LES ROMAINS
Héritiers des Étrusques, les Romains, passés maîtres en Tart de défendre les côtes maritimes et les rives des fleuves, de dessécher les lacs et les marais, de canaliser les rivières pour la navigation, ne paraissent pas avoir eu recours à Tirrigation, au point d'y consacrer des canaux de quelque importance, soit qu'ils n'en reconnussent pas Futilité, soit pour certains motifs, comme ceux , a-t-on allégué, contre lesquelsles divinités durent réagir.
Cest ainsi que pendant le siège du dernier rempart de rÉtrurie, qui résista si longtemps aux armes romaines, un augure fait prisonnier répondit au Sénat que Véies se défendrait tant que les Romains ne dériveraient pas les eaux du lac d'Albe pour Tirrigation. Cicéron commentant cette réponse, comprend que Taugure voulait
(0 Strabon,//^. V. ^
que les eaux ne fussent pas rejetées à la mer, mais répandues sur les champs (i). C'est d'ailleurs ce que les députés, envoyés à Delphes pour consulter les dieux sur la durée du siège, rapportèrent, d'après Tite-Live, d'une manière plus claire encore (2).
Les Romains eurent donc à entreprendre pour les eaux d'Albe leur premier grand travail d'irrigation, mais ils connaissaient depuis longtemps, l'ayant appris des Étrusques et des Phéniciens, l'art de dériver les sources par des canaux, tantôt souterrains, tantôt à fleur du sol, et tantôt soutenus par des arcades en un seul rang, ou en deux ou trois rangs superposés, qui traversaient marais, rivières, monts et vallées, pour alimenter les capitales et porter l'eau au loin sur les lieux secs ou arides. Les grands aqueducs des Romains, restés sans imitateurs, offrent un éclatant témoignage de leur puissance et de leur génie comme constructeurs.
Sous la Rome républicaine, quatre aqueducs assuraient déjà le service hydraulique de la cité; c'étaient Appia^ Anio vêtus, Marcia et Tepula. Vers l'an 442, Appius Claudius Csecus , le censeur immortalisé par la voie qui porte son nom , amena les premières eaux dans Rome, venant des sources qui coulaient à plus de 7 milles de distance, au pied des collines de Collatia (3). Quarante ans plus tard, d'autres censeurs Curius Dentatus et L.Papirius Cursor, pour procurer de l'eau aux quartiers élevés que n'atteignait pas la première source
(1) Cicero, de Divin. Ut. 1,45.
(2) « Romane, aquam Àlbanam cave lacu contineri, cave in mare manarc suo flumine sinas, emissam pcr agros rigabis, dissipatamque rivis extingues. « Livius, lib. V, 16.
(3) « L'aqueduc et la voie d'Appius marquent un moment d'une grande importance dans la destinée de Rome; ils sont comme une magnifique vignette entre le premier alinéa de l'histoire de la république et les suivants. «Ampère, Hist.rom., IV, 49.
presque toujours en souterrain, dérivaient les eaux de 1 Anio, à environ 200 mètres au-dessus de la plaine, et leur faisaient parcourir, tant en tunnel qu'en viaduc, 43 milles de distance. Cet aqueduc, qui étonne autant par son étendue que par la difficulté des percements et la hardiesse des arches, fut achevé par Fulvius Flaccus. Cependant la population croissait toujours, et avec elle, le goût des eaux abondantes. L'année même de la prise de Carthage ',608), le prêteur Marcius Re entreprenait la dérivation de nouvelles sources situées au tentre de l'Apennin, dans la haute vallée de l'Anio. Comme le précédent aqueduc, celui de Marcius, tantôt en souterrain, tantôt supporté par des arceaux, aboutissait, après un trajet de 61 milles de longueur, au Capitole. Le quatrième aqueduc, construit par les censeurs CaïusServilius Cœpio et L. Cassius Longinus (627^ conduisait à Rome ^e '. eaux de la source Tepula, émergeant à une distance de 10 milles environ.
