ASIE MINEURE
Les pratiques agricoles de Tirrigation pénétrèrent de bonne heure en Asie Mineure, avec les colonies ioniennes, par le littoral de la mer Egée; avec les Arméniens, par les hautes vallées de TEuphrate et de TAnti-Taurus; avec les Perses, par les gorges du Taurus et les plaines d'Edesse et de Thapsaque; enfin, avec les Syriens, par les ports et les défilés de la Cilicie. Malgré les luttes de races et les conquêtes qui dévastèrent cette contrée, Tirrigation permit longtemps à l'agriculture de prospérer. Aussi bien, sous les premiers rois de Phrygie, de Lydie et de Cappadoce (2), l'agriculture était honorée; de vastes pacages arrosés nourrissaient de nombreux troupeaux. Les environs de Prusa (Brousse), de Nicée, de Nicomédie, étaient admirablement arrosés et cultivés. La Galatie se faisait remarquer par l'étendue et la fertilité de ses campagnes, aujourd'hui incultes et dépeuplées. Les prairies et les cultures arrosées par l'Halys, sous les murs d'Ancyra. étaient célèbres, non moins que celles de Césarée, où coulent les eaux du mont Argée, de la vallée de l'Iris, affluent du Lycus, et de Thémiscyra qu'arrose le Thermodon. Magnésie d'Éphèsc, dont le territoire était arrosé par un affluent du Méandre, ne montre plus aucunes traces d'irrigation. De Tchihatcheff conclut
(i) Holm, Ceschichte Siciliens im Alterthume. (2) Strabon, XII, cap. i. S ii<
LES IRRIGATIONS. SyS
de ses recherches et de ses voyages dans TAsie Mineure (i), qu'il est difficile d'admettre que les régions exposées de nos jours au fléau des miasmes pestilentiels, jadis couvertes de cités populeuses et florissantes, telles que Tarsus en Cilicie, Tyana, dans la plaine de Cappadoce, Caunus sur la côte de la Carie, Nicomédie préservée des inondations par les empereurs byzantins, entr'autres par Justinien (2), Trébîzonde, capitale desComnènes, avec ses 3i mille vignobles, etc., n'aient pas été, à ces époques reculées, saines et bien cultivées, et par cela même, bien aménagées sous le rapport des canaux d'arrosage et d'écoulement. A l'abandon de ces travaux de conduite des eaux doit incomber l'état actuel d'insalubrité.
Déjà, au moyen âge, la côte cilicienne était tellement funeste, que les chroniques des croisades ne tarissent pas sur l'influence mortelle de la Terra Armena. Au quatorzième siècle, les habitants du littoral, d'après un mémoire de i3ii, durent se réfugier, pour échapper à la mort ou à la fièvre, dans les montagnes éloignées (3). De même, la Lycaonie, transformée en un immense plateau marécageux, après avoir été le séjour des populations industrieuses d'Iconium, prouve combien la suspension du travail de l'homme peut modifier l'état du sol, en- Texposant à l'envahissement des eaux.