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TYPES DE DOMAINES IRRIGUÉS

Comme conséquences pratiques des principes de l'irrigation, nous décrirons quelques exploitations pouvant servir de types dans la haute Italie. D'autres exemples

(I) Monograjie agricole del Prof. Bodio; tllalia agricola. 1874, t. VI, p. 420.

LES IRRIGATIONS. 5oi

pris dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Hautes-Pyrénées, TAllier et le Gard, fourniront des données positives sur d'utiles applications réalisées dans des circonstances toutes différentes. Un dernier type se réfère à Tun de ces ranchues américains qui n'ont pas leur semblable en Europe.

Haute Italie.

Pasesan, — Le domaine de Cascina grassa ed Uniti, commune de Landriano, propriété du comte Taverna, affermé en 1877a l'ingénieur Salvinî, comprend i3o hectares d'un seul tenant dont le sol est d'alluvion. Sur ces i3o hectares, 110 lotis en 18 parcelles sont soumis à l'assolement, et 20, divisés en 12 parcelles sont cultivés en marcites. Les prairies-marcites représentent ainsi environ i5, 4 pour cent de la contenance totale.

L'assolement comporte :

i" et 2« années. Riz.

3* année. Maïs.

4« — Céréales et trèlie en seconde culture.

5* et 6* années. Prairies.

Le cheptel se compose de 1 58 têtes, à savoir : i o5 vaches, 9 bœufs de travail, 12 chevaux, des veaux et des porcs représentant ensemble 32 têtes de gros bétail.

Les purins sont recueillis dans des citernes, mais outre le fumier provenant des 1 58 animaux, on achète du guano et du superphosphate, de façon à dépenser annuellement en engrais de commerce, de 120 à i5o francs par hectare de prairie.

Le travail est conduit par 20 familles de paysans comprenant 60 personnes sédentaires. On engage en

5o2 LES IRRIGATIONS.

SUS, suivant les besoins de l'exploitation, pour les travaux du printemps, la fauchaison, la moisson, etc., des journaliers du dehors.

La production du domaine est basée sur les rendement ci-après :

loo vaches livrant annuellement. 2.400 hectol. de lait.

Maïs 36 — par hectare.

Froment 18 — —

Avoine 36 — —

Riz 60 — —

Paille 46,32 quint. —

Les prairies en assolement donnent de 4a 5 coupes, et les marcites 6 coupes.

Pour un fermage de 21,000 francs, soit de 168 francs environ par hectare (i), le produit résultant de la moyenne de 10 années, a été de 32, 100 francs, soit de 247 francs par hectare. Jusqu'en i863, 27,500 fr. avaient été immobilisés en travaux d'amélioration, et à partir de cette année, environ 4,000 francs par an ont été dépensés de ce chef; soit un montant total de 100,000 fr., ou 768 francs environ par hectare.

Le plan du domaine irrigué de Cascina grassa (fig. 9; montre la répartition des cultures et le tracé des irrigations, avec les canaux qui les desservent. Le plan des marcites, à plus grande échelle (fig. 10), indique avec quelle perfection les eaux du Lambro, dérivées en amont par une rigole principale, qui longe Tétage des planches n® I jusqu'à la ferme, sont conduites jusqu'à celui qui porte le n° 14, où elles débouchent en partie dans le Lambro, après avoir servi à un moulin; l'autre partie s'écoule dans le canal Francesca qui porte les eaux plus loin, en dehors du domaine. Les colateurs ne

(i) Le fermage a été éleré depuis à 27,000 francs.

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LES IRRIGATIONS. 5o3

sont pas moins bien installés que les rigoles de distribution; ainsi le colateur de droite des parcelles i, 2 et 3, permet de compléter l'irrigation des parcelles 7, 8 et 9 ou lo; tandis que le colateur de gauche, concourt à l'arrosage des parcelles 4 et 5 , et ainsi de suite.

La consommation d'eau sur ces 20 hectares de marcites, varie entre 24 et 27 litres par seconde et par hectare.

