L ITALIE
Que les communes aient trouvé ou non leur origine dans les institutions romaines, dans les institutions germaniques, ou dans les droits complexes, issus des organisations primitives, comme pour les fueros d'Espagne, c'est d'elles que sont parties les premières tentatives de transformation agricole de l'Italie du Nord. L'initiative des communes lombardes, en rendant obligatoires les travaux d'irrigation, en se substituant aux particuliers, ou en réglementant par de bonnes lois l'usage des eaux, fonde l'œuvre des canaux, à une époque où l'agriculture est déjà assez développée pour en apprécier les bienfaits. Les capitaux et la main-d'œuvre ne recherchent pas alors les conditions d'intérêt et de salaire élevés que l'industrie et le commerce ont plus tard procurées. Aux communes se joignent tout d'abord les abbayes, jouissant alors d'immunités et de privilèges que les municipes autonomes sont seuls à posséder.
Les princes, succédant aux communes libres, ont évidemment entrepris des travaux plus importants; la ri-
(I) Material Je los Ingénieras civiles; Catalog^o de la Seccion Esjranola
chessc publique et leurs ressources personnelles étaient plus considérables; mais ils n'ont fait que suivre les errements pleins de sagesse des communes. Là où les libertés municipales sont refusées, dans r Italie méridionale et en Sicile, quoique les eaux abondent de toutes parts, les irrigations manquent; l'agriculture reste sta-tionnaire(i).
Venétie. — L'hydraulique cultivée avec succès par les Arabes, n'avait pas été délaissée par les Vénitiens, contraints de régulariser les émissaires des cours d'eau torrentiels qui débouchent des Alpes sur leur territoire, et de ménager leurs communications par eau avec les pays de terre-ferme, en les défendant contre les eaux stagnantes et les atterri ssements. Aussi bien les populations de Rovigo, de Padoue et de Venise, que celles de Ferrare et de Ravenne, continuant Tœuvre inaugurée par les Étrusques, étaient condamnées à disputer aux fleuves leurs terres en culture et à chercher des écoulements directs, aussi courts que possible, vers la mer. Les canaux, délaissés sous la domination barbare, avaient fini par s'obstruer; les bas-fonds s'étaient de nouveau remplis, et les marais étaient devenus inaccessibles.
Dès avant le dixième siècle, Vénitiens et habitants de la Polésine étaient à l'œuvre pour l'exécution des canaux navigables et de dessèchement, qui se partageaient en deux réseaux : l'un gravitant entre le Pô et l'Adige ; l'autre se ramifiant entre Vicence, Padoue et Venise.
Le premier réseau, ayant Rovigo pour centre, compte deux artères principales : le canal Bianco, qui établit la communication du Pô grande^ par les canaux Polesclla et Cavanella avec le Tartaro, et par le canal Busse avec Vérone; et d'autre part, l'Adigetto qui coule parallèle-
(I) Bertagnolif Délie vicende delVagricoltura in Ilalia, loc. cit. y p. 220.
ment entre le Pô et TAdige et communique avec ce dernier fleuve par le canal Lorco. L'Adige, de son côté, est en communication avec la lagune de Chioggia par Técluse de Bondolo.
Le deuxième réseau a pour centre Padoue. Le canal Bisatto, dérivé du Bacchiglione, en aval de Vicence, dessert les villes de Este et Monselice et aboutit à Padoue par le canal Battaglia. De cette ville, trois communications sont établies avec la lagune de Venise : Tune par les canaux Piovengo et Brenta ; l'autre, par les canaux Sotto-Battaglia et Roncajctte qui se rejoignent au canal Pontelongo conduisant à Chioggia ; et la troisième, par la Brentella, la Brenta, les canaux Mirano et Novissimo.
De la lagune même, les canaux de la Dolccet Sioncello mènent au Sile, et du Sile, le canal de la Fossetta débouche dans la Piave, en communication avec les canaux du Frioul; ou bien, le canal Pordelio et la cava Zuccherina rejoignent les cours d'eau de la Piave, de la Lîvenza et du Lemene.
Un grand nombre des canaux que nous venons d'énumérer remontent à une époque assez ancienne. La Fossetta d'Ostiglia, jadis Fossa Regia, date du neuvième siècle; alimentée en partie par les eaux du Mincio, et en partie, par des eaux d'écoulement, elle se partage à la Torre Rotta en deux tronçons, dont Tun rejoint le Pô à Ostiglia, et l'autre, le Tartaro, au bastion Saint-Michel. Avec une portée de 4 m. cubes et demi, le canal, sur une longueur de 9 kilomètres, offre quatre prises d'eau pour irrigations.
L'origine de l'Adigetto et du canal transversal Scortico qui fait communiquer l'Adigetto avec le canal Bianco, est attribuée à une rupture des digues de l'Adige, à Badia, au dixième siècle. La canalisation fut alors exécutée jusqu'à 3 kilomètres de Rovigo. Aussi bien le canal Scortico
LES IRRIGxVTIONS. 623
que ceux de Legnago et de Polesella ont quelques prises d*eau pour les rizières et les routoirs.
La rivalité des communes de Pado\ie et de Vicence, au douzième siècle, donna naissance à de nouveaux canaux. Après que les Vicentins eurent exécuté le canal Bisatto (i 143), pour y détourner partiellement les eaux du Bacchiglione (i 188) en portant atteinte au canal d'Esté , les Padouans dérivèrent de ce canal celui de Battaglia, que construisit Guillaume da Osa; podestat milanais, en 1 1 9 1 ; les seigneurs de Carrare améliorèrent plus tard cette communication. En Tan 1200, la république de Padoue fit prolonger le canal de Monselice, et en i3i4, pour mettre fin aux détournements d'eau par les Vicentins, elle ordonna Texécution du canal Brentella, dérivé de la Brenla. Le canal principal de Provego, entre Padoue et Venise, date de Tan 1209.
Avant que ces travaux fussent projetés, les autres municipes du territoire de l'Adriatique, que la paix de Constance (ii83) avait émancipés, en entreprirent de très importants. C'est ainsi que les Mantouans, après 1 188, construisirent les grandes digues du Mincio pour préserver leur ville; que les Pavesans obtinrent en 1191 de Tempereur Henri VI, le privilège de dériver les eaux du Tessin, de la Codrona, de l'Olona; du Terdobbio, etc. (i).
Emilie. — Modène construisit au onzième siècle son Naviglio qui la relie au Pô. L'ancienne commune exécuta à ses frais les deux sections du canal. Tune dirigée sur Bomporto et Finale; l'autre, de Finale à Bondeno. Alimenté par les eaux du Panaro et de la Secchia, avec un débit de 3,5 m. cubes à la seconde, le canal, suri 5 kilom. de longueur, dessert 19 prises d'eau.
(I) Giulini, Memorie di Milano, t. VII.
Par une convention du i8 septembre 1172, Tévêque de Modène, Arrigo, renonça en faveur du municipe au droit de propriété sur les deux canaux dérivés du Panaro et de la Secchia, qui servaient avec d'autres canaux à l'alimentation du Naviglio de Modène. Ce document atteste la tendance des municipes à se substituer aux évêques dans les droits temporels qu'ils exerçaient (i).