Les empereurs ne devaient pas arrêter là la distribution des eaux, car voulant se surpasser Tun l'autre dans leurs dépenses fastueuses, ils construisirent jusqu'à Claude, cinq nouveaux aqueducs : Julia, Virgo^ Alsie^ tina, Claudia et Anio novutn. Sous Auguste, la source Julia, aux environs de Marino, fut distribuée aux quartiers inférieurs par un canal de i5 milles, dont plus de 6 milles portés sur des voûtes; la source Virgo, aux environs de Collatia, fut dérivée par un aqueduc de 14 milles, de longueur, et l'eau Alsietina^ ou Augiista, tirée du lac Alsietinus^ à 22 milles de distance, vint alimenter la naumachie impériale et les arrosages des jardins. A son tour, Caïus Caligula, pour effacer ses prédécesseurs, entamait l'aqueduc que Claude termina en Tan 8o3, dans le but de fournir à Rome autant d'eau que les sept aqueducs édifiés jusqu'alors. Dans son
développement de 46 milles, le conduit supporté pendant plus de 6 milles par des arceaux dérivait encore de la vallée de TAnio les eaux des deux fontaines Cerulea et Curtia, Finalement, sous Claude, Taqueduc le plus colossal de tous fut édifié pour dériver les eaux épurées de TAnio méjne, sur un parcours de 60 milles, dont 9 milles étaient soutenus par des arcades atteignant 32 m. de hauteur.
De toutes ces eaux distribuées en partie hors de Rome, et pour la plupart, aux différents niveaux de la cité impériale, les unes étaient pures et limpides, provenant des sources et destinées à Talimentation ; les autres fournies par TAnio, bien qu'épurées, ou par le lac Al^ sietinus, ne servaient qu'aux irrigations, aux naumachies et aux viviers (1).
Au sixième siècle de notre ère, sous l'empereur Procope, les aqueducs avaient été portés au nombre de quatorze, recevant, suivant Publius Victor, les eaux de vingt dérivations distinctes. Le volume total des eaux qui, d'après Frontin, atteignait déjà i,3oo,ooo m. cubes par jour, encomptant 600,000 m. cubesdétournés, perdus ou distribués hors de la ville [2)^ s'était encore accru cinq siècles plus tard.
Trois des aqueducs anciens suffisent à Talimentation de la cité moderne (3). Les autres ne montrent plus
(i) De Tournon, loc. cit., t. 11, p. 216.
(3) De aquceiuctibus urbis Romce commentarius. Ce commentaire n'est autre qu'un rapport officiel adressé à l'empereur Trajan par Frontin, consul pour laseconJe Toisen Tan 98, et chargé âce titre du service hydraulique» curator aquarum, Trajan, consul éponyme de l'an 100, avec le même Frontin, décida sans doute sur ses projets la construction de l'aqueduc dérivant les eaux du lac Bracciano : (E. Desjardins « Les Antonins d'après V épigraphie : Revue des Deux-Mondes, 1874).
(3) Les trois aqueducs conservés sont : Verginc, anciennement Virgo, restauré parles papes Nicolas V et Sixte IV; Felice, anciennement 3/arc/a tt Claudia, repris et développé par Sixte V ; et Paola, autrefois Alsietina,
que des ruines qui font, il est vrai, le charme inoubliable de la campagne romaine. Telles on revoit les arches majestueuses de Taqueduc Claude, passé la Via latina, le long de la voie Appienne (i) ; ou celles de Pâli, venant de Palestrina, sur lesquelles coulaient à la fois les eaux Claudia et Anio novus^ au-dessus d'un ravin de 36 m. de profondeur (2).
