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SYRIE, PALESTINE ET PHENICIE

Entre l'Egypte qui est restée grâce à son fleuve, mal-

(I) Wi.lcock, Egyptian Irrigation^ loc» cit,, p. xxix.

gré tant de siècles d'asservissement et de guerres acharnées, un des pays les mieux arrosés et les plus fertiles de l'Orient, et la Syrie, le contraste est grand. Placées entre les puissants empires de Babylone et de TÉgypte, dominées plus tard par les Grecs, les Romains, les Arabes et les Turcs, les contrées qui s'étendent entre TEuphrate, le désert et la Méditerranée, ont fini par perdre leur fertilité et leur richesse d'autrefois qu'ils devaient à l'irrigation.

La Syrie, traversée par de nombreuses chaînes de montagnes qui donnent naissance aux cours d'eau de rOronte, du Litani, du Jourdain, du Barada, etc., offre les climats les plus variés, suivant la direction des vallées. La plaine orientale de l'Euphrate au Jourdain reçoit des pluies abondantes et de peu de durée; la végétation y est luxuriante, mais les chaleurs de l'été y sont dévorantes. Les montagnes, les plateaux et les vallées du Liban jouissent d'un climat à peu près analogue à celui de la France. Enfin, les plages maritimes, aux chaleurs accablantes, sont tempérées par les vents d'ouest qui prolongent la saison des pluies, et par la fonte des neiges du Liban, qui gonflent les cours d'eau et maintiennent la fertilité, mais, faute d'entretien des irrigations suivies d'assainissement, les plages sont devenues insalubres et souvent meurtrières (i).

Outre la magnifique plaine de Damas, arrosée jadis par les sept branches du Chrysorrhoas , le Barada des modernes, Antioche possédait des irrigations qui s'étendaient du mont Sierius au grand lac de la route d'Alep. Séleucie, préservée des inondations par l'entaille faite au cours d'eau qui irriguait les terres basses ; Alep et son canal d'arrosage, faisant suite au bel aqueduc

(I) Dezobry et BacheUt, Dictionnaire général, t. II, p. 3570.

qui conduisait les eaux de montagnes; Epiphanie sur les rives de TOronte, avec ses campagnes arrosées et ses jardins en pleine culture, etc., ne sont plus, pour ainsi dire, qu'à Tétat de souvenir. Il en est de même des champs et des terrasses du Liban , des plaines fertiles de Samarie, de Rama, de Jéricho, en Palestine. Les irrigations signalées par Tacite, Pline, Strabon et Josèphe, sur les rives du Jourdain, dans la belle vallée de Gor, ont disparu, comme celles du Haman, le pays de Basan de la Genèse , dont la capitale Bostra rivalisait avec Ninive et Memphis. Tour à tour, les Romains brûlèrent les villes; les Israélites comblèrent les canaux: les Arabes minèrent les barrages, et les Turcs décimèrent les populations.

Cest en recourant aux sources artificielles que les plaines, aujourd'hui désertes, entre Damas et TEuphrate, et au pied de TAnti-Liban, ont vu fleurir Palmyre, détruite par Nabuchodonosor, et Balbeck, saccagée par les califes abbassides et par Tamerlan. Les voyageurs Wood et Dawkins ont trouvé sous les décombres qui marquent l'emplacement de ces célèbres cités, les traces des fontaines et des canaux creusés par la main de l'homme, versant sur les terrains sablonneux Peau à l'aide de laquelle la fraîcheur était maintenue (i).

Les puits artésiens étaient aussi anciens que les plus anciens temples de Palmyre, bâtie par Salomon qui lui donna le nom de Tadmor, ville des palmiers. Quelques auteurs ont été amenés à croire que les Hébreux avaient aussi connu les fontaines jaillissantes, et que dans le livre de Job (chap. XXVIII, v. lo), un des premiers

(0 On a fait valoir que des tremblements de terre, comme celui qui acheva la ruine de Balbcck, en 1739, ont pu tarir les sources et qu'il n'en fallut pas davantage pour que la contrée se dépeuplât {IX* congrès histo^

écrits de la Bible, le passage <c prorumpere jussit rivas derupibus », appliqué au miracle de Moïse, doit s'entendre des puits forés par percussion, dans le désert (i).

Palestine. — Quoique la vallée du Jourdain fut arrosée, « pareille au jardin du Seigneur, la terre d'Egypte, » comme la désigne la Bible (2), Abraham et Jacob firent plusieurs fois appel aux récoltas de la vallée du Nil, pour apaiser les famines cruelles des Hébreux.

Comme il ne pleut en Palestine qu'au printemps et à l'automne, les Israélites, chassés de l'Egypte, durent songer de bonne heure aux citernes, en vue des arrosages d'été. Les citernes de Salomon, établies en étages, au nombre de trois, sur la pente de la colline de Bethlehem, ont une largeur moyenne de 90 pas. La citerne supérieure mesure 160 pas en longueur; la citerne audessous, 200 pas. Les eaux alimentaient Jérusalem (3).