Quelques années plus tard, les habitants de Reggio en vinrent aux mains avec les Modénais pour défendre les droits qu'ils s'attribuaient respectivement sur les eaux de la Secchia, dont le cours passe entre les deux villes, avant de déboucher dans le Pô. Après une guerre de vingt années, le différend fut définitivement réglé, en 1202, par l'arbitrage amiable des podestats de Parme et de Crémone (2).
Une charte de l'an i2o3 mentionne l'obligation qu'avait le podestat de Reggio, au nom de sa commune, de faire creuser un canal (navigium) pour rejoindre celui de Guastalla (3). Alidosi parle également d'un naviglio à Bologne, en 1208, sans indiquer s'il est destiné à la navigation ou à l'irrigation (4]. On constate toutefois que, déjà en 1191, le canal de Bologne, construit par les citoyens qui s'appellent ramisani^ c'est-à-dire les propriétaires d'un bras (ratno)d\i fleuve, fournissait de la force motrice à des moulins et à d'autres usines. En 1208, le sénat de Bologne acheta aux ramisani leurs droits de prise des eaux du Reno, et en 1289, tous leurs moulins. Le barrage ne fut rendu définitif, par une digue muraillée, qu'en i325;
(I) Lombardini, Cenni idrografici aulla Lombardia, 1844, p. 171. (3) Sigonii Opéra, t. II, p. 814.
(3) Affo, Storia di Guastalla, t. I, p. 356.
(4) Alidosi, Instruttione, p. 106.
détruit par une crue, il fut restauré en i36o par le cardinal Albornoz. Sur une longueur de 36,5 kilom., le canal, avec une portée de 4 m. cubes par seconde, dessert 97 bouches de prise.
Comme le Naviglio de Bologne, celui de Volano à Primaro,dans le Ferrarais, est isolé, et sans relation avec les cours d'eau intérieurs. Le canal de Ripafratta, dérivé du Serchio, avec une portée de 5 m. cubes, ne fournit de Teau aux irrigations qu'en été .
Lombardie. — C'est également par la construction de voies navigables ayant Milan pour centre, et impliquant la régularisation des fleuves, le Pô, le Tessin, l'Adda, et leurs nombreux tributaires, que se développe, en Lombardie, l'idée de l'utilisation des eaux sur le sol, et que s'établit, en vue d'une navigation intérieure, précieuse pour l'échange des produits, un système de canaux unique, en raison même de l'échelle grandiose d'après laquelle il a été conçu et poursuivi pendant des siècles.
Le trait essentiel de ce système n'a pas échappé à de Gasparin : la loi des niveaux.
Hydrographie de l'Italie du Nord. — Cette loi a trouvé une application admirable dans la direction des fleuves qui sillonnent le territoire, par rapport à celle •qu'ont reçue les canaux. Sans aborder la description hydrographique de la Lombardie, on s'expliquera comment il a été possible, d'après les pentes des cours d'eau, de réaliser des irrigations aussi parfaites, sans crainte d'enrayer les eaux d'écoulement au détriment des cultures et de la salubrité. Le Pô n'offre, en effet, entre le Tessin et l'Oglio, qu'une pente de o"*,3o à o",i5 par kilomètre; le Tessin, dès sa sortie du lac Majeur, en a une qui varie de 0^,70 à 2™,o5 ; et l'Adda, de 2" à 2™,5o par kilomètre. Parmi les tributaires,
le Lambro a une pente moyenne de i™,95, et l'OIona, de 3",23; de telle sorte que les affluents du Pô jouissant d'une plus grande vitesse que lui, il a été possible de tracer des canaux parallèlement, avec des pentes considérables qui excèdent même celles appropriées à la navigation et à l'arrosage, et grâce à un nivellement soigné, de distribuer les eaux sur de grandes surfaces rendues accessibles. Le territoire lombard, sur plus de 100,000 hectares, offre une plaine en inclinaison douce et sans contre- pentes jusqu'aux rives du Pô, qui ^est merveilleusement prêtée à ï'épandage, mais à la condition essentielle de maintenir le niveau et de l'améliorer par des travaux incessants qui assurent une meilleure distribution, au point de vue de l'économie des volumes employés, ou du réemploi des colatures.
Baumgarten n'a pas exagéré en calculant que, pour les travaux de nivellement de la Lombardie, le sol a été remué et dressé sur une épaisseur de 40 à 5o centimètres; ce qui, pour 2000 kilomètres, représenterait déjà une dépense de 400 millions.
Ailleurs, en Italie, on pourra à Taide des fleuves de l'Apennin dériver des canaux et capter des sources au pied des différentes collines, pour subvenir à la maigreur des cours d'eau pendant l'été (i), mais on ne saurait espérer voir le reste du territoire irrigué comme l'est la Lombardie, parce que les eaux dont on dispose ne sont pas suffisantes, ni susceptibles d'un règlement aussi parfait, quant aux reprises et aux colatures. Les lacs qui régularisent le débit des 6euves lombards descendant des Alpes, modèrent surtout les crues soudaines dont les ravages
(i) R. Pareto, Reia^ione sulie bonifie a\ioni ed irriga\ioni del regnod'lta^ lia, i865 p. 243.
s'étendraient au réseau entier des canaux d'irrigation; ailleurs, on ne devra compter que problématiquement sur de vastes retenues, pour remédier aux eaux torrentielles. Cest à la sagesse des procédés, jointe à de bonnes lois, qu'il a été fait appel, pour maintenir sur une aussi faible pente totale que celle de la vallée du Pô, un plan général de nivellement dispensant des machines et de l'ascension perpendiculaire des eaux (i).
Milan, — Milan fut la première ville qui donna un grand essor aux irrigations, après avoir savamment régularisé les cours d'eau de son territoire. La Lura ayant été déviée dans TOlona, près de Rhô, l'Olona fut à son tour détournée par un canal de 1 1 kilomètres débouchant dans le lit du Nirone, dont les eaux furent conduites dans les fossés entourant les anciennes murailles. Quant au Seveso, coulant directement des collines de Come sur l'emplacement même de la ville, il fut réuni au Nirone, après avoir servi aux besoins de l'industrie et des habitants, pour finalement se jeter dans la Vettabbia, ou Vecchiabbia (2), dont les eaux enrichies de matières fertilisantes, étaient employées en irrigations sur de grandes étendues de terrain, dès l'année II 38, par les moines cisterciens de Chiaravalle.
Vers la même époque, d'autres moines du même ordre, dits de Morimond (3) s'établirent sur la rive du Tessin et conçurent le projet plus hardi de dériver un canal, en aval de la vallée du fleuve, pour conduire les eaux sur le plateau et transformer, à l'aide des irri-
(I) Aug. de Gasparin, les Irrigatiom dans le midi de la France; Journ, agric, prat, 1841-43, t. V, p. 434.
(3) Voir tome II, liyre VII, p. 161, canalisation de Milan.