Quoique la prairie fut une grande culture romaine, les retenues qui eussent permis, avec des rivières torrentielles comme celles de l'Apennin, d'assurer Tapprovisionnement des canaux pendant Tété, sont restées inconnues. L*arrosage des prairies que Columelle préconise sur une terre quelconque , compacte ou maigre , mais de préférence sur cette dernière, dans les plaines légèrementdéclives (3), ne se pratiquait qu'à Taide de rigoles dérivées des ruisseaux. Caton recommande de ne pas convertir les terres arables en prairies, tout en voulant que Ton crée des prairies pour Télève du bétail, qu'elles soient sèches ou arrosées. « Si vous avez un pré arrosé, dit-il, vous ne manquerez pas de foin; s'il ne Test pas, fumezle pour en avoir » ; et plus loin il ajoute : « Si vous avez de l'eau, attachez-vous surtout aux prairies arrosées;
que le pontife Paul V fit rétablir par Jean Fontana, et que Clément X augmenta d'un canal dérivé du lac Bracciano. Le débit total de ces trois aqueducs, égal à i8o.5oo m. cubes par 24 heures, assure l'alimentation en eau potable et l'irrigation des jardins maraîchers, situés au Rione M onti (acqua Felice)y au Rione Transtevere {acqua Paola)^ et à la Porte du peuple {acqua di Trevif ou Vergine) {Monografia délia città di Roma, 1878, I, p. io3).
(1) « La grande coupole du ciel est lumineuse. L'aqueduc de Sixte-Quiot, puis, l'aqueduc ruiné de Claude, allongent à gauche dans la plaine leur lile d'arcades, et leurs courbes s'arrondissent avec une netteté extraordinaire dans l'air transparent. Trois plans forment tout ce paysage : la plaine verte chaudement éclairée par l'averse des rayons ardents; la ligne immo» bile et grave des aqueducs; plus loin, les montagnes dans une vapeur dorée et bleuâtre... » (H. Taine . Voyage en Italie, t. I, p. 371.)
(2) Voir tome II, p. 181; et Dare, Days near Rome, t. I, p. 281.
(3) De re rusticâ, /ifr. Il, xvi.
mais si vous n'en avez pas, installez des prairies sèches autant que vous pourrez : c'est le meilleur usage que vous puissiez faire de votre domaine (i). » Cette sorte de contradiction de l'ancien agronome s'explique par le fait que les troupeaux paissant Tété sur les montagnes du Samnium et de la Lucanie, descendaient Thiver dans la Fouille, TÉtrurie et le Latium. Varron signale le fait que les troupeaux hivernant dans l'Apulie, vont Tété sur la montagne de Reate , et les mulets quittent les prairies de Rosca, après Thiver, pour les hautes montagnes de Gurgur (2). L'élève des chevaux se faisait en grand dans les pacages des provinces qui longent l'Adriatique, l'Apulie et le Latium, venant de Rieti (3).
UAgro Romano était peuplé de troupeaux que l'on recherchait en raison de la qualité et de la race des animaux soigneusement entrenus. Les prairies s'étendaient au delà du pont Milvius par la voie Laurentienne , hors de la porte d'Ostie, jusqu'à la mer. Pline le Jeune, parlant de la vallée du Tibre, signale les prés « flo^ rida et gemmea prata^ trifolium aliasque herbas teneras semper molles et quasi novas alunt. Cuncta enim perennibus rivis nutriuntur (4^ » Ainsi, toutes ces prairies étaient irriguées; rien de surprenant par conséquent que, suivant Pline l'ancien, elles fussent fauchées quatre fois par an en Ombrie : « Interamnœ (5) in Ontbria quater anno secantur prata (6). » Dans les prés de Rosea, l'irrigation et l'engrais développaient la végétation au point, que du jour de la coupe au lendemain matin.
(i) Les Agronomes latins: M. P. Caton, Économie rurale ; trad. de Antoine. {2) Varro, de Agricullura, lib. II, g i et 2.
(3) Pline, £pis/. II, 17.
(4) Lib, V, Epist, 6, ad ApolL
(5) Intcramnce; aujourd'hui Terni, ville d'Ombrie.
(6) Lid. XIII, c. 28.
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suivant Varron (i, Therbe fraîche poussée la nuit cachait aux regards le piquet fiché en terre. « Il en est qui mettent les prairies arrosées en première ligne, ajoutait-il, et je suis de ce nombre; nos pères les appelaient j^ara/d et non prata, »
Malgré cela, les agronomes Romains ont rarement fait mention des irrigations, et l'on ne retrouve dans les Géorgiques de Virgile, dans Pline et dans Columelle. quedes passages indiquant Tintérét qu'avait leur pratique pour la fertilisation des terres, la création des prairies et la fumure des pâturages (voir Georg.^ lib. I, v. 104; lib. IK V. i84et 198; Dererusticâ, lib. II, XVI et XVI I.