Phénicie. — De même que la terre de promission « arrosée de lait et de miel » où les éclaireurs de Josué cueillirent les raisins, les figues et les grenades qu'ils montrèrent aux Israélites, l'ancienne Phénicie n'est plus qu'une province pestilentielle, dénudée, et fuie par les habitants; toute la côte syrienne, du Carmel à l'Oronte, où resplendirent les cités de Tyr, de Sidon, de Byblos, d'Aradus; comme le pays de Chanaan, arrosé, au pied des Alpes fleuries du Liban, par les plus belles eaux, où s'élevèrent les villes fortes des Hittites, des Amorrhéens, des Gîrgoséens, des Hévites, et sur les bords de la mer, les États des Sidoniens, des Giblites, d'Arka, de Sinna, de Simyra et d'Hamaih, n'offrent plus qu'une profonde désolation. Les plaines d'Amrit (autrefois Marathus) et celles de Gebeil (jadis Byblos) ont subi

(1) Jobard , les Nouvelles Inventions, 1. 1, p. 23o.

(2) La Sainte Bible; Genèse, XI II, 10.

(3) Knight, American dictionary^ loc. cit.^ t. I, p. 537.

les mêmes ravages, aux mains des chrétiens animés par la fureur sacrée et des infidèles.

« Les innombrables caves creusées dans le roc sur toute la côte de Phénicie, les silos pour la conservation des grains, les piscines, les citernes, les pressoirs à vin et à huile, les meules énormes, éparses dans les champs, tout cet outillage agricole, aux proportions colossales, qui révèle le génie propre de la vieille race chananéenne, atteste aussi Taction qu'exerçait l'emploi de Teau pour Tarrosage et comme force hydraulique. La Phénicie, ajoute Renan, est le seul pays du monde où Tindustrie des anciens ait laissé des restes grandioses. Un pressoir y ressemble à un arc de triomphe. Les Phéniciens construisaient une piscine pour Téternité (i). »

A répoque du voyage d'Hérodote, vers le V* siècle avant notre ère, les Phéniciens avaient déjà jeté hardiment trois aqueducs sur la mer, pour conduire dans Tîle de Tyr ( Souv}, les eaux fraîches du Kasimieh et de trois sources de la terre ferme. Aujourd'hui encore, en face de Tîle de Tyr, et dominant sa plaine, s'élève le rocher de Maschouk, colline sainte de Paletyr, où les eaux du Ras-el-Aïn étaient jadis amenées; mais les aqueducs ne subsistent plus qu'en partie. Sidon, maintenant Saïda, est demeurée, à rencontre de Tyr, fertile, salubre et peuplée, comme aux temps anciens. Avec ses grenadiers, ses orangers, ses figuiers, ses citronniers, ses abricotiers et bananiers, elle est toujours la Sidon a fleurie »; c'est que l'eau continue à y produire les merveilles qui hantent dans ses visions le maigre Arabe moderne (2).

(!) E. Renan, Mission de Phénicie, 1874. (2) J, Soury, Revue des Deux-Mondes, 1875.

LES IRRIGATIONS. Syi

Gax*thage. — Issus d^une colonie phénicienne, les Carthaginois furent des agriculteurs très experts. Leur agriculture, née sous le climat de la Syrie, était productive et variée, grâce aux arrosages qu'alimentaient des cours d'eau, des canaux et des sources amenées de loin par des aqueducs, et recueillies dans de vastes citernes.

Carthage même était depuis longtemps dotée d'un aqueduc, lorsque les Romains en firent la conquête. Après avoir détruit Taqueduc, ils durent plus tard le réédifier pour assurer leur propre domination.

A une époque où la culture de Tolivier n'avait pas encore pénétré en Espagne, les Phéniciens importaient, par l'entremise des Carthaginois, des quantités considérables d'huile d'olive, contre des barres d'argent (i).

Lorsque Agathoclès, tyran de Syracuse, vint audacieusement porter la guerre sur le territoire de Carthage, en Tan 3io, dans le but de délivrer ses propres États que dévastait Tarmée punique, il traversa un pays couvert de jardins, de vergers et de terrains admirablement cultivés. Diodore, qui raconte (liv. XX) la marche d'Agathoclès sur le sol africain, ajoute : « Le pays est tout entier irrigué par des ruisseaux et des canaux; les termes sont nombreuses , les habitations couvertes de tuiles, signe manifeste du bien-être des propriétaires.- Une longue paix a permis aux habitants de s'enrichir. Les champs sont en partie plantés en vignes et en oliviers, et en partie occupés par des prairies que peuplent les troupeaux. »

Vaincus à Imera par Gélon, roi de Syracuse, en 480, lors de leur invasion précédente, les Carthaginois apprirent aux Siciliens à planter les vignes et les oliviers.

(I) Maison ruêlique du XIX' siècle, t. Il, p. 1 34.

Certains propriétaires de Girgenti en avaient obtenu jusqu'à cinq cents (i). Si l'agriculture fleurit plus tôt à Palerme qu'ailleurs, en Sicile, c'est que les Carthaginois y dominèrent plus longtemps.

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