les irrigations (volume 2)Chapitre 63 sur 103 · C. ESPAGNE · texte numérisé non relu

C. ESPAGNE

Malgré les louanges accordées à la législation espagnole qui réglemente l'intervention des particuliers, le mode d'élection et de représentation des usagers , les pénalités des contraventions, etc., on est surpris de la complication des unités de mesure et du mode de répartition des eaux, formant la base essentielle d'une bonne organisation administrative et d'une police efficace des eaux.

Valence. — Les canaux qu'alimente le Turia pour les irrigations de la huerta de Valence n'ont de réglementation comme prise d'eau qu'aux époques où il n'y a pas excès d'eau. Dans ce cas, la réglementation résulte du fait même de l'ouverture de tous les permis. Chacun de ces pertuis reçoit la quantité d'eau qui s'y engage naturellement et les eaux se trouvent absorbées avant d'arriver au droit de Valence (2). Les règlements

(1) L. Erra, lnchiesta agraria; Mono gr a fi a di Verolanuova, vol. VI, t. H, part. IV.

(2) Aymard, loc. cit.

anciens fixaient, il est vrai, la dotation de chaque prise par unité, fila, ou filet d'eau ; tel canal, celui de Moncade, par exemple, avait droit à 48 filets ; tel autre, comme celui de Pavara, avait droit à 14 filets; mais les plus savantes discussions n'ont pas encore appris ce qu'est le débit de la fila.

Suivant les uns, la fila équivaut au volume d'eau qui passe par un orifice carré ayant pour côté 1 palmo valencien (om,226) et une vitesse de \-palmos (om,904)par seconde, ce qui correspondrait à un débit de 46 litres ; suivant les autres, pour la même section, la vitesse serait de 6 palmos(im,356), d'où un débit de 69 litres par seconde. Quant au module susceptible de fournir le débit de 46 ou de 69 litres, rien n'est pratiquement déterminé (1).

Aussi bien à Valence qu'ailleurs, l'unité de mesure des eaux, telle que les Maures l'ont léguée à l'Espagne, n'est pas absolue ; c'est simplement une partie aliquote, égale au ^Ji du débit total; aussi l'unité n'intervient-elle pas dans la répartition proportionnelle, qui est le principe du système appliqué aux usagers des canaux.

Quant au mode de distribution, les vannes ayant été établies et conservées de temps immémorial sur chacun des bras des canaux, l'arrosage commence par le premier champ à l'amont et se continue sans interruption, tant qu'il y a de l'eau, jusqu'au dernier, pour recommencer ensuite à l'amont, ou pour reprendre sur le point où il a été interrompu au tour précédent.

Le temps d'arrosage accordé à chaque champ n'a

(1} Les Arabes emploient encore aujourd'hui comme mesure la tuile d'eau, que Ton retrouve dans les anciens règlements de certains canaux de Valence. C'est le volume qui passe dans une tuile ordinaire, placée, la concavité vers le ciel, de façon à arroser la crête d'un bâtard eau qui l'affleurerait.

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d'autre limite que les besoins de la culture. C'est Yatandador, inspecteur des tournées d'arrosage, qui apprécie le moment où il faut retirer l'eau d'un propriétaire, pour la donner à un autre.

De même que l'eau ne rétrograde jamais, nul usager ne peut prendre les eaux lui-même, mais il est tenu de faire l'arrosage quand elles lui arrivent.

Dans les moments de disette d'eau, il n'y a plus aucune régularité pour les tours d'arrosage ; tout est laissé alors à l'appréciation du syndic, assisté des inspecteurs (veedores) dont le devoir est de sauver les récoltes qui périclitent le plus, d'après un ordre que l'usage a déterminé.

Jucar. — Au canal du Jucar, c'est Yacequiero mayor^ le grand syndic des eaux, qui règle la distribution conformément aux usages établis et la pratique usuelle. Il n'y a aucune répartition exacte, tout se faisant d'après les appréciations des agents placés sous les ordres du grand syndic. Dans la plupart des communes, contrairement à ce qui se passe à Valence, ce sont des arroseurs publics qui font l'arrosage, à l'exclusion, mais au compte des propriétaires. Dans la huerta du Jucar, la rotation revient généralement tous les douze jours.

L'absence de réglementation des prises d'eau peut seule justifier une organisation aussi primitive, qui donne prise à l'arbitraire, ou à l'abus des préposés subalternes.

Alicante. — Dans la huerta d'Alicante, la situation est plus compliquée, en ce qu'il y a deux natures d'eau, l'une que l'on peut vendre, ou acheter indépendamment de la terre, et l'autre que Ton ne peut vendre, ni acheter sans la terre; ce qui donne lieu à une comptabilité double pour la vente des bons d'arrosage (albalaes) de chaque rotation double (tanda), correspondant au nombre

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d'heures pendant lesquelles doivent fonctionner les deux canaux qui arrosent la huerta. Il y a des bons d'arrosage pour une durée de i jusqu'à 60 minutes, dont la vente se fait tous les matins à la criée. Un registre matricule, un registre alphabétique et un brouillard tiennent à jour les opérations de distribution des eaux effectuées chaque matin.

Lorca. — A Murcie comme à Valence, l'eau est annexe de la terre; si Ton n'en use pas , elle fait retour à la masse commune ; tandis qu'à Lorca, l'eau a été détachée de la propriété du sol; elle se vend comme à Alicante.

L'unité d'eau (hi/a) qui se vend à Lorca varie . i° en raison du volume des eaux de la rivière Guadalantin; 20 du nombre de parties aliquotes formant la dotation de chaque canal ; 3° des prélèvements pour arrosage gratuit; 40 des saisons; et 5° de la durée des jours et des nuits. Pour les eaux d'Albacète, par exemple, le débit est partagé en 25 parties aliquotes ou modules, donnant lieu journellement à 5o hilas (25 de jour et 25 de nuit). Tel de ces modules a comme période de rotation i3 jours, correspondant à 26 hilas , tel autre, 23 jours, ou 3o jours, etc. Ailleurs, comme pour les branches de Subullena et Alberquilla, le module n'est plus divisé en hilas, mais en cuartos, qui correspondent à la jouissance de toutes les eaux pendant 1 heure et quart; ce qui donne 19 cuartos pourles 24 heures de la journée.

Hilas et cuartos se vendent à la criée contre des bons à payer, dont le montant est perçu par le trésorier, inscrit dans les livres, et réparti en fin de mois entre les propriétaires des eaux. Les causes nombreuses et variées qui altèrent d'un jour à l'autre, d'un canal à l'autre, la valeur de l'unité que Ton vend pour l'usage de jour ou de nuit, ne font pas qu'un pareil système d'en-

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chères, quelque rompu que soit le paysan à la connaissance de la marchandise qu'il achète, puisse passer pour un modèle d'équité et de simplicité. Mais l'Espagne, tout en laissant subsister ces usages établis par le temps, a modifié depuis le décret du 29 avril 1860, les bases des concessions d'arrosage, en consacrant le principe de l'annexion de l'eau à la terre; elle n'a reculé que devant la réforme du mécanisme invétéré pour la distribution des eaux d'irrigation.

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