Outre les prairies, sous les murs mêmes de la capitale, les jardins maraîchers du Pincio, étaient trèsétendus, fournissant les légumes les plus variésà laconsommation, et aussi des fleurs. Les horti irrigui^ jardins arrosés, se développaient le long du Tibre, jusque vers la Sabine. Le précepte deCaton « Sub urbe, hortum omnegenus 2 » était observé; pourtant, lorsqu'il fut nommé censeur, il priva les jardins suburbains des eaux qui servaient à Tarrosage, quoiqu'ils eussent à payer la redevance « vectigal ex aquce ductibus » , la même taxe que Polybe appelle « telos tôu Kêpiôu », versée entre les mains du curator aquarum qu'avait institué Auguste.
Les jardins potagers se retrouvaient à Capoue, à Tivoli, dans le Samnium et le firutium. Columelle insiste sur la nécessité de faire des saignées aux ruisseaux, ou de recueillir les sources dans des citernes pour Tarrosage des jardins toujours altérés; « sitientibus hortis v3) ».
h) Lib. \,Z' 7.
( 3) <• Près de la ville, vous aurez des jardins de tous genres; » mais comme genre de jardins, Caton ne parle spécialement que d'oignons, de choux et d'asperges ; /)-» rc rusticâ, VIII.
(3) De re rusticd, lib. X.
La culture du lin développée par les Étrusques et les Falisques dans le pays qu*arrose le Tibre, près de son embouchure, avait perdu de son importance aux abords de Rome. Caton l'ignore; Varron et Columelle la passent sous silence; Pline seul en parle, mais comme étant pratiquée. dans le Faentin et la vallée du Pô. Toutefois, sous TEmpire, Ravenne possédait une filature de lin appartenant à TÉtat (i).
Domination romaine. — Loin des murs de Rome^ r Italie, dévastée plus tard par les barbares, offre quelques rares débris des aqueducs et des citernes dont étaient pourvues les villes provinciales, telles que Aquilée, Paestum, Pompéi, etc.; mais c'est plutôt en Afrique, en Asie, en Espagne et dans la Gaule, sur l'immense territoire soumis à la domination romaine, que se trouvent les restes des constructions les plus remarquables.
Les citernes espacées le long des aqueducs servaient à la fois à régulariser la pression, à permettre les réparations des conduits, ou à clarifier les eaux destinées à ralimentation. Au bout des aqueducs, on ménageait des réservoirs, ou châteaux d'eau [castella cisternœ., qui assuraient la distribution dans les villes. A l'instar des bains de Titus, dans le périmètre de Rome ancienne, qui montrent encore neuf citernes souterraines, mesurant i3y pieds de longueur, 12 pieds de hauteur et 17 pieds et demi de largeur, les sept citernes voûtées de Oudna, construites par les Romains aux environs de Carthage, pouvaient contenir ensemble 14.000 mètres cubes d'eau. L'aqueduc de Carthage, lui-même, dont les ruines majestueuses apparaissent au fond du golfe de Tunis, conduisait les eaux des sources situées à cinq jours de marche, dans de magnifiques citernes d'où par
(i) « Procurator linificii Ravennatium » {Not.dign. occ., X).
taient les caniveaux et les tuyaux d^alimentation de la ville punique. Uune des sources, celle de Zaghouan, était placée sous la protection d'un temple, dans Tarea duquel aboutissait un réservoir dont les eaux se sont écoulées pendant des siècles au milieu des jardins environnants, peuplés de figuiers, de bananiers, de lauriers-roses, etc. Le mont Zaghouan, au pied duquel s'adosse le temple, est probablement le mont Zengi^ tanus de l'antiquité, et la date de Tédifice est sans doute celle de Taqueduc que l'empereur Adrien entreprit pour mettre un terme à la sécheresse qui désolait Carthage depuis cinq années (i). Adrien, d^ailleurs, d'après son biographe Spartianus, avait développé les aqueducs dans tout l'empire. Un de ses successeurs, Septime Sévère, aurait eu la gloire d'achever l'aqueduc de Carthage, qui réunit la seconde source de DJougar, enfermée de même dans une enceinte que protégeaient les divinités. Parmi les monuments épars autour de Djougar, on retrouve la piscine d'une exécution remarquable, dans laquelle on descendait par dix degrés (2).
