‹ Les irrigations (volume 3)Chapitre 59 sur 128 · III. — LIMONS · texte numérisé non relu

III. — LIMONS

1. Limons des cotirs d'eau. — Les cours d*eau qui affluent dans les mers et dans les lacs sont chargés de matières en suspension, variant en quantité, en composition, en couleur et en grain, d'après les saisons. Tantôt les eaux qui charrient ces matières sont hautes et rapides, travaillant à la corrosion des roches qu'elles traversent; tantôt elles sont basses et lentes, facilitant le dépôt sédimentaire le long de leur parcours. Enfin, certains tributaires entraînent des limons particuliers et grossissent à des époques variables, modifiant la loi suivant laquelle les atterrissements de chaque fleuve s'opèrent, exhaussant le lit, l'élargissant, le comblant, ou le forçant à s'en ouvrir un nouveau (2).

Les matières transportées par les cours d'eau peuvent s'utiliser de deux manières pour l'amélioration ou la bonification du sol. La première consiste à créer, par voie de colmatage, des alluvions, à l'aide desquelles on dessèche

il) R, Staz. enologica sperim, di Asti, 1874. (2) Lyell, Éléments de géologie, 1839, p. 38.

et on comble les bas-fonds des marais, qu'il serait difficileouimpossibled'assainirautrement; ou bien à fertiliser des landes et des grèves entièrement stériles; c'est là un* des modes les plus précieux d'amélioration du sol, quand les limons sont fertiles et susceptibles d'une production agricole qui couvre les frais de l'opération de colmatage.

La seconde manière, d'une application bien autrement large, à tous les terrains, quelle que soit leur fertilité, a pour but, par voie de déversement, ou de submersions plus ou moins prolongées, de restituer au sol un ensemble de principes fertilisants que les récoltes consomment incessamment. Tel est le but principal des arrosages avec les eaux troubles d'hiver ; non seulement les eaux agissent alors par les sels qu'elles tiennent en dissolution, ou à l'état latent, mais encore par le dépôt des matières terreuses ou limoneuses dont elles se dépouillent au profit du sol.

Nous nous proposons d'examiner dans ce dernier but l'importance et la nature des limons des eaux courantes. L'étude déjà faite des couches géologiques montre qu'à l'exception d'un très petit nombre, telles que les argiles marneuses, les bancs gypseux, les sables ligniteux ou pyriteux, etc., presque toutes les roches peuvent céder des principes favorables à la végétation. Or, ceux de ces principes qu'il est le plus difficile et le plus coûteux de remplacer dans le sol cultivé, la potasse et Tacide phosphorique, se rencontrent généralement en beaucoup plus grande quantité dans les limons et dans les eaux, que dans la terre arable.

Les données expérimentales fournies par de nombreuses observations qui ont été faites surtout en Italie, permettent de constater que les eaux troubles de certains torrents, ou de rivières à forte pente, contiennent quelquefois jusqu'à 5 et 6 millièmes de leur volume de limon,

qui, par le seul effet de la vitesse du liquide, reste en suspension, mais, dès que la vitesse s'atténue ou cesse, *se dépose. C'est ainsi que se sont formées les immenses alluvions anciennes dont nous avons parlé et qui continuent sous nos yeux celles des vallées du Pô, du Rhône, de l'Èbre, du Nil, etc.

Alluvions du Rhône, — Les dépôts alluviens du Rhône, ou crémentSy comme on les appelle, sont d'une fécondité si remarquable que beaucoup de riverains, au lieu de préserver leurs terres de l'envahissement du fleuve à l'aide d'endiguements que l'intérêt général commande d'établir, préféreraient acheter, au prix d'une année de récolte, la matière fertilisante que les eaux apportent avec elles. D'après l'analyse chimique, ces alluvions ne sont pas calcaires, mais magnésiennes (i).

Limon de VÈbre, — Les eaux de TÊbre qui parcourent les vastes territoires de l'Aragon et de la basse Catalogne, abandonnent, d'aprèç l'expérience et le calcul, un poids total, pour chaque année culturale, pendant les irrigations, de 39 kilogrammes de limon par hectare.

Ce limon très ténu, mélangé dans le delta aux parties salines laissées par la mer, et constituant le terrain où ne se rencontrent ni coquilles ni gravier, a été analysé sur trois échantillons prélevés dans la ferme Castillaroz, sur la couche attaquée par les labours. M. Carvallo a publié ces analyses (2) :

Eau perdue 19.40 17.00 24.00

Résidu insoluble (argilo-siliceux; 32.68 39.27 3o.58

A reporter 52. 08 56.27 54.58

(i) Pouriau, Thèses à la faculté des sciences de Lyon , i858. (2) Acad. nat. agricole^ etc., 18C4.

Report 52.08

Alumine et oxyde de fer . . 14.63

Chaux 14.22

Magnésie 2.02

Eau combinée; acide carbonique \ . -

Matière organique j V * ^

o.io

Page 1