(3) Les moines de Morimond, comme ceux de Chiaravalle, ou Clair- Teaux, étaient venus de France. Antichità Longobardiche, t. II et IV; Vcrri, Storia di Milano, t. I, p. 188.
gâtions, la lande stérile en terres arables et en prairies. Ce canal, avec prise d'eau à Tornavento, se dirigeait à peu près en ligne droite par Castelletto, entre Rosate et Basiano, dans le lit d*un ruisseau naturel, et se jetait près de Binasco, dans le lit abandonné de TOlona. Il est le premier dont il soit tait mention , sous le nom de Ticinello, dans les anciens documents (i).
Dès la première expédition de l'empereur Frédéric Barberousse, les Milanais, pour la défense de leur ville, Tentourérent ainsi que les faubourgs d'un large fossé, converti plus tard en un canal navigable, sous le nom qui lui est resté, de Fossa interna. Défaits, malgré cela, par les armes de l'empereur et des municipalités liguées contre eux, ils virent leur ville détruite; mais la Fossa interna demeura, et au lendemain de la victoire de la ligue lombarde à Legnano, ils songèrent, en 1177, à amener le canal Ticinello jusque dans le canal intérieur. Il paraît hors de doute qu'avant cette date le Ticinello fonctionnait comme canal de dérivation du Tessin, entre Tornavento et TOlona, à Rubbiano, et qu'il servait aux irrigations; cette année-là toutefois, les Milanais ayant décidé de rendre navigable Tancienne dérivation de Tornavento à Abbiategrasso, creusèrent le canal depuis la dernière localité jusqu'à leur ville. C'est seulement en 1257 qu'ils le rendirent navigable dans la dernière section, le Ticinello restant affecté au bras de Abbiategrasso à Rubbiano pour la décharge des eaux de trop-plein du Navigiio (2). Le tracé du canal navigable qui établit la communi-
(I) Landolphe l'ancien parle, il est vrai, d'un canal navigable au xi* siècle (Muratori, Scriptores rer, Ital.y t. IV); mais il est douteux, d'après Giulini, qu'il fût plus ancien que celui de Milan, administré par deux moines et deux bourgeois.
(2^ Lm» d'Ambrosio , Cenni mono^ra/tc; %VLlla naviga^ione interna, 1878.
cation avec le Verbano (i), est remarquable en ce que, à défaut d'écluses qui n'étaient pas encore inventées, la pente y était ménagée de manière à assurer la navigation avec un tirant d'eau suffisant, quoique deux autres canaux dussent plus tard s'y embrancher et que de nombreuses bouches y fussent déjà ouvertes au service des irrigations.
Au treizième siècle, les travaux de canalisation se poursuivent sans répit. Les Milanais, en 1220, sous leur podestat Amizone de Lodi, creusent VAdda nuovaj ou la Muzza, qui a sa prise d'eau à Cassano, dans TAdda, et débouche en aval , près de Castiglione Lodesan (2). Agrandi plus tard et prolongé, d'accord avec le municipe de Lodi, le canal de la Muzza, transformé en une véritable rivière, reste le type des dérivations à grand volume pour les arrosages. L'ingénieur Lombardini le classait immédiatement après le canal du Gange; avec un débit de 65 m. cubes par seconde, il dessert près de 60,000 hectares (3).
En 1257, sous le podestat Beno dei Gozadini, Bolognais, les travaux de prolongement du Ticinello jusqu'à Milan, furent commencés; rendu navigable sur toute sa longueur, il fut définitivement dénommé Naviglio grande, en 1 269-7 ^ -> sous le podestat Napo délia Torre (4).
Avec les Visconti, la ville de Milan, grâce aux irrigations et à rindustrie qui tirait parti des eaux, atteignit un haut degré de prospérité. Les statuts défendaient sévèrement le gaspillage des eaux; les usagers de rOlona et du Seveso ne devaient arroser que les jours
(I) Cronacadi Daniele; — Flamma, C/rron. major; — Muratori, Calend di San Giorgio.
(3) Benaglia, del MagiUr, straord, XII.
(3) Lombardini, delV Origine délia scien\a idraulica, p. 7.
(4) Giulini, loc. cit., t. VIII.
63o LES IRRIGATIONS.
de fête, quand les eaux étaient à Tétiage; déplus, les fontaines devaient être soigneusement préservées de toutes souillures et immondices, car elles servaient au blanchiment du fil et des tissus (i).
Un des premiers ducs, Azzo Visconti, entreprît plusieurs dérivations, entr*autres, celle des eaux du Bembo, pour l'irrigation du territoire de Treviglio.
LsiRoggia Fusa fut dérivée, en i3i7, par les soins des comtes d'Iseo, de la rive gauche deTOglio, tout près du point où cette rivière quitte le lac. Navigable sur 3o kilomètres de parcours, ce canal irrigue le territoire situé au nord de la province de Brescia.
Le Naviglio Civico^ concédé en 1329 par Louis de Bavière, dérive de TOglio, aux portes de Calcio, sur la rive droite, un volume de 1,22 m. cube destiné au territoire crémonais. De la prise jusqu'au pays de Fontanella, la construction s'est faite avec les deniers des particuliers, qui obtinrent en retour des concessions libres. A partir de Forcella, le canal se bifurque en deux ndtvigli, le vecchio et le nuovo, après avoir alimenté à bouche libre la Roggia dei Ronchi qui arrose les terres entre les deux branches (2).
Un autre Visconti, Galeas II, fit construire en i359, pour Tembellissement du château de Pavie, un prolongement du Naviglio grande^ depuis Milan jusqu'à cette ville (3). Le nom de Naviglietto^ que reçut cette dérivation, a donné lieu de penser qu'elle avait pu être utilisée pour la navigation, mais la pente, à défaut d'écluses, donnée par une chute de 5o mètres, sur 33 kil. de longueur, eût empêché tous transports par bateaux. D'ailleurs, le canal Civico du Crémonais et un autre canal
(1) Staiuti di Mtlano. cap. 280 à 326.
(2) Marenghi, Inchiesta agraria; loc. cit.
(3) Chron. Plac. ad annum /365.
LES IRRIGATIONS. 63i
dérivé du Chiese à la même époque, sur le territoire brescîan, étaient également appelés navigli^ quoiqu'ils fussent destinés uniquement aux arrosages.
Sous Galéas II, le cours du Pô fut aussi rectifié sur un parcours de 1 1 milles , entre Port' Albera et le confluent du Lambro et du Tidone, sans que depuis cinq siècles, ce remarquable travail de régularisation ait donné l'occasion d'un remaniement (i).
A cette époque, sans doute, remonte la dérivation du Mincio, pratiquée à Pozzolo, au sud de Mantoue, pour l'irrigation du territoire mantouan. Dans la guerre de i63o, la prise d'eau et les principaux ouvrages de la Fossa di Pozzolo, furent détruits ; mais ils étaient déjà rétablis en 1637. Un des ingénieurs des Visconti fut moins heureux, paraît-il, dans l'exécution d'un projet pour empêcher l'eau du Mincio de descendre jusqu'à Mantoue; les obstacles offerts par les travaux de détournement du lit du fleuve l'y firent renoncer (2),
Avant l'invention des écluses à sas, les canaux mixtes qui offraient une pente excessive pour la navigation et un tirant d'eau trop faible à l'étiage, étaient pourvus de portes de pertuis, ou bove^ dans lesquelles les barques étaient élevées par des cabestans [argani) afin de faciliter le passage. Ainsi était établie l'ancienne porte de Governolo, sur le Mincio, construite par l'ingénieur Pitentino en 1188, qui fut remplacée en 1609 seulement, par un sas à radier plan, c'est-à-dire sans gradins, oflfrant une pente de o"',49 entre les deux portes (3).