Hippone, qui brilla pendant longtemps comme l'un des plus beaux fleurons des riches possessions de Carthage, que les Romains saccagèrent lors de la deuxième guerre punique, puis les Vandales, et finalement les Arabes, en 669, jouissait d'un aqueduc monumental franchissant le Boudjama, et portant les eaux des sources de l'Edough dans d'énormes réservoirs voûtés, encore debout aujourd'hui. Ce sont ces mêmes
(i) V. Guérin, Voyage en Tunisie.
(2) Grâce aux travaux des ingénieurs, Collin et Dubois, les eaux des deux sources ont été de nouveau conduites à Tunis, en utilisant'partiellement les anciens ouvrages Romains.
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sources qui servent à Tusage de Bone; seulement, Teau y est dirigée par des tuyaux souterrains (i).
De même, à Philippeville, bâtie sur les ruines de RusicadUy les citernes placées au-dessus de l'amphithéâtre construit par les Romains, reçoivent les eaux de sources émergeant à environ 2 kilomètres àPouest, dans les montagnes, par des conduits sous terre, et servent à la distribution de la ville actuelle.
Cherchell {Cœsarea\ Arzew [Arsenaria), Aumale [An:{ia^ Constantine(OWa), Bougie, etc. ont conservé de belles citernes voûtées; de môme Ténès [Cartenna Alger ijcosium^^ El-Kadra {Oppidum novum)^ Tebessa, Orléansville, etc., exhibent les ruines d'aqueducs importants, destinés à conduire Teau des sources, pour la plupart utilisées comme du temps de la domination romaine.
Aussi bien, Ténumération serait-elle trop longue de ces grandes et utiles constructions élevées en Corse, en Sardaigne, en Sicile, en Palestine, dans l'Asie Mineure et en Turquie .Les aqueducs de Cagliari Calaris, de Beyrout, etc., rappellent à des degrés divers ceux de la grande époque de Rome.
By\ance. — Depuis Adrien, qui essaya de conduire dans Byzance les eaux du Cydaris et du Berberyses jusqu'à Justinien I", deux aqueducs furent élevés pour approvisionner la capitale et les jardins de la résidence des empereurs d'Orient. Le premier ne fut qu'une continuation des travaux hydrauliques exécutés par Constantin le Grand ;^32o-337\ dans le but d'amener les eaux des ruisseaux situés à l'ouest ; les conduits souterrains qu'il Ht établir s'arrêtaient à l'entrée de la ville, dans une citerne à triple étage, comprenant
(1) De Tchihalcheff, Espagne^ Al^j^érie et Tunisie, loc. cit., p. 371. T. m. " 38
600 piliers, dont seulement la moitié supérieure est aujourd'hui déblayée (i). L'empereur Valens se borna à prolonger les conduits dans Tenceinte (364-76), à l'aide d'un aqueduc qui comptait 1,200 m. d'arcades, de 24 mètres de hauteur, en double rangée, et débitait { 2,000 mètres cubes par jour. Le second aqueduc construit , ou plutôt restauré depuis Adrien, par Justinien I'*^ (527-55), présente sur son parcours, à 12 kilomètres à Test de Constantinople, un magnifique pont par-dessus l'Alibey-sou, non loin du village de Djebedjekoï. 11 a une hauteur totale de 35 mètres, avec deux étages de voûtes ogivales surbaissées, dont le plus long mesure 240 mètres de longueur. C'est ce dernier aqueduc que l'empereur Andronicus Comnène compléta, cinq siècles plus tard, en jetant pardessus le ruisseau qui coule à peu de distance de l'Alibeysou, un troisième pont, dit de Pyrgos, disposé sur une ligne brisée en forme de coude {2).
