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LES BARBARES

Dans la longue période de barbarie qui succède à Teffondrement de l'empire romain, tout disparaît, sciences, lettres et agriculture. On a retrouvé encore quelques décrets des empereurs de la décadence, frappant de peines sévères ceux qui tentaient de détourner les eaux des aqueducs publics. A la fin du quatrième siècle, sous les consulats de Stilicon et d'Aurélien, les empereurs d'Occident, Arcadius et Honorius, décrétèrent à Milan la

(I) Voir tome H, liy. VII, p. 191.

confiscation des canaux et des terres appartenant aux délinquants (i); et puis, le silence.

Des nombreux peuples qui firent irruption sur Touest de TEurope, Francs, Vandales, Alains et Suèves, Hérules, Goths, Ostrogoths et Lombards, issus de la Germanie ou de rOrient, guerriers ou pasteurs errants, vivant d'après des coutumes, les Visigoths ont seuls laissé quelques traces de leur domination au profit de Fagriculture. Plus civilisés que les autres barbares, ils s'étaient approprié non seulement les bonnes lois des Romains , mais ils firent de louables efforts pour améliorer le sort des habitants des pays subjugués (2). Après avoir pris et saccagé Rome, sous Alaric, ils envahirent les Gaules en 486, sous le roi Ataulphe, occupèrent la Narbonnaise et TAquitaine jusqu'à TOcéan; leurs rois habitaient Toulouse; puis à la mort d'Amalric, défaits par le roi des Francs, Childebert, ils se retirèrent au delà des Pyrénées pour fonder la dynastie des rois Goths d'Espagne, en maintenant toutefois sous leur pouvoir la Septimanie et la Provence.

Est-ce bien à la domination romaine, ou aux Visigoths, que l'on doit certains travaux hydrauliques déjà cités, du midi de la France et du nord de l'Espagne? Aucun document ne permet plus de le discerner aujourd'hui avec certitude. Llauradô voit dans les aqueducs de Merida, de Teruel, de Ségovie, de Tarragone, etc., dans les canaux dérivés du Francoli, du Besos, etc., l'œuvre des Romains qui soumirent tout le pays aux lois de la République. Ce furent là, en effet, de grandes cités romaines, dotées spécialement par les lieutenants d'Auguste, de Trajan, etc.; mais il paraît hors

(i) Berti-Pichat, Institu^ioni, loc. cit.

(2) Cibrario, Economie politique du moyen âge; traduct. Barneaud, t. I, p. 20.

de doute que les Visigoths surent perpétuer avec succès, parleur initiative, les ansdeTancienne Rome; qu'ils cherchèrent à sauver les monuments épargnés lors des premières dévastations, et que, sans avoir de grandes ressources, ils entreprirent des œuvres nouvelles parmi lesquelles les nombreux petits canaux qui, depuis le bassin de TAdour jusqu'aux plaines du Roussillon, vivifient les prairies au pied des Pyrénées.

L'un de ces canaux a conservé le nom d'Alaric, sous le règne duquel il fut creusé, dans les premières années du sixième siècle. D^autres canaux semblables furent également ouverts aux septième et huitième siècles, pendant la durée de la monarchie des Visigoths (i). Sous Alaric II, leur domination s'étendant encore sur la Provence, jusqu'aux Alpes du Dauphiné, les Visigoths pénétrèrent par la vallée du Rhône, dans le Valais, pour y exécuter des travaux de canalisation. Dans la vallée de Viège, une tradition de haute antiquité attribue le canal des Païens à leur occupation. Du reste, les Sarrasins, continuant et agrandissant le système d'arrosage que les Visigoths avaient eux-mêmes amélioré après les Romains (2), auraient construit le canal de Vercorin [bis des Sarrasins)^ qui descend des glaciers du val d'Anniviers, dans le même canton du Valais (3); les vestiges du bis (canal) sont encore visibles au sud de Sierre.

Doit-on enfin rapporter aux Goths,ou aux Romains, les canaux du Vertosan et de Planaval,dans la vallée d'Aoste, issus des torrents Vertosan et Valgrisanche, ainsi que les restes du grand ouvrage qui arrosait le versant oriental de Chàtillon et tout le territoire de Saint- Vincent?

(1) Nadaultde Buffon,Tr<ii/e des irrigations Joe, cit,, t. I, p. 42.

(2) Nadault de Buffon, loc, cit., p. 45.

(3) Voir tome I, livre 1". p. 45.

Au VI® siècle, en l'an 541, Théodoric, roi des Visigoths maîtres de Tltalie, fît réparer les monuments publics, dessécher les marais et rétablir les distributions d'eau. On lui attribue la construction du pontaqueduc Délia torre de Spolète. Cet ouvrage, à deux étages d'une longueur de 206 mètres et d'une hauteur de 81 mètres, avec arcades gothiques, se fait remarque? encore de nos jours par sa légèreté de construction ei une sveltesse extrême (i).

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