Les écluses à sas. — Jean Galeas Visconti ayant décidé la construction de la cathédrale de Milan, la première idée des sas trouva son application dans la
(1) Ceredi, Tre Discorsi sopra il modo di ai^ar le acque^ 1567.
(2) Chron, Esten$. Rer, liai. XV, ^29.
(3) Lombardini.GuWj allô studio delf idrologia^ etc., 1870, p. 166.
nécessité défaire arrivera pied d'œuvre, sur la place San Stefano in Brolio, les marbres extraits des carrières de Gandoglia, sur le Verbano. La navigation du Ticinello s'arrêtait alors au Laghetto vecchio^ d'où les eaux gagnaient le fossé extérieur (fossato)^ se déchargeaient dans un bras prolongeant le TicincUo, qui coulait parallèlement, et débouchaient finalement dans la Vettabbia. On résolut de creuser un nouveau bassin {laghetto) pour servir de port de déchargement aux matériaux venus par eau; mais ce bassin, en raison même de la situation du terrain, se trouvait surélevé de quelques pieds par rapport à l'ancien. Il en résultait des manœuvres, pour racheter la différence de niveau des deux bassins, qui consistaient, le soir, quand les barques devaient passer, à fermer les bouches du bras du Ticinello, du déversoir et de la Vettabbia. Comme cela n'eût pas suffi pour relever le plan d'eau, le fossato, à Taide d'un aqueduc de dérivation, recevait les eaux du Seveso. Les servitudes de fermeture des bouches aux heures indiquées avaient été imposées, pour le Ticinello, aux moines de la Chartreuse de Pavie, au domaine de Selvanesco et aux hiérolomytains de Castellazzo. Malgré les réclamations continuelles des moines de Chiaravalle et des autres usagers, la Vettabbia était également fermée pendant le passage des barques dans le bras du Ticinello, désigné alors sous le nom de Naviglio Nuovo^ pour le distinguer du Naviglio Vecchio dérivé du Tessîn (i). Un document de l'année 141 3 établit que pour augmenter encore plus le volume d'eau du nouveau bassin et faire mouvoir une presse hydraulique, le chapitre de la cathédrale acquit des frères Humiliés, des sources qu'ils possédaient près de Porte-Neuve. Grâce
(i) Nava, Notifie interno al Duomo di Milano^ 1834.
à des barrages à penuis, les eaux s^élevaient ainsi dans le bassin pour admettre les barques chargées, ou s'abaissaient pour le retour des barques à vide. L'idée de l'écluse à sas, réalisée de la sorte, fut l'objet d'une application expérimentale, en 1439, par les ingénieurs Philippe de Modène, et Fioravante de Bologne, à Viarenna, dans le /ossato même de Milan (i).
Par décret du 25 janvier 1443, le duc Philippe Marie, le dernier des Visconti, imposa pour le canal de Bereguardo, dérivé à Abbiategrasso du Naviglio grande^ et tracé parallèlement au Ticinello, l'établissement d'écluses à sas et à portes busquées.
Dès Tannée 1445, le Naviglio interno de Milan possédait deux écluses à sas, dont l'une à Viarenna {conca inferior navigii ducalis noviter constructt)^ et l'autre à San Ambrogio. De 1439 à 1475, Milan avait construit en outre 90 kilomètres de canaux navigables, munis de 25 écluses à sas, c'est-à-dire six ans avant que les frères Viterbo eussent établi Técluse considérée longtemps comme ayant été la première, sur le confluent du Piovego et de la Brenta, au-dessous de Padoue (2). De 149 1 à 1493^ deux écluses à sas furent établies par un ingénieur milanais, sur le Naviglio de Bologne (3), et deux également, sur le Naviglio de Modène, à la Bastiglia.
Les autres communes lombardes rivalisant avec celles de Milan et de Lodi, il arriva bientôt que les dérivations des rivières l'Oglio, la Mella, le Clisio et le Mincio, influèrent sur les sources du Nirone et du Seveso qui arrosaient les campagnes milanaises et suppléaient le Naviglio interno. Dès lors, le duc Sforza, François P', ordonna en 1457 la construction d'un nouveau canal,
(i) Lombardini, loccit,, p. 166.
(2) Lombardini, Deir origine etc., loc, cit.^ p. 18.
(3) Manetti, Memorie storiche sul naviglio di Bologna .
dît de la Martesana, qui fut dérivé de TAdda, à Trezzo, pour aboutir dans le Redefosso, à Milan (i). Achevé en moins de quatre ans, sur une longueur de 45 kilomètres, avec une portée de 21 m. cubes à Torigine, ce canal fut muni, pour faciliter la navigation ascendante et descendante, de deux écluses à sas ; celle de Gorla qui fut plus tard supprimée en i533 (2), malgré la pente, et celle de la Cascina dei Pomi qui subsiste encore. Il restait toutefois une entreprise plus difficile à exécuter pour mettre PAdda, parla Martesana, en communication avec le Tessin, par le Naviglio grande y c'était d'adapter la Fossa interna à la navigation, en permettant indistinctement le passage des bateaux des deux rivières. Léonard de Vinci répondit du succès de l'entreprise, très hardie pour l'époque. Ramenée à la largeur uniforme de io",8o, la fossa interna^ pourvue par Léonard de Vinci de cinq écluses à sas, telles qu'on les retrouve aujourd'hui, établit la communication désirée, et dès lors, une ligne navigable continue réunit TAdda au Tessin , en passant par Milan (3).
Un décret du même duc Sforza, publié en 1457, avait ordonné de rendre le canal de Pavie navigable Jusqu'à Binasco(4), dans le but de conduire les bateaux de Milan à Pavie; mais seulement sous le règne de son fils Galéas Marie, de 1473 à 1475, la navigation put s'étendre jusqu'à Pavie.
Vers cette époque, le projet du canal de Paderno, destiné à tourner les rapides de l'Adda et à faciliter la descente du lac de Côme sur Milan, fut présenté. François P*^, roi de France, donna l'ordre en 1 5 18 de l'exécuter;
(I ; Verri, Storia di Milano, t. II.
(2) Benaglia, loccit^^p. i52.
(3) Lombardini, Ccnni idrogr., loc. cit,
(4) Giulini, /oc. cil., XI.
la guerre ayant pris fin, les travaux cessèrent, et l'entreprise ne put être recommencée qu'en iSpi par l'ingénieur Meda. Abandonnée à la suite de l'enlèvement du barrage, elle fut achevée, d'après des plans modifiés, de 1773 à
Les plus grands canaux, parmi ceux qui viennent d'être énumérés, furent exécutés aux frais de l'État, moyennant un impôt spécial, à charge de tous les intéressés. Les moins importants ont été réalisés avec l'aide des contributions des intéressés eux-mêmes ; transports, prestations de matériaux et de main-d'œuvre, subventions en argent, etc. Un décret les rendait obligatoires, à titre d'utilité publique.
Pour l'exécution du Navtglio grande^ les Milanais, en 1271, imposèrent aux usagers une redevance couvrant le remboursement des dépenses et d'achèvement des travaux (2). Pour le Navtglio de Pavie, décrété par Visconti Galéas, les dépenses furent réparties entre toutes les villes du duché (3). Il suffisait que deux intéressés en fissent la demande, pour que le podestat et le procureur déclarassent d'utilité publique une dérivation imposée majori parti dans la localité, et la fissent exécuter aux frais des habitants : « omnium hotninum habitan^ tium in eo (4). »
Les modules. — L'irrigation est redevable du module régulateur de la distribution des eaux, adopté par les autorités milanaises, à l'ingénieur Soldati, chargé de régler les anciennes bouches du Naviglio grande (5). Jusqu'en 1572, l'absence d'un mode précis et rigoureux de délF-
(i) Lombardini, Guida etc^ loccit.y p. 167. (3) Giulini, loc.cit,, t. VIII, p. 243.
(3) Chron, Placent, ad annum i365»
(4) Statuta civitatis Mutinœ^ rubr. 54.
(5) Voir tome H, p. 271.
vrance des eaux, donnait lieu à des abus sans nombre; les volumes d*eau consommés par les usagers étaient plus considérables que ceux concédés, et même que ceux nécessaires. Grâce au nouveau module, les abus purent être écartés et Fadministration disposa, en faveur de nouveaux arrosages, de plus du quart de la portée d'eau du Naviglio grande. D'après Bruschetti, l'ingénieur Donineni aurait introduit quelques années plus tôt, le module crémonais (i). Avant l'invention de cet appareil, les eaux étaient réparties sur le Naviglio civico de Crémone à l'aide de partiteurs prismatiques (2).
Plus tard, le module Soldati fut successivement appliqué avec des modifications, dans le reste de la Lom* bardie , et à partir du XV 1" siècle, un ordre nouveau présida partout à la distribution des eaux.
Tandis que la Vénétie continue à ouvrir des canaux navigables : le canal Bianco, qui n'est que le Tartaro prolongé et canalisé sur 66 kilomètres, avec une portée de 1 14 mètres cubes; le canal Valle qui réunit les deux embouchures de TAdige et du Bacchiglione (seizième siècle); et la Fossa Polesella, joignant le Pô au canal Bianco ( 1639) et allouant quelques prises d'eau aux rizières, aux chanvrières et aux routoîrs, la Lombardie, elle, restreint le nombre de canaux nouveaux, non pas que les eaux publiques soient à peu près épuisées, mais parce que, dans le but de mieux utiliser celles déjà concédées, la direction et le niveau des canaux existants sont améliorés, et les canaux secondaires s'en trouvent accrus.
La prise d'eau du Naviglio grande avait été emportée en i585, et le canal restait à sec; l'ingénieur Méda fut
(i) Voir tome II, p. 278.
(2) Bruschetti , Storia délie opère pcr Virriga^ione del Milanese^ p. 3+.
chargé de la rétablir telle qu'elle est. Le grand barrage de la Paladella, comprenant les travaux de défense des rives du Tessin et la bouche dite de Pavie, pour la décharge des eaux en crue, datent de cette époque. Avec une portée de 65 mètres cubes, le Naviglio grande ainsi restauré alimente les deux dérivations de Bereguardo et de Pavie, et en outre 124 prises d'eau pour irrigations sur la rive droite, et 8 sur la rive gauche, ainsi que des prises de force motrice, qui varient comme débit entre 0,70 et 100 m. cubes par minute.
Dès le quatorzième siècle, un colateur à large section, désigné sous le nom de Delmona^ ou Tagliata^ avait été creusé à travers le Crémonais, le long de la voie Postumîa, dans le but de détourner sur TOglio, à Calvatone, les eaux drainées des terrains supérieurs, qui inondaient les bas-fonds. Ce colateur étant devenu insuffisant, lorsque les eaux d'irrigation eurent augmenté le volume des écoulements, les Crémonais pratiquèrent, en i55o, un nouveau canal à point de partage, dans le sens de la largeur de la province, qui déverse les eaux vives dansPOglio et le Pô. Les aqueducs amenant les eaux de drainage cèdent leur trop-plein au canal, en temps de pluie; ou bien, ils se ferment quand il y a lieu, pour s'y vider complètement. Ce système très ingénieux, remarque Lombardini, est unique en son genre (i).
Deux opérations d'une plus grande importance sont exécutées à la même époque : Tune, due à l'initiative du marquis H. Bentivoglio, pour l'endiguement des torrents situés en amont de la Secchia, sur la rive droite du Pô, «t l'écoulement dans le fleuve, à l'aval des eaux superficielles par les torrents canalisés; l'autre opération de même nature, exécutée par le duc Alphonse de Ferrare,
(I) Lombardini, DelV origine etc., loc, cit,, p. 36.
draine la Polésine ferraràise directement dans la mer.
L'ancien canal de Galéas Visconti, ou Navigliaccio^ conduisant de Milan à Pavie, avait fini par s'avarier en raison de l'incurie des magistrats et des usurpations des riverains. Dès 1 564, on voulut le restaurer, mais les deux municipalités s'y opposèrent et les riverains aussi, sous le prétexte qu'il était devenu inutile pour l'irrigation et plus encore, pour la navigation, depuis l'ouverture du canal de Bereguardo. En 1597, ^^^ ingénieurs Méda et Romussi n'en furent pas moins chargés de commencer les travaux, mais la résistance opposée par les communes au paiement de leur quote-part, les fit abandonner. Le nom de Concafallata^ donné à Técluse installée alors, rappelle le fait de l'insuccès. Après de longues discussions entre les ingénieurs Frisiet Lecchi, un décret de i8o5, signé par Napoléon I*"", ordonna la construction du canal de Pavie. Délaissé en 181 3, il ne fut achevé qu'en 1819. D'une longueur de 33 kilomètres et d'une portée de 6 m. cubes par seconde, le nouveau Naviglio dessert 38 prises d'eau d'irrigations. Très intéressant au point de vue de la jonction navigable entre le cours supérieur du Tessin et celui du Pô, qui passe par Milan, il ne compte pas moins de 13 écluses de navigation, parmi lesquelles la Conca fallata.
Le Pallavicino nuovOy dérivé de TOglio vers la fin du siècle dernier, pour l'arrosage du territoire crémonais, venait d'être achevé, lorsque les canaux Lorini furent entrepris avec une grande hardiesse par Lorini, en 1 806, et terminés en 18 17, par Marocco, Ils constituent un réseau sur tout le territoire à Test du Pavesan, dont le développement représente io5 kilomètres. C'est sur le Cavo grande^ qui sert de canal principal, que s'embranchent cinq canaux secondaires. Alimenté par des sources du territoire de Rossate, le canal suit les limites du terri-
toire milanais, après avoir approché la rive droite de la Muzza, touche à Codogno, reçoit les eaux de TAddetta, entre Ceregallo et San Zenone, traverse le Lambro et pénètre à Villanterio dans le Pavesan (i).
Le dernier grand travail entrepris en Lombard ie pour l'irrigation du haut Milanais, au-dessus du Naviglio grande et de la Martesana, est le canal Villoresi, que nous avons sommairement décrit (2).
Des subventions importantes de l'État ont été accordées en vertu de la nouvelle loi de 188 3, non seulement au canal Villoresi (3), mais à deux autres canaux récemment exécutés dans le Véronais, le canal Storari (4) et le canal Giulari, également décrits (5).
L'ingénieurCarliavaitprojetéégalement, pour la même région, deux canaux : celui modifié de Prevadelsca, avec prise d'eau à Salionze, sur la rive gauche du Mincio, destiné à l'arrosage des districts de Valeggio, de M ozzecane et de quelques communes de la province de Mantoue, et le canal industriel agricole de Vérone dont la prise serait établie à Chievo (section San M assimo), et le débouché, en amont deTombetta (commune de Vérone). Ce dernier canal, après avoir fourni 3, 000 chevaux de force, devrait fournir les eaux à l'irrigation, moyennant un débit complémentaire, livrable par le canal Storari pendant les basses eaux, mais pour les rendre audit canal pendant la saison des arrosages (6).
(i) Bellinzona ; il Circondario di Lodi, Inchiesta agraria, loccit, (3) Voir tome II, p. 310.
(3) Ce canal, quoique limité à une seule partie du projet primitif, reçoit un subside de 2 millions, moitié de l'État, et moitié de la province.
(4) Napoléon 1", par décret du 35 juillet 1806, concéda gratuitement aux Véronais le droit de dériver l'eau de TAdige, qui leur est nécessaire pour l'irrigation de la campagne; en 1866 seulement, le projet de l'ingénieur en chef de la municipalité, Storari, fut soumis officiellement au ministère italien.
(5) Voir tome II, p. sis.
(6) Monografia délia prov, di Veronai loc, cit., p. 194.
Le torrent Asti co qui descend des montagnes du Tyrol, dans le Vicentin, pour se réunir au Tesîna, et se jeter dans le Bacchiglione, a été régularisé par un canal détaché à Zugliano, sur la rive droite, portant le nom du commissaire royal Mordini. Jusqu'à la route Gasparona, sur un parcours de 4 kilomètres et demi, depuis le barrage de Zugliano, le canal jouit d*une portée normale de 4 m. cubes environ. Un grand partiteur placé à un demikilomètre en aval de la prise, distribue le volume initial entre les usagers de la rive droite et delà rive gauche, dans une proportion constante de 3 à 0,8. Sur le parcours à section normale de la rive droite, une chute de 4 mètres fournie 1 20 chevaux de force à une filature ; un pont-canal pour la traversée du torrent alimente la rigole de la rive gauche (i).
Parmi d'autres projets étudiés pour augmenter le volume des eaux d'irrigation du Crémonais, il convient de signaler celui des ingénieurs délégués par l'administration du Naviglio Civico^ se basant sur un débit supplémentaire emprunté à TAdda. La constitution même de la société du Naviglio Civico a empêché, par crainte de procès interminables, d'y donner suite. Les ingénieurs Fieschi et Pezzini ont dû s'arrêter en conséquence à un projet de dérivation empruntant de 40 à 5o m. cubes par seconde à TAdda, sur le territoire de Marzano, en aval de Rival ta. Le canal permettrait d'assainir les bas-fonds du territoire cremasque (les Mosi) , et aboutirait, après un trajet de 34 kilomètres, à Genivolta, Le devis de 4 millions et demi de francs, correspond au prix de ii2,5oo fr. par mètre cube d'eau à la seconde (2).
(1) Sfonograjia délia prov. di \'icen\ai loc, ciï., p. 471.
(2)L'Italia agricola j Nuove irriga\ioni nel Cremanese, 1869, t. I, p. i3o.
Dans le Lodigian, un projet de l'ingénieur Cagnoia consisterait à dériver également de TAdda, un peu en amont de Bisnate, 10 m. cubes d'eau par seconde, et à faire déboucher le canal dans laMuzza, en aval de la levée Paderna Cesarina. La dépense totale pour 10 kilomètres a été estimée à i million de francs (i).
Piémont. — L'irrigation pratiquée dès le douzième siècle en Lombardie, n'avait pas tardé à gagner le Piémont, et tout d'abord les provinces du duché de Milan, Novare, Verceil, Valdi Sesia, Lomelline, Vigevano, Voghera, Alexandrie, etc., qui ne furent incorporées au Piémont qu'au dix-huitième siècle.
En l'an 1 2 1 9, la commune de Verceil dérivait une partie des eaux de l'Elvo, près de Saluzzola, dans un canal d'irrigation (2), et en i25i, celle d'Alexandrie pourvoyait par une loi spéciale aux arrosages de la plaine de Marengo (3). On fait remonter à l'an i3oo la construction des canaux du territoire d'Albe, le Navile de Bra et la Bealera Pertusaia, dérivés de la Stura, près de Fossano, dont le premier a une longueur de 14 kilomètres.
En 1 380-82, les deux canaux ou Roggie, Sartirana et Busca, furent dérivés de la rive gauche de la Sesia, le premier (3i kilom.) sur le territoire de Pallesta (province de Mortara), par le marquis de Brenne, comte de Sartirana, et le second (32 kilom.) sur le territoire de Ghemme (province de Novare) par la famille Crotta- Tettoni. Abandonné plus tard, ce dernier fut ouvert de nouveau dans lé dix-septième siècle, aux frais de la famille Busca Arconati Visconti (4).
Le duc Jean de Montferrat fit creuser par ses ordres,
fi) Bellinzona, il Circondario di Lodi; loc, cH.y p. 358.
(2) Archives de Verceil {i 2 ig); Cibrario, loc. cit,, p. 95.
(3) Schiavina, Annali Alessandrini,
(4) Nadault de Buffon, Traité des Irrigations, loc, cit., t. I, p. 280.
en 1400, le canal del Rotto, dérivé de la Doire-Baltée, avec prise, d'eau sur le territoire de Saluggia, que Ton transporta plus tard sur celui de M azzé, à Rivarossa. Les branches de ce canal de 1 2 kilom. de longueur, versent leurs eaux dans la Sesia et le Tessin.
Les irrigations des territoires de Cuneo, au delà de la Stura, datent de 1420. Un riche propriétaire, Ludovico Notario, entreprit à ses frais les premiers travaux, moyennant une extension concédée à ses terres. Quelques années plus tard, les habitants de Cuneo exécutèrent eux-mêmes le canal de la Stura, qui arrose le plateau de la Grumeria. En 1468, ils accordaient le droit de prise d'eau à la commune de Bennaro, contre paiement d'une redevance annuelle de 3oo setiers de froment. A peu près à la même époque, trois particuliers ayant creusé un canal de la Stura à Brogliasco, obtinrent de la commune une subvention calculée à 1,200 journées de terrains incultes et stériles qui devinrent bientôt, suivant la chronique, très fertiles (1).
Dans la concession qu'il fait d'une dérivation d'eau aux gens de Rovello, Louis I*-', marquis de Saluées, définit comme il suit les avantages de l'irrigation, dans sa lettre patente du 23 avril 1460 : « Sicut caro humana « ex sanguine crescit in operibus et bonis fructibus^ a sic et terra y in abundantia aquarum^ crescit injrugi- « bus (2). » La comparaison est digne de l'époque et bonne à garder.
Sous la direction du maître niveleur [livellatore)^ Antonio del Rusco, se créent les communications par eau
II) Chron, Cunei; et MisceU. di Storia Ital., XII.
(3) « De même que la chair de l'homme venant du sang se développe pour l'accomplissement de bonnes œuvres, de même la terre par Tabondance de l'eau se développe en récoltes. » Muletti, Metn, stor. diplom, di Salu\\o, V.
entre Ivrée et Verceil. La régente Yolande de France, femme d'Amédée IX, duc de Savoie, fit creuser Tétang de Moncrivello, et en 1468, le canal d'Ivrée, amorcé sur la rive gauche de la Doire-Baltée. Ce canal, abandonné en 1564, par suite des ensablements, fut rouvert en i65i aux frais du marquis de Pianezza, et prolongé sur 72 kilom. de parcours total, jusqu'à Verceil.
En 1480, Martin de Ortore conduit les eaux du Bourget à Chambéry, et en 1496, le niveleur général, commissaire des eaux, Raffacani, est envoyé dans la Bresse pour visiter le canal « cavum navtlii quod Do^ minus ibidem fierî facit TU , Spalla est également délégué pour visiter le canal de Gattinara, que le marquis de ce nom avait dérivé, en 1482, sur la rive droite de la Sei sia, dans le but d'arroser les terres de la commune.
Du reste, la commune de Novare, qui avait creusé anciennement, sur le même territoire de Gattinara, un canal d'irrigation, fut autorisée, en 1481, par le duc Sforza Ludovic, dit le More, à Télargir et à le prolonger jusqu'à la rencontre du canal de la Sforzesca, en aval de Vigevano. La Roggia Mora, dont la prise d'eau sur la rive droite de la Sesia est plus élevée que celle de la Roggia Gattinara, a 52 kilom. de développement et arrose la plaine du Novarais (i). Le comté de Vigevano est irrigué à l'aide d'un autre canal, ordonné en 1485 par le même duc Sforza. Dérivé du Tessin à Galliate, près de Novare, le Naviglio Sfor:^esca, sur une longueur de 37 kilomètres, dessert près de 12,000 hectares. « Et parce que ce pays était très aride et sec, ajoute le « chroniqueur, le Duc fit faire quelques aqueducs avec « beaucoup d'art et de talent; de sorte qu'avec une telle « abondance d'eau, un grand nombre de bonnes et belles
(I) Mcrula, DeGall, cisalp. antiq. ac origine, 1. 1, 2.
n propriétés furent créées dans ces terrains autrefois tt stériles, ou de faible rapport, qui sont maintenant « très-fertiles (i).
Un dernier canal fut concédé au marquis Rizzo de Birague par le même duc Sforza, en 1488, pour être dérivé de la rive gauche de la Sesia, sur le territoire de Capignano (prov. de Novare); c'est la Roggia Ri:{\a Biragua, d'une longueur de 33 kilomètres, qui arrose la province de Mortara etdébouche dans l'Agogna ^2).
Le Piémont fut surtout redevable à Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, des développements que reçut l'agriculture au seizième siècle. On ne saurait trop rappeler les efforts qu'il tenta par des subventions, des privilèges, par l'abandon de terrains ou la remise d'impôts, pour venir en aide aux irrigations et à l'introduction ou à l'extension de nouvelles cultures, telles que le coton, le mûrier, le tabac, le pastel, etc. (3).
Le maréchal, duc de Cossé-Brisac, seigneur feudataire de Caluso, avait fait ouvrir de i556 à i56o le canal de Caluso, dérivé de la rive gauche de TOrco, sur le territoire de Castellamonte. Les lettres patentes sont de Henri II, roi de France. Rentrant en possession de la contrée, Emmanuel-Philibert confirma, en 1 56o, la concession faite au maréchal, qui fut rachetée par le domaine en 1746. Le même prince fit élaborer les projets du canal de Cuneo, entre la Stura et le Pô, dont deux branches devaient été dirigées, l'une de Bra à Chieri, et l'autre de Moncalieri à Verrua, en même temps qu'il faisait achever le Naviglio d'Ivrée à Verceil, commencé par Violante, poursuivi par Bianca de Sa-
(i) Cagnola, Storia diMUanOyanno 1493.
(2) Nadaultde Buffon, /oc. cr7 „ p. 381.
(3) Duboin, t. VI. p. 7.
voie (i), et ouvrir le canal d'irrigation de Cuneo à Gherasco (2).
Le canal de Thouillette, alimenté par les eaux des glaciers d*Ambin, sur le territoire d'Exilles, est l'œuvre du seizième siècle, attribuée à un particulier Colombano Romeau, qui y consacra huit années. Après avoir traversé un demi-kilomètre en souterrain, il irrigue les territoires aujourd'hui si fertiles de Chiomonte et d'Exilles, sur le versant méridional de la vallée d'Oulx (3).
Aussi bien dans les provinces de Pinerolo, de Turin, de Suse, d'Ivrée et d'Albe, que dans celles d'Alexandrie, de Tortone, de Novare et de Verceil, les irrigations n'ont pas cessé de s'étendre à partir du seizième siècle, par l'initiative des communes et des particuliers. Une foule de dérivations moins importantes, alimentées par les torrents Chiusone, Lemina, Sangone, etc., par le Tanaro, la Stura, la Bormida, par les Dora Riparia et Baltea, la Sesia, etc., ont été exécutées, sans compter celles fournies par les sources et les nappes souterraines.
Le Piémont n*est p^s resté pour cela en arrière en fait de grands travaux de canalisation. Le canal de Cigliano, ouvert en 1785, sous le règne de Victor Amédée III, sur la rive gauche de la Doire, en aval d'Ivrée, qui supplée le Naviletto de Saluggia, a été agrandi dans ces dernières années, en même temps que le canal Charles- Albert, inauguré en iSSg, a été affecté à l'irrigation du territoire d'Alexandrie, En dehors du canal d'Oleggio, le Piémont a réalisé enfin, de i863 à 1874, le vaste réseau du canal Cavour et le canal Casale dérivé directement du Pô, dont Tensemble a jeté dans la plaine comprise entre la Dora Baltea et le Tessin, sur 25o,ooo hec-
(i) Balboni Ricotti, Sloria dclla Mon, piem.^ I, append.
(2) Ricotti, loc.cit., t. IV, p. 407.
(3) MtaTdi,Inchiestaaffrana,Rela^ione,loc. cit,y p. 245.
tares environ, un nouveau volume de 160 mètres cubes d'eau, complètement utilisés aujourd'hui dans le double but de rirrigation et de la force motrice.
Nous n'avons pas à revenir sur le canal Cavour que nous avons spécialement décrit (i). Il ne faut pas oublier que si, en Lombardie, les dérivations principales ont été très habilement empruntées aux tributaires du Pô, et non au fleuve lui-même, ce qui a permis de les tracer perpendiculairement, sans couper à angle droit les affluents du fleuve, il n*en a pas été de même du canal Cavour, qui est en alignement perpendiculaire par rapport aux cours d'eau du territoire traversé; il en est résulté un surcroît de travaux d'art, non moins difficiles que coûteux, constituant une œuvre hydraulique des plus hardies, à laquelle il n'a été «apporté que des changements insignifiants depuis son achèvement.
Pour développer les irrigations sur les territoires d'Alexandrie, de Voghera et de Pavie, de nouveaux projets ont été mis à l'étude , entre lesquels nous signalerons le canal des ingénieurs Mondini et Sardi , prenant les eaux du Tanaro, en amont de Felizzano; le canal de l'ingénieur Rivera qu'auraient alimenté les eaux alluviennes de la Scriviaetdu torrent Borbore; enfin, les projets des ingénieurs Margara et Vallia, basés sur une dérivation des eaux du Pô.
En i853, le gouvernement sarde avait autorisé par une concession au sieur Ferrari, une dérivation du Tanaro, d'une portée de 10 m. cubes à la seconde, pour l'établissement d'un canal à deux branches, dont la première seulement, de 20 kilom. de longueur, utilisant un demi-mètre cube pour l'irrigation, a été construite
(i) Voir tome ll/p. 214.
sur la rive gauche. L'autre branche, sur la rive droite, n'a pas été exécutée, bien qu'elle ait donné lieu, depuis le décès du concessionnaire, l'ingénieur Grattoni, à des études définitives et à la constitution d'un comité spécial par les soins du conseil provincial de Pavie. Le projet dû à l'ingénieur Soldati , amendé par De Angelis, a pour objet une dérivation de 6 m. cubes, en aval de Pavone, destinée à l'arrosage de 5, 000 hectares. Il n'est pas douteux que, sur les pressantes instances des agriculteurs de Voghera et de Pavie, il ne soit promptement mis à exécution.
Statistique des irrigations de la vallée du Pô. — D'après Baird Smith, qui a écrit depuis Nadault de Buffon, sur les irrigations italiennes (i), la vallée entière du Pô, s'étendant sur le Piémont et la Lombardie, utilise pour l'irrigation d'un sixième de la surface totale, soit pour 65o,ooo hectares, un volume d'eau total de 680 mètres cubes par seconde, dont la valeur, à raison de 225,000 francs par mètre cube, correspond à i53 millions de francs, et à un accroissement de revenu de plus de 20 millions et demi de francs.
Les commissaires américains, dans leur rapport au Congrès de Washington (2), se basent sur les chiffres de Baird Smith, en estimant que les 600,000 hectares arrosés de la Lombardie ont exigé une dépense en canaux de I milliard de francs, qui, répartie sur plusieurs siècles, n'a pas été ressentie par le pays. La plupart des grands canaux, ajoutent-ils, appartiennent à l'État; on a constaté en Italie, comme dans l'Inde, que l'initiative privée n'a pas réussi dans l'exécution de pareils tra-
(i) Colonel R. Baird Smith, Onitalian irrigation ; Journ. Roy.Agric. Soc, loc. cit.
'3) Report ofthe Congress commission on irrigation in Califomia, Mardi
vaux, du moins en ce qui a trait plus spécialement à Tintérét public.
Si Ton considère les revenus directs des canaux, on trouve, toujours d'après Baîrd Smith, qu'en Piémont, les redevances se montent annuellement à 625,000 francs, dont les quatre cinquièmes sont versés à l'État; tandis qu'en Lombardie, le revenu des canaux d'État couvre seulement les frais. Il est vrai que dans les deux territoires, surtout dans le dernier, un grand nombre de ventes à perpétuité et de concessions gratuites ont été consenties dans le cours des siècles et ont diminué le revenu direct, les charges restant au domaine. Quant aux canaux particuliers, il est difficile d'évaluer leur produit; mais il est admis qu'ils ne donnent pas un revenu direct important.
Les statistiques récentes manquent, qui permettraient de contrôler les chiffres donnés par Baird Smith. Ceux que l'on a indiqués jusqu'ici comme officiels porteraient le volume total des eaux d'irrigation, pour la Lombardie et le Piémont, à 884 mètres cubes par seconde, et la surface irriguée à 1,222,000 hectares (i). Il en est de même du nombre et de la longueur des canaux. Les canaux d'État, en Lombardie, représenteraient une longueur de 214 kilomètres comme troncs principaux, plus 5, 680 kilomètres de canaux secondaires se répartissant entre 353 canaux, à raison de 16 kilomètres en moyenne par canal. Au delà de l'Adda, il y aurait à compter, en outre, de 1,100 à 1,200 kil. de dérivations. L'ensemble serait ainsi de plus de 7,000 kilomètres, pour la Lombardie seulement (2).
(i) A. Dumont, Journal de l'agriculture, 27 octobre i883.
2) Vignotti, Des irrigations du Piémont et de la Lombardie; loc, cit.
En Piémont, on n*a de renseignements officiels que pour les canaux domaniaux, anciens et nouveaux, y compris le canal Cavour et ses annexes. Leur développement en longueur atteint i ,427 kilomètres, avec un débit de 245 mètres cubes, dont 33 concédés à perpétuité; ce qui laisse à Tadministration domaniale un volume disponible de 2 1 2 mètres cubes par seconde, et une force totale de ii,5oo chevaux, dont 3,ooo étaient utilisés en 1882.
Dans les deux tableaux qui suivent (XLVIII et XLIX) sont résumées les données principales des canaux Piémontais et Lombards; le premier de ces tableaux a été établi en grande partie sur les indications de l'ingénieur Paladini (i), et le second, sur les chiffres plus anciens qu'a fournis Lombardini (2), et pour ce motif, susceptibles d'une augmentation difficile à évaluer. Les longueurs indiquées sont celles du canal principal; la portée est celle réglementaire pour l'été. Les superficies arrosées doivent être considérées, à cause de la multiplicité des canaux secondaires non spécifiés, du mélange des eaux et du rôle des colateurs qui portent des eaux d'origines souvent très diverses, comme au-dessous de la vérité (3).
Ligurie. — La Ligurie est la contrée d'arrosage des arbres fruitiers, y compris les châtaigniers et les oliviers, des potagers et des jardins; les seaux à levier, ou cigogne, et les norias, élèvent les eaux des nappes souterraines et des torrents. Il y a peu de canaux d'ir rigation, à l'exception des bealere ou gore qui conduisent les eaux aux moulins et laissent profiter les cultures de leur trop-plein.
(1) Ettore Paladini, Irrigations du Piémont y etc., 1880.
(a) Lombardini, Cenni idrografici^ loc. cit,
(3) Hérisson, Irrigations de la vallée du, Pô; loc, cit.
LES RRIGATIONS.
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