Verceillais (Piémonf^ — Le plan (fig. 11) d'une exploitation du Verceillais, sur laquelle toutes les cultures sont arrosées, s'étend à une superficie de 100 hectares qui se divisent comme il suit :

Rizières 40

Prairies naturelles 20

Terres labourables 40

Total , loo

Le sol est argilo-siliceux, de consistance moyenne, et de moyenne fertilité. Le cours d'eau qui alimente l'irrigation permet de disposer de 1 1 6 litres par seconde, ou de 1000 mètres cubes d'eau par 24 heures. La consommation des cultures par hectare est fixée en conséquence de la manière suivante :

lit.

Rizières 2 .400 eau continue.

Prairies 2 . 000 — (tous les 1 5 jours ).

Terres labourables. o.33o — ( deux fois par an) .

L'assolement est ainsi disposé :

i** année. Riz.

2* — Riz.

3" — Froment et trèfle.

4* — Maïs.

b04 LES IRRIGATIONS.

et la production moyenne, par hectare, correspond

pour le riz dépouille à i8 hectol.

— le froment à i6 —

— le maïs à 34 —

— les prairies à 4.000 kil. en 3 coupes.

La légende du plan fig. 1 1 est la suivante :

ABCD : canal qui longe le domaine.

E; prise d'eau pouvant fournir 145 litres par seconde. FGHL; canal principal du domaine dont la chute est utilisée pour la mise en mouvement des pilons à riz et des batteuses.

NMOP; canal d'écoulement, ou colaieur principal.

aa\ rizières à digues droites sur terrain plan et régulier. bb ; — courbes suivant les lignes de niveau,

sur terrain en pente et irrégulicr.

ce; champs arables.

dd'y prairies naturelles.

e\ marcites ou prairies d'hiver.

/; grange et aire de battage ou de séchage, g 'y habitation, potager, etc.

Le prix de fermage de ce domaine n'est pas indiqué (i), mais pour les terres arrosables de moyenne qualité, dans le Verceillais, la valeur locative se tient aux environs de 100 francs par hectare; tandis que pour les terres de bonne qualité et profondes, elle varie entre 160 et 200 francs.

Reggio {Emilie . — Les trois fermes Rossa, Arienta et Bergonza, exploitées par les frères Spalletti en 1877, font partie du vaste domaine de San Donnino de Ligurie, qui comprend 700 hectares.

Sur les deux fermes Rossa et Arienta (plan général, fig. 12) d\me contenance de 56 hectares 47, Tirriga-

n) Heuzéy l'Agriculture de l'Italie septentrionale, loc. cit., p. 118.

loNIViiiblîS j

J,B S^XOitot Del'

Fio. 12. — Domaine de San Donnino (Emilie);

^oilaltùn La/nherltm

Explùitalion SpallûUi

Parc du Ctï.'^îm izr Chemin d^^luFtTwo.

oilalion SpaUetli.)

^ GÉNÉRAL DE L'EXPLOITATn.V RoSSV ET ArIKNTA.

» 1. ~Tf "7 ^

tion s'applique à lo hectares 88 de prairie, et sur la troisième ferme de Bergonza (plan général fig. i3) d'une surface de 37 hectares 24, à des prairies couvrant 5 hectares 2 5. En d'autres termes, sur un ensemble de 93 hectares 70, les prairies irriguées occupent 16 hectares, i3 ares.

Les parcelles en culture et non cultivées des trois fermes sont les suivantes :

SraPACE DES TROIS FERMES.

fernuw.

3«- ftTtUC.

Maisons, cours et jardins

Prairies irriguées

Luzernière

Chanvrière

Cultures fourragères,

Terres arables, froment

— maïs

iiccUres.

hecUrv.

— betteraves

Pépinières (ormes et divers)

Mûriers ( pépinière)

Digues , bords et pâlis

Briqueterie, fours à chaux et rouissoirs. Routes , chemins et fossés

Totaux

Le sold'alluvion, argilo-siliceux, plutôt argileux , est situé à un niveau légèrement supérieur à celui du confluent des deux torrents Tresinaro et Secchia. Ce dernier fournit Peau d'irrigation aux deux premières fermes, investies régulièrement du droit de jouissance, moyennant une redevance annuelle insignifiante. Sur la ferme de Bergonza, les eaux sont dérivées du canal domanial

5o6 LES IRRIGATIONS.