L'Espagne et la Gaule, richement dotées par les Romains, montrent à l'envi les aqueducs de Ségovie, de Tarragone, de Mérida, ou bien ceux de Nîmes, de Lyon, de Fréjus, de Cahors, etc.
Espagne, — Sous l'empereur Trajan fut construit, diton, l'aqueduc à deux étages de Ségovie, et sous Scipion, d'après Pline, celui, également à deux étages, de Tarragone. « L'aqueduc de Ségovie est certainement un des monuments de l'antiquité les plus majestueux et les mieux conserves. Il a traversé les siècles, remplissant chaque jour et à toute heure, sans jamais l'interrompre, la mission qui lui a été donnée (3) ». La source du Fuenfria, conduite par un canal de i5 kilomètres,
(1) Murray, Handbook Constantinople, etc., p. 91.
(2) DcTchihatchcff, te Bosphore et Constantinople , 1877, P- 5i.
(3) Gcrmond de Lavigne, Itinéraire de VEspagne^ loc. cit., p. 5i.
LES IRRIGATIONS. SgS
dont 8 à découvert, qui se poursuit sur un massif de maçonnerie de 772 m. de longueur^ débouche dans un bassin de dépôt, avant de gagner le pont-aqueducde 119 arcades, sur 818 m. de longueur, aboutissant à TAlcazar. La hauteur de ces arcades varie, suivant les dispositions du terrain, entre 7 et 28 mètres; distribuées sur deux étages au point le plus profond, elles ont une légèreté remarquable. La construction tout entière est en pierres de grand appareil, presque polies, à jointe précis, sans ciment, donnant à Tensemble une solidité inébranlable.
De l'aqueduc de Tarragone, il reste le pont à deux étages, avec 27 mètres de plus grande hauteur; les onze arcades en plein cintre du premier étage et les vingtcinq arcades du second, offrent 6™,3o d'ouverture; elles sont montées aussi en grand appareil et à joints précis d'une conservation parfaite.
Des deux aqueducs de Mérida, le plus ancien, dû sans doute aux légionnaires de Trajan, bâti sur trois rangs d*arches à près de 25 m. de hauteur, ne laisse plus voir qu'une trentaine de piliers qui rappellent, de même que l'arc de triomphe encore debout, et que les vestiges des temples, de l'amphitéàtre, de la naumachie , etc., la grandeur et la prospérité de cette province privilégiée des Romains (T.
Gaule, — La Gaule ne se laissa distancer par aucune autre province de l'empire. Lyon, qui en était la capitale, possédait quatre aqueducs dont le premier en date, celui du mont Pilât, avec le siphon du Garon que nous avons décrit (2), fut construit sous l'empereur Claude, et le second, du Mont d'Or, qui dessert actuellement
(i) A. De Laborde, Itinéraire descriptif de l'Espagne, i8oS. (2) Voir tom* II, p. 190.
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la ville, fut édifié par les légionnaires d'Antonin, ou de Marc-Aurèle. Claude fit établir l'aqueduc de Fréjus que Vespasien répara pour le service du Forum Juin. Des deux aqueducs de Lutèce, Tun (dit d'Auteuil) fut élevé sous Constance Chlore, et l'autre (dit d'Arcueil) par Julien TApostat, en même temps que les thermes et le palais de sa résidence. L'aqueduc de Nîmes, dont Tœuvre capitale est le Pont du Gard (i), attribué à Antonin, ou à Vipsanius Agrippa, gendre d'Auguste, est le plus solennel témoin, respecté par les Barbares et par le temps, des sacrifices énormes que s'imposait l'administration romaine pour s'attacher les provinces conquises.
Toulouse, Bordeaux, Cahors, Saintes, etc., possédaient chacune leur aqueduc; Poitiers en comptait quatre; Aix également, dont un établi par Sextius; Vienne, trois; Antibes et Arles, deux; dans toute la Gaule se rencontrent les restes de ces travaux hydrauliques que les Romains voulaient rendre aussi durables que les besoins auxquels ils répondaient.