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VI. - LES RÉSERVOIRS DES CANAUX

De nombreux et de vastes réservoirs ont été construits en France depuis un demi-siècle, par les ingénieurs de l'État, mais uniquement pour l'alimentation des biefs de partage des canaux de navigation, afin d'assurer à la navigation le mouillage normal. Les grandes digues de Grosbois, de Chazilly , de Cercey, de Ponthier, de Tillot, de Remilly pour les deux branches du canal de Bourgogne; de Bouzey, pour le canal Saône-et-Meuse ; de la Vingeanne et de la Liez, pour le canal de la Marne à la Saône, etc., suffisent pour démontrer quels sacrifices l'État s'est imposés dans ce but.

Deux ruisseaux du département de l'Allier, l'Auron et la Marmande, ont été fermés, par exemple, depuis 1846, pour emmagasiner les eaux nécessaires au canal

<i) PoloncMU. Des eaux relativement à V agriculture^ p. 16.

du Berri. Les réservoirs établis à l'extrémité des vallées accidentées où coulent ces ruisseaux, offrent ensemble une surface de 208 hectares et une capacité de 7 millions et demi de mètres cubes; ils livrent à un écoulement régulier 1 1 millions et demi de mètres cubes d'eau par an. Les bassins formés par le terrain triasique, les sables et les argiles tertiaires qui se drainent sur une superficie de 6, 3 00 hectares, abandonnent aux [réservoirs plus du tiers de la quantité d'eau pluviale qu'ils recueillent (i).

Il en est de même des réservoirs établis en amont de Montluçon, qui captent les eaux des affluents du Cher, sur des terrains granitiques moins perméables. Le rapport entre le volume d'eau emmagasiné et celui de l'eau pluviale qui tombe annuellement serait encore plus élevé; il atteindrait 56 pour 100.

Comme pour les bassins -réservoirs destinés aux irrigations, ceux que nécessite l'alimentation des canaux navigables, font appel aux ruisseaux et aux sources qui prennent naissance au-dessus du bief de partage. Ces cours d'eau, le plus souvent à pentes rapides, ne convergeant pas au bief, il est nécessaire de les dériver en totalité ou en psfrtie, à l'aide de canaux ou d'aqueducs dans lesquels la vitesse de Teau est supérieure ào",2o ou o'",3o par seconde, pour qu'ils n'aient pas trop de longueur et ne s'ensablent pas à la suite des orages.

Les produits inconstants des cours d'eau et l'étiage, qui coïncide d'ordinaire en été avec l'époque oti la navigation est la plus importante et oti la dépense des biefs est la plus grande , obligent de mettre en réserve les eaux surabondantes d'hiver pour les ajouter aux eaux insuffisantes de l'été, et d'établir des réservoirs. Ces réser-

(1) Gallicher, Rapport sur l'état des travaux publics à l'Assemblée iwtionale. juillet 1871.

voirs sont le plus souvent constitués par des digues, telles que nous les avons déjà décrites, barrant une vallée ou un vallon que parcourent un ruisseau, un torrent ou des sources abondantes , et dont le versant offre une assez grande étendue pour recueillir les pluies qui tombent. Le jaugeage des sources et des ruisseaux et l'observation des volumes annuels de pluie permettent de calculer la quantité d'eau que le réservoir devra contenir et la hauteur à donner à la digue. Souvent ces ressources ne suffisent pas , même pour le débit des grandes eaux, et il faut recourir aux machines qui élèvent les eaux inférieures d'une rivière jusqu'au niveau du point de partage.

Les digues des canaux se construisent suivant trois systèmes : remblais seuls, murs et remblais, et mur seul.

1. Digues en terre. •— Les digues en terre, d'après Déglin (i), ont au moins 6 mètres d'épaisseur au sommet, et leur crête doit dépasser d'au moins i™,5o le niveau maximum des eaux. En outre, cette crête doit être couronnée d'un pavé et garnie d'un parapet. Les vagues font que ces dimensions sont souvent augmentées, pour empêcher le ravinement et les brèches du talus extérieur, par les eaux qui franchiraient le couronnement. L'intensité des vagues dépend de l'orientation , de la surface et de la profondeur du bassin. Au réservoir de Chazilly que nous signalons plus loin , on a observé des vagues de 3 mètres de hauteur, et à celui de Cercey, qui a une forme circulaire, des vagues de 2 mètres.

L'inclinaison à donner aux talus des digues peut varier de i, 25 à 3 de base pour i de hauteur; comme les parements des remblais tendent toujours à prendre

(I) Art. Canal. Dictionnaire des Arts et Manufactures^ a« éd., t. I» i853.

un protil concave, plus raide vers le haut et plus doux vers le bas, il a été proposé, notamment pour les terres glissantes, de partager le profil en trois parties séparées par des banquettes horizontales, et présentant i,5,3 et 3 de base pour i de hauteur.

Quel que soit le mode de construction des remblais en

FiG. 35. — RÉSERVOIR De Cercey; type de remblai; plan.

terre, leur parement intérieur est revêtu d*un perré posé par assises réglées, ou à joints incertains, ou même d*un simple enrochement, qui défend la surface mouillée contre les corrosions des vagues et le choc des eaux en mouvement.

Digue de Cercey. — Sans nous étendre davantage sur la construction des digues en terre, nous décrirons le réservoir de Cercey, dont le mur circulaire est formé seulement de remblai.

Situé près du village de Toisy, le réservoir occupe le fond d'une petite vallée (voir le plan fig. 55) et reçoit les eaux du ruisseau le Thorey, par un canal de 14 kil. de longueur.

La digue a i",5o d'épaisseur à la crête, et 5o mètres à la base ; elle est revêtue de maçonnerie sèche extérieurement. Sa longueur est de 1,040 mètres, et son profil est formé par deux talus rectilignes également inclinés, de 10 de base pour 4 de hauteur, sans retraites. La hau-

FiG. 56. — RÉSERVOIR DE Cercey; coupe transversale de la digue

BN terre.

teur de la crête est de 1 2 mètres, et la capacité du réservoir de 34,00,000 mètres cubes.

La prise d'eau (fîg. 56) se fait au moyen d'un aqueduc placé au radier du réservoir. Un puits sert à manœuvrer du haut de la digue, par une tige, la vanne de l'aqueduc.

Le déchargeoir de fond consiste en un aqueduc que ferme également une vanne manœuvrée du haut de la digue. Un petit déversoir est pratiqué sur la rive droite.

Le canal de 4,000 mètres de longueur qui reçoit les eaux du réservoir, les conduit au bief de partage du canal de Bourgogne, à Pouilly.

A la suite de divers mouvements insignifiants que la digue éprouva dans les années i836, 1841 et 1842, il

arriva après de fortes pluies, en janvier 1846, qu'une partie de l'ouvrage , tant à Tintérieur qu'à l'extérieur, subit un glissement, et la plate-forme s'affaissa naturellement, de telle sorte que la surface a pris une cambrure cycloïde, que l'on retrouve dans d'autres digues, comme celle de Vassy.

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