Carpî, à un demi-kilomètre environ, moyennant une taxe fixée à 3 fr. 42 par hectare.

L'eau n'est pas jaugée, et l'irrigation d'un hectare comporte en moyenne un débit de 7 heures, pour une hauteur d'eau variant entre o", 01 et o™,o2. L'irrigation d'hiver ne se pratique pas.

Au nord, comme à Test de la propriété, des digues protègent les terres contre les crues des deux torrents; mais ces digues s'égouttent, suivant la pente du terrain, dans des fossés qui convergent vers un colateur général débouchant dans le Tresinaro, oti une vanne empêche le refoulement des crues- Les canaux secondaires d'irrigation sont également pourvus d'écluses à bajoyers résistants, avec vannes hydrotîmétriqucs.

Les prairies s'arrosent, s'il y a lieu, avant la première coupe de mai; deux fois avant la deuxième coupe du commencement de juillet, et une dernière fois avant la troisième coupe, vers la mi-août. La production moyenne en mètres cubes par hectare est la suivante :

I " coupe 55 mètres cubes.

Total 100 —

On attend, pour faire la seconde coupe, que la moisson ait eu lieu et que le blé ait été battu, afin de mélanger la paille avec le foin. La première coupe exige 60 faucheurs; la deuxième 5o, et la troisième 35. Les soins du fanage et de la rentrée au fenil occupent 70 journaliers pour la première coupe; 40 et 3o pour les deux coupes suivantes. Le transport par chars à bœufs s'opère à forfait.

Les prairies sont fumées à la fin de l'automne en

■ UNJV^Jn.

P'iG. i3. — Domaine de San Donnino (Émilii

PLAN GÉNÉRAL OE L'EXPLOITATION BeRGONZA.

deux fois; d'abord, au moyen d*un compost (5o mètres cubes), formé pour les deux tiers de fumier d'étable consommé, et pour un tiers, de terre; puis avec un mélange d'engrais : phosphates, nitrate de potasse et plâtre, répandu à la volée. Le coût de la fumure représente 170 francs par hectare.

Le reste des terres est soumis à deux assolements, suivant que domine la culture du chanvre, ou celle de la luzerne. Dans le premier assolement biennal, le chanvre et le froment alternent ; dans le second, qui est de quatre ans, la rotation comporte : luzerne, froment, maïs et froment.

Les labours pour le chanvre et la luzerne se font à o",45, en été, puis à égale profondeur, avec la bêche, à l'automne; pour le mais, on laboure seulement à o™,35.

La chanvrière reçoit annuellement par hectare, sur un quart de la surface labourée à la bêche, 5o mètres cubes de fumier, et sur la superficie totale, 12 quintaux de tourteau oléagineux avec fumier de colombier, au printemps. La luzernière reçoit par hectare, 35 quintaux de matières de vidanges, et le maïs, 40 mètres cubes de fumier, avant le labour.

Les quantités de semence et les rendements des diverses cultures figurent ci-après :

Semence. Rendomcnt.

hectol.

^, ( filasse 522 kil.

Chanvre i.25

f étoupe . . .

Froment 1.45 grain 14.08 hcctoI.

Maïs 0.16 — 21.72 —

Avoine i.oo — 21.00 —

Luzerne 25 kil. quatre coupes.

3o8 LES IRRIGATIONS.

Malgré le faible rendement des céréales dans une culture aussi intensive, les prairies et la luzerne permettent d'entretenir sur les trois fermes, le cheptel suivant :

Bœufs à Tengrais 4

— de travail 16

Vaches laitières 26

Génisses et bouvillons 14

Veaux 1 5

Taureaux 2

Moutons 24

Porcs 24

Le tableau XLIV donne le bilan pendant Tannée 1875 de l'exploitation des trois fermes réunies. On y remarquera que les produits de Tétable et de la laiterie représentent près du tiers du revenu brut; le froment et le chanvre représentent ensemble un autre tiers. Comme exploitation, un système mixte est adopté; les animaux sont à la charge de bouviers [bifolchi)^ payés en argent et en nature, et les cultures sont à la charge de deux chefs [castaldi) faisant le métayage à mi-fruit. Ce système est dit a boaria. Les journaliers exécutent les travaux des champs et des pépinières, sous la surveillance des castaldi.

En 1875, les trois fermes réunies avaient donné un produit brut de 38,042^,61, d'où, en retranchant 23, 419^,77 de dépenses, un produit net de 14,622^84, correspondant à une moyenne de i5o francs par hectare. Avant que les améliorations dues à l'assainissement, au nivellement des terres pour Tirrigation, et aux assolements de chanvre et de luzerne, eussent été introduites, en 1872, le produit net était de 9I^83 par hectare, impôts non déduits. Au bout de trois ans,

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5io LES IRRIGATIONS.

Taugmentation du produit net était ainsi de 70 pour cent environ (i).

France.

Bouches-dU' Rhône. — Le domaine de la Darcussia, commune de Marseille, occupe sur un sol en pente, assez accidenté, 19 hectares 81 ares de prairies qu'arrose une filiole de la branche, entre Saint-Barnabe et Saint- Pierre, du canal de Marseille.

Quatre prises d'eau alimentent l'irrigation, de manière que Tabonnement d'un litre correspond à 43 arrosages de 3 heures, avec un débit de 34 litres par seconde, pendant chaque période de 3 heures.

D'après le roulement établi, l'eau est reçue par série de quatre arrosages, effectués sur chaque prise, dans chaque période de 17 jours, pendant i83 jours de la saison d'été; ce qui représente 2o5 millions de litres pour la saison. Un litre d'eau, en dehors des i3 litres qui assurent la distribution ci-dessus , est fourni par un bélier hydraulique, dans un bassin situé au sommet des terrains de la propriété à la cote de 18 mètres. Enfin, une conduite souterraine amène de Saint-Barnabe 3 dixièmes de litre d'eau continue pour l'arrosage des pelouses, des bosquets et des jardins de Thabitation.

La redevance annuelle payée au canal (14 litres) est de 1,400 francs; les 664 heures d'arrosage, moitié de jour à o',25, et moitié de nuit à o',5o,' payées à l'irrigateur correspondent à une dépense de 249 francs.

Les prairies sont fumées au moyen d'un compost préparé avec du fumier d'étable ou d'écurie, de la terre et des vidanges. Le fumier est livré en partie par le

(i) Chizzolini, Rela\ione sui poderi concorrenti, etc., loc. cit,, p. 37.

LES IRRIGATIONS. 5ii

domaine même, en partie, par une écurie de i5 chevaux située en ville, et en partie, acheté au dehors. La fumure, à raison de 700 mètres cubes pour 12 hectares, équivaut à une dépense annuelle de 2,1 5o francs.

Les prairies rendent, en quatre coupes, 9,000 kil. par hectare. Une faucheuse, un râteau à cheval et une faneuse réduisent à 48 journées la main-d'œuvre de la récolte, à laquelle il faut ajouter les charrois.

Le compte du domaine de la Darcussia s'établit dès lors de la manière ci-après :

DÉPENSES

fr.

Prix de l'eau 1 .400

Impôt et octroi de la ville i.35o

Engrais 2.240

Frais d'arrosage pour 1 2 hectares 249

Charroi des engrais; i5o journées à 2 fr. 3o Syb

Fécolte , faucheuse et faneuse 32o \

•— 3oo journées à 2 fr. 60 780 f

— entretien et amortissement l

des machines 200 )

Total des dépenses ^•914; soit 57Ô fr. par hect.

RECETTES

1 10.000 kil. de foin à 12 fr. les 100 kil i3.2oo

Produit net (1) 6.286; soit 524 fr. —

Dans le plan général du domaine de la Darcussia (fig. 14), les principales cotes de niveau sont rapportées; les canaux souterrains en poterie sont indiqués par des pointillés, ainsi que ceux de drainage, servant d'écoulement aux eaux.

Les regards des martelières, ont une largeur moyenne de 0^,40 à o™,6o, sur une hauteur de o™,6o à o",8o; tous les tuyaux ont o™,2o de diamètre. Quant aux van-

(i) Non compris l'intérêt du prix du terrain, etc.

Pti^iiriei marciiet^

Fie. 1 1 -- Domaine irhicii

COMMUJSr^

Fui. I?. — Domaine des Pic.eoi.ets (V

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