‹ Les irrigationsChapitre 111 sur 145 · LES ASSYRIENS ET LES PERSANS · texte numérisé non relu

LES ASSYRIENS ET LES PERSANS

Sous le premier, comme sous le second empire assyrien, et plus tard en Chaldée, en Babylonîe, et dans la Bactriane, qui furent incorporées Tune après l'autre à la Perse, les irrigations étaient très étendues. Les historiens grecs et latins nous en ont laissé des descriptions détaillées.

D'immenses canaux dérivés du Tigre et deTEuphrate, fertilisaient le pays, pendant les règnes de Ninus et de Semiramis. C^est Alexandre qui pénétrant en Scythie, aurait découvert sur les frontières cette inscription célèbre de la puissante Impératrice : « J'ai contraint les fleuves de couler où je voulais, et j'ai voulu qu'ils coulent seulement là où c'était utile; j'ai rendu féconde la terre stérile en l'arrosant de mes fleuves. » Des canaux creusés sous le lit de l'Euphrate, dont les eaux en crue étaient utilisées comme celles du Nil, faisaient communiquer le réseau du Tigre avec celui de la Mésopotamie. Plus de cent mille hectares entre ces deux fleuves profitaient des bienfaits de l'irrigation (i). Xénophon signale l'existence de ces canaux multiples qui arrêtaient la marche des troupes pendant leur retraite, et Hérodote mentionne les machines puisant l'eau dans de nombreux canaux, pour l'arrosage des terres qui côtoient TEuphrate, de même que le réservoir creusé par la reine Nitocris, alimenté par les eaux du fleuve et offrant huit lieues de tour, ou trente lieues, d'après Diodore. Polybe affirme

(i) C'est au roi Nabuchodonosor que Ton attribue la construction des deux canaux; le Naarsares (rivière royale) qui réunit le Tigre et l'Euphrate, en amont de leur confluent, et le Pallakopas, à la limite septentrionale de la Babylonie, dérivé de la rive droite de l'Euphrate (Pierer's Conversation lexikon^ 2* vol., 1889).

que, dans TAssyrie, quiconque créait des irrigations sur les terrains stériles, en obtenait la propriété pour cinq générations successives.

Les fouilles de Botta, de Layard, de Place, etc., sur remplacement de Tancienne Ninive, à Khorsabad, à Konyoundjik, ont permis de vérifier ce qu'Hérodote et Diodore ont écrit de la magnificence de cette civilisation assyrienne, basée sur le développement de Tagriculture et des irrigations. Dans le voisinage de Babylone et de Bagdad, on a retrouvé les vestiges de deux des anciens émissaires dont Tun, situé à 35' de latitude, et à 3o kilomètres au nord de Babylone, serait la Fossa Semiramidis des géographes grecs. De même, le colonel Rawlinsona pu suivre jusqu'à son embouchure, le canal de Nabuchodonosor, tracé entre Is, ou Œîopolis et le golfe Persique (i). Depuis l'abandon du système admirable des arrosages , avant et après la domination mahométane, il n'a plus été possible, suivant Layard, d'entretenir en Assyrie et en Mésopotamie une population suffisante (2).

Dans la Bactriane, le réseau de canaux avait, pour le présider , des magistrats et des intendants spéciaux, comme plus tard en Perse, où le prophète Daniel fut intendant des eaux. Cette fonction est encore remplie de nos jours, par le septième ministre, Mir-ab^ qui surveille toutes les eaux des rivières, des canaux, des réservoirs, des galeries et leur distribution, d'après les besoins de la culture.

Dès la plus haute antiquité les habitants de l'Iran, à l'instar de ceux de la Chine et de l'Inde, professent le culte des jardins et des arbres qui ne viennent à bien

(i) Knight, American dictionary, loc. cit.. t. I, p. 436. (i) J. de Liebig, Lettre au Times, 1860.

que par Tarrosage. Sémiramis avait fait installer au pied du mont Bagistanus des jardins que Diodore a décrits, en ne leur assignant que douze stades de circuit (i). Leur renommée était telle qu^Alexandre, en marche pour la ville de Celonoe, à travers les pâturages de Nysa, crut devoir se détourner de sa route pour les visiter. Les défilés du Bagistanus s'appellent encore aujourd'hui Tankibostariy arc du jardin (2). Les habitants adoraient les arbres, suivant en cela les préceptes de Hom, prophète de la loi, invoqué dans le Zend-Avesta. Aux arbres se rattachaient, pour ces peuples primitifs, la vénération des sources sacrées qui donnent le repos, Tombrage et la fraîcheur. A la vue du grand platane qu'il rencontre en Lydie, Xercès le fait orner de colliers et de bracelets d'or, et en confie la garde à l'un de ses dix mille immortels (3). Les paradis, plantés de cyprès, qui forment les parcs des rois persans, passèrent de l'Asie à l'Occident avec les Arabes, sous le nom defarddîs, et avec les Arméniens, sous le nom At far dis.

Perse. — La sécheresse absolue du territoire persan donne aux travaux hydrauliques une valeur que n'ont pas ceux de l'Assyrie et de l'Egypte, traversées par des fleuves puissants. C'est seulement à l'aide de bassins à murailles épaisses, creusés dans les vallées, de chaussées encaissant les cours d'eau peu abondants, de puits foncés jusqu'à la nappe aquifère et reliés souterrainement, ou Kerise (4), que les Persans modernes sont parvenus à suppléer aux arrosages indispensables. Encore ne s'étendent-ils aujourd'hui que sur quelques fractions de provinces. Les efforts tentés autrefois pour vaincre

(1) Liv. II, c. i3.

(2) .Dreysen, Geschichte AlexanJen des Grossen; p. 553.

(3) Hérodote, livre VII, c. 3i.

(4) Voir tome I, livre V, p. 391.

554 LES IRRIGATI'ONS.

Taridîté ne se sont pas renouvelés. & Si on excepte les provinces voisines de la Caspienne, et certaines parties de l'Aderbeidjan, l'Iran offre Tidée d'un désert cultivable où le travail de l'homme crée d'année en année un nombre plus ou moins grand d'oasis (i). » La plaine de Cazbin, minée en tous sens par des tunnels creusés à une profondeur moyenne de 8 à i o pieds, dont la longueur atteint plusieurs kilomètres, se couvre de récoltes et de fruits, en raison de l'humidité constante qu'entretient l'irrigation souterraine; mais cette plaine est à peu près unique, et dès que les galeries sont abandonnées, tout dépérit.

Page 1