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Azote

Ce qui manque à ce mélange en proportions convenables des éléments nécessaires à la végétation, c'est la matière organique et la potasse.

Limon du Nil, — Il n'en est pas ainsi de l'exemple le plus remarquable de limon, celui du Nil, abandonné après chaque crue périodique, sur les sables de ses rives. « Les digues sont rompues; l'inondation du Nil s'étend à perte de vue, s'écrie l'attrayant et érudit voyageur, Arthur Rhoné, le fleuve sacré règne sur la plaine... La nappe de ses eaux fécondes s'étale, s'élargit et s'endort sur cette vieille terre qu'elle enrichit, en regardant le soleil. Là, elle se resserre et fuit entre deux pointes boisées qui se contemplent, pour aller s'épanouir plus loin. Par cette échappée on aperçoit encore des lagunes sans nombre, la plaine brune et fertile qui attend les eaux, envahissant les tertres croulants de Memphis, puis le désert, puis les pyramides, comme lui, éternelles et muettes (i). »

Vœlcker qui n'a pas eu à décrire le spectacle de l'inondation du Nil, a déterminé, comme nous l'avons indiqué plus haut, la composition des eaux du fleuve, pour reconnaître à quelle période des crues elles sont plus fertilisantes. Il a ainsi constaté que pendant l'inondation,

{I) A. Rhoné, VÉgypte à petites journé^s^ Paris, 1877, p. i83. T. I. 22

elles tiennent quatre fois plus de matières en suspension qu'à l'étiage; et en outre o gr. 169 par litre de matières solubles. Mais chaque crue déposant une couche de sol vierge à . la surface, on peut dire que la fertilité est due principalement au colmatage des rives (i), qui s'exhaussent d'un millimètre environ par an.

La composition moyenne du limon du Nil, pendant la crue et pendant Tétiage, telle que le D*^ Letheby Ta déterminée, est la suivante :

Crue. Étiage.

Matières organiques i5.o2 10.37

Acide phosphorique ., i . 78 0.57

Chaux 2.06 3.18

Magnésie 1.12 0.99

Potasse 1.82 1.06

Soude 0.91 0.Ô2

Alumine et oxyde de fer 20.92 23.55

Silice 55.09 58. 22

Acide carbonique et perte i .28 i .44

Total 100.00 100.00

Ainsi, c'est pendant la crue, au moment oti l'irrigation est la plus active, et quand la submersion des bassins de la haute Egypte fonctionne, que le limon du Nil contient les plus grandes quantités de matières organiques, d'acide phosphorique et de potasse, les éléments fertilisants par excellence. S'il peut être classé parmi les alluvions les plus riches, le limon est toutefois pauvre en calcaire; aussi les agriculteurs ont-ils reconnu depuis longtemps que les cultures qui exigent le moins de chaux sont celles qui procurent la meilleure réussite en Egypte.

Un fait singulier à noter au point de vue des irrigations, c'est que l'eau du Nil, par infiltration dans les

(i) Vœlckery travaux et expériences, par A. Ronna, 1888, t. II, p. 391.

LES IRRIGATIONS. SSg

couches inférieures du sol, formé de limon de même composition, $e charge de quantités considérables de carbonates, de sulfates de chaux et de magnésie, et surtout de chlorure de sodium; aussi quand les eaux d'infiltration arrivent à la surface, laissent-elles en s'évaporant des efflorescences blanchâtres et de véritables dépôts salins qui rendent toute culture impossible. Les cultivateurs redoutent à ce point Teau d'infiltration qu'ils préfèrent élever Teau d'un canal de niveau inférieur à celui de leurs champs, plutôt que de la recevoir à la hauteur même des terres.

La composition moyenne des eaux puisées pendant l'étiage, dans trois puits situés à une assez grande distance du Nil, comparée à celle de l'eau du fleuve, justifie amplement cette appréhension des agriculteurs :

l'AR LITRE.

Efto Eau

dM pnlU. dn NU.

«T. fr.

Chaux 0.1656 0.0424

Magnésie 0.0453 o.oioo

Soude 0.0820 0.0620

Potasse 0.0037 0.0144

Chlore o.i36o 0.0067

Acide sulfurique o.o5(j3 0.0216

Acide nitrique 0.0017 traces.

Silice, alumine et oxyde de fer 0.0180 0.0097

Matières organiques 0.0060 0.0175

Acide carbonique et perte 0.1226 0.0403

Résidu solide 0.6402 0.1690

mUllgr. mllllffr

Ammoniaque saline 0.057 0.0061

— des matières organiques. 0.067 o.oiio

Relativement aux matières tenues en suspension, la proportion est très variable d'un mois à l'autre, cha-

que crue amenant des eaux rouges ^ chargées d'une quantité considérable de limon des plateaux.de TAbyssinie, entraîné par les courants rapides du Nil bleu et de TAthara; mais aussitôt le grand flot passé, le fleuve perd sa couleur rougeâtre, et le limon n'est plus charrié en aussi grande quantité.

Les matières en suspension constatées pendant Tannée 1874-75 sont indiquées ci-après en grammes par litre d'eau :

Minimum. Maximum. Moyoïnc

de 11 moïK

Matières organiques... o.oo5i 0.1841 0.0413

Matières minérales o.o383 1.3074 0.2713

Total 0.0434 1.4915 0.3126

Il y a lieu d'observer que pendant les premiers jours de chaque crue, alors que le fleuve monte encore lentement, il commence par prendre une couleur verdàtre due aux détritus végétaux venant des immenses marais équatoriaux; dans cette période ascendante qui dure de 8 à 1 5 jours, les eaux tiennent peu de limon, mais beaucoup de matières organiques (i).

Tandis que dans les rivières calmes, le limon des vallées inférieures ne consiste qu'en matières impalpables qui troublent plus ou moins la limpidité des eaux; dans les rivières torrentielles, la quantité de limon est parfois si forte que les eaux boueuses déposent jusqu'à 40 millièmes de leur volume. C'est avec ces dernières qu'ont été effectuées en Toscane les premières grandes opérations de colmatage.

Pour les opérations qui concernent le limonage du sol, il s'agit seulement d'eaux troubles ordinaires. La

(i) J. Barois, V Irrigation en Egypte, 1887, p. 16.

proportion de ces troubles est toujours facile à calculer en laissant reposer pendant le délai voulu un volume d'eau recueilli en temps de crue; on établit ensuite la proportion entre le volume du dépôt et celui de l'eau qui Ta fourni (i).

Si la quantité des troubles par mètre cube d'eau se modifie d'un jour à l'autre, la quantité absolue, subordonnée au chiffre du débit, et la composition de ces troubles, se modifient également. Il en résulte que, pour obtenir des résultats exacts et comparables, il faudrait procéder à des séries continues d'expériences exigeant du temps, des soins délicats, notamment pour les jaugeages des cours d'eau au moment des prises.

Mangon a poursuivi dans ce sens des recherches du plus haut intérêt, sur les limons de la Durance, de la Loire et de quelques-uns de ses affluents, du Var, de la Marne et de la Seine. Il en a été fait également par Hûbbe, sur l'Elbe, et par Forshey, sur les eaux du Mississipi, sans que la composition chimique des limons recueillis ait été indiquée par ces deux derniers observateurs.

Limon de la Durance» — La Durance dont les eaux utilisées pour les irrigations, sont on peut dire le mieux utilisées en France, a surtout fait l'objet des expériences de Mangon (2). C'est ainsi qu'il a constaté que la moyenne mensuelle du poids des matières solides entraînées, variant en nombres ronds de 199 grammes à 3,633 grammes, la moyenne annuelle est de 1,454 gr. par mètre cube.

Au point de vue de leur composition, ces limons représentent comme moyennes par mois et par an, pour cent :

(1) Nadault deBuffon, Des submersions fertilisantes, 1867, p. 21.

(2) Expér. sur l'emploi des eaux d'irrigation j 1869, p. iSy.

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