L'ANGLETERRE
L'art des irrigations fut-il introduit en Angleterre pendant la domination romaine, comme semblerait le vouloir la tradition? Des prairies auraient été arrosées dès cette époque, dit-on, aux environs de Salisbury sur l'Avon. Oîi bien ont-elles été appliquées beaucoup plus tard, au seizième siècle, par les Italiens? Il est certain que les Romains construisirent le premier canal de navigation, le Caerdike, et que la ville intérieure de Salisbury, ou Close, était jadis sillonnée par des canaux que l'Avon alimentait â l'aide d'écluses ; mais on ne trouve de témoignages certains d'irrigations quelque peu étendues que sous le règne d'Elisabeth. Un nommé Pallavicino, collecteur du denier de Saint-Pierre, ayant abjuré le catholicisme à la mort de la reine Marie (iSSy), s*ap-
(0 Hess, Die A/e/fora/io« in den Preutsischen Mmtern, etc., Hannovcr, 1878; et Die Bevdsserungs anlagen im Lûneburg; Hannover, i883.
(2) Wûrffbain, Vber die Metioration der Boker Ueide in West/alen, Berlin, i836.
propria le million versé par les fidèles, et acquit le domaine de Barbraham, avec les terres attenantes de Bournbridge, dans le comté de Cambridge. A Taide d*un barrage sur Tun des affluents de la Bourne, il alimenta un canal dont la construction, confiée à des ingénieurs experts, existe encore, et fit procéder à Tarrosage de 3 20 hectares de prairies. Les planches et les rigoles ont disparu depuis, pour faire place à des saignées directes avec éclusesy sur le canal lui-même (1).
Rowland Vaughan appela le premier Tattention, dans un ouvrage publié en 1610 (2\ sur les avantages de l'irrigation des prairies. Les plus anciennes prairies soumises à Tarrosage, dans les comtés de Wilts et de Hants, ne datent que du siècle suivant, 1700 à 17 10; mais elles furent mal établies, et plus tard, on dut les reconstruire. En 1780, George Boswell (3), et de 1789 à 1 8 1 o, le Révérend F. Wright , de Auld (Northampton (4), vulgarisèrent par leurs traités spéciaux la pratique de Tarrosage des prés. Il n'y a donc pas lieu d'attribuer à l'Allemagne (5), ni au fermier Blomfield, en 181 2, l'introduction de procédés dep^s longtemps décrits, ou pratiqués en Angleterre.
L'Ecosse s'est décidée longtemps après l'Angleterre à recourir à l'arrosage, quoique l'on cite des exemples dans les comtés de Forfar et d'Aberdeen , de cultures jadis irriguées, de céréales et de prés. Loch fait re-
(1) Louâon, Kncxclopœdia of agriculture, 182 5, p. 1093.
12) L'ouvrage a pour titre : • Travaux hydrauliques perfectionnés et longuement éprouvés pour arroser, été et hiver, les prairies et les pâturages* au moyen des plus petits cours d'eau, ruisseaux, sources, fuites de moulins, et décupler ainsi leur valeur, surtout si les terrains sont secs. «
(3) Treatise on wateriugmeadows, London^ in-8*.
(4) Account of the advantages and methoi of watering meadows, as pracliscd in the county of Gloucester , London^ in•8^
(5) Villeroy et MûUer, toc. ci7., p. 11 5.
marquer (i) qu'une sorte de préjugé arrête le développement des irrigations en Ecosse, quoique leurs avantages aient été constatés jusque dans le nord de Sutherland, où les bruyères font place à Therbe, dès que Tarrosage est appliqué. Toutefois, de 1794 à 1796, la société d'agriculture des Highlands engagea les services d'un praticien du comté de Gloucester pour installer de grandes irrigations chez divers propriétaires écossais (2). Le docteur Singer a rédigé plus tard un excellent traité sur les irrigations des districts situés au nord des Grampians (3). Les fameux prés, irrigués à Teau d'égout, de la ville d'Edimbourg qui est drainée par leCraigentinny Burn, remontent à l'année 1760 (4).
Comme premier essai de syndicat en Angleterre, une loi fut rendue par le Parlement en 1820 pour autoriser une association de propriétaires à dériver les eaux excédantes de la rivière Penk, avant sa jonction avec le Trent (Stafford), mais la dépense d'installation sur 40 hectares de prairies n'ayant pas été couverte par la plusvalue de la production, le syndicat dut se liquider (5).
Dans son essai sur l'économie rurale de l'Angleterre (6), Léonce de Lavergne vante les irrigations modernes du Devonshire « où on peut dire qu'il n'y a pas de source, si petite qu'elle soit, qui ne soit recueillie et utilisée », et surtout « l'œuvre gigantesque » entreprise par le duc de Portland, pour dériver le ruisseau Maun
(1) James Loch, Improvements on the Stafford Estâtes, i8ig.
(2) Wrightson, Agricultural irrigation\ Cassell's Technical Educator, t. H, p. 22.
(3) The gênerai Report of ScotlanJ, t. II, p. 610.
14) John Wilson, Report on the state of agriculture of Scotland, 1878, p. 116; voir aussi tome 111, livre X, p. 66.
(5) Evershed, Agriculture of Staffordshire ; Journ, Roy,agric.soc., 1869, t. V, p. 299.
(6) Quatrième édition, 1862, p. 242 et 287.
dans lequel se déversent les eaux de drainage et celles des égouts de la petite ville de Mansfield (comté de Nottingham). Le canal de dérivation et Finstallation des rigoles pour Tarrosage de 160 hectares de prairies, le long de la vallée, représentent une dépense d'un million de francs (i). La ferme de Clipstone dont dépendent les prairies irriguées de Welbeck , a une contenance de mille hectares. Nous avons également cité une opération, moins importante, il est vrai, réalisée par l'agriculteur Campbell, à Buscot Park (comté de Gloucester), pour l'élévation des eaux de la Tamise dans des réservoirs qui servent à l'arrosage des terres (2).
Les prairies de Pusey et de Sir Stafford Northicote à Exetcr, ces dernières établies d'après la méthode Bickford, ne doivent pas faire oublier les arrosages en montagne que Pusey signale dans le même comté, près de Timberscombe et de Dunkