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LES ETRUSQUES

Tandis que la Grande-Grèce prospérait aux mains des colonies helléniques, l'Étrurie, fondée par les Tyrrhéniens, descendants des Pélasges , était devenue très florissante. Conflnés d'abord dans la région de l'Italie qui correspond de nos jours à la Toscane et aux Marches, les Étrusques subjugués par les Rasènes, au onzième siècle avant J.-C, s'étaient étendus vers le nord, par delà l'Apennin, jusque sur les deux rives du Pô, et au midi, jusqu'en Campanie. Mais dès le cinquième siècle, les invasions des Samnites au sud, et au sixième siècle, celles des Gaulois, portèrent un coup fatal à la puissance de l'Étrurie; la conquête romaine, en l'an SqS, l'anéantit complètement, détruisant ses monuments et son histoire (2).

Le peu que l'on sait de l'ancienne Étrurie autorise à croire que son agriculture était très riche ; l'art des irrigations lui était venue de la Chaldée, pays d'origine (3), quoique l'on ne trouve aucune allusion dans les anciens auteurs aux travaux d'arrosage. Du reste, les

(i) Bertagnoli , Dclle vicende delV agricoUura in Jtalia, p. 67.

(2) Gherardi, Storia (tltalia; 1861, cap. XVII.

(3) Gr&y, History 0/ Etrur ta, t. I, p. 286.

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conditions topographiques de la contrée ne se prêtaient pas à rétablissement de canaux, et les Étrusques devaient se borner à utiliser directement les torrents des Apennins (i). Il n'en est pas de même des travaux énormes qu'ils exécutèrent pour assainir la grande vallée du Pô, formant un immense marais encaissé entre le pied des Alpes et les Apennins. Quand ils eurent conquis le territoire des Ombriens jusqu'à Bologne et Ferrare, puis la Polesine où ils fondèrent Adria, ils se trouvèrent arrêtés dans leurs tentatives contre les Vénètes par le fleuve, le Pô, et parles marécages, et contre les Ligures, par la Trebbia. Dès lors, ils résolurent, sans s'obstiner à dépasser la rive gauche du Pô, de soumettre à la culture la plaine formée d'un sol d'une fécondité inépuisable, qui pouvait facilement communiquer avec la mer, et ils colonisèrent la nouvelle Étrurîe. Des canaux d'écoulement, des dragages sur les affluents du Pô et dans le lit même du fleuve, permirent de conduire l'embouchure jusque vers Adria. La plage entre Ravenne et Aquilée, aussi bien que les territoires de Reggio, de Mantoue, de Brescia et de Come (2), entre Modène et Bologne (3), n'étaient que des marais; ils tentèrent le dessèchement de la rive droite par les canaux PAflistins{j^)y sedéchargeant dans l'Adriatique, près de Brondolo ; celui du delta du Pô, par les canaux d'embouchure à travers les lagunes d' Adria, connus sous le nom des Sept mers; celuidu Padouan, parle canal Clodia^ etc. (5). C'est après que ces vastes entreprises eurent été exécutées, que les douze colonies agricoles, filles des douze

(1) Elian, HîsL van, IX.

(2) Strabon, 1. V.

(3) Appian, I. III.

(4) Vi»i, Notifie storichc di Mantova, t. I, p. 114.

(3) Re, Saggio storico suite vicende delV agricoltura antica, p. 36.

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Lucumonies des métropoles étrusques, Felsina ou Bo nonia, Adria, Mantoue, Melpum, etc., purent se développer et atteindre un haut degré de richesse. Diodore attribue la grande production du sol étrusque à l'habileté principalement des habitants pour régler, contenir et distribuer les eaux courantes. Polybe ne sait trouver des termes assez élogieux à adresser à TÉtrurie du nord qu'ils ont assainie, peuplée, cultivée et rendue la plus productive de toute l'Italie. Il vante l'abondance et la qualité des céréales, des vins^ des glands pour la nourriture des porcs dont les viandes salées ou desséchées sont exportées en grandes quantités (i). Strabon reprend cette description, en attribuant les résultats aux irrigations. Plutarque, qui retrace la vallée du Pô, occupée par les Gaulois, dit qu'elle est fournie de toutes plantes, riche en grains, en pâturages, en eaux d'irrigation, et qu'elle compte dix-huit villes plus industrieuses et plus riches les unes que les autres.

On doit aux Étrusques les travaux d'évacuation des eaux des lacs Némi [Nemorensis) et Ariccia, qui occupaient les fonds d'anciens cratères. L'émissaire du lac d'Albano dont une partie biaise et conique, admirablement appareillée, nous a été conservée, témoigne de la capacité des Étrusques auxquels revient aussi le mérite de l'exécution de la Cloaca maxima qui desséchait le Velabrum, fréquemment envahi par les eaux du Tibre.

Initiés par la pratique de l'Orient au colmatage des terres, ils furent les plus habiles agriculteurs de leur temps. Jusque sous la domination romaine, les pays de Lombardie conservèrent leur renom de grande fertilité (2\

(1) Polybe. 1. XI.

(2) Tacite, liv. XI ; Polybe, liv. XI ; Plutarque. in Mar, et in Cam.

quoique Denys d'Halicarnasse accorde la supériorité à la Campanie, que Tite-Live qualifie de « amœnissimus Italiœ ager » , et aussi de « agrum Italiœ uherrimum » ; c'est que , suivant Diodorc, la Campanie formée de plaines et de vallées propres à la culture arable, était largemen* pourvue d'eaux, non seulement en hiver, mais encore pendant Tété. Pline l'Ancien cite, dans la vallée même du Tibre, au pied des collines, les vignobles bordés d'arbres fruitiers, et dans la plaine, les champs de céréales et les prairies de trèfle qu'irriguent des eaux perennes (i).

Quoi qu'il en soit, les villes étrusques du Nord étaient encore, avant l'arrivée d'Annibal, très puissantes, grâce à l'état avancé de leur agriculture, à leur bétail et à leurs chevaux élevés dans les vastes pâturages. La ville de Padoue, à elle seule, pouvait mettre en ligne 120,000 hommes ^ cheval (2); dans ses prairies paissaient d'immenses troupeaux de chevaux et de moutons. Vérone est désignée comme a ager rheticus opimiis et ferax (3) » ; son épeautre comptait parmi les meilleurs de ritalie, et son arboriculture fruitière n'était nulle part surpassée (4). Les plaines vénitiennes ne le cédaient point, pour la bonté des pâturages, à celles de Mantoue, chantées par Virgile. Crémone, la plus récente des colonies gauloises, devint laplus florissante de toutes, au temps où Tacite écrivait (5) : « Igiturnumero colonum, opportunitate fiitminum ^ ubere agri annessu connubUsque gentium adolescit, floruit, »

Les Gaulois avaient gardé les traditions de la bonne

0)Lib. V, Epist.d.

(2) Strabon, 1. I.

(3) Soljn., XXIV.

(\) Columelle, 1. III, c. 2.

{b)Hist.lib. III, c. 3».

agriculture étrusque, en développant les gras pâturages qui permettaient au bétail des montagnes d^hiverner sur d'excellents herbages obtenus à Taide des irrigations. Du reste, ces pratiques s'étaient propagées également dans les pays du Piémont qu'habitaient les Ligures. Les luttes fréquentes et acharnées entre les Salassi de la vallée d'Aoste et les Ligures de la plaine étaient causées par les dérivations des eaux delà Doire(Duria\ Les Salassi qui travaillaient à la recherche de For dans les sables de la Doire, détournaient les ruisseaux dont les agriculteurs en aval avaient besoin pour arroser leurs récoltes. Pour mettre fin à ces luttes , Auguste dépécha une armée dans le val d'Aoste, qui déporta 40,000 hommes et les vendit comme esclaves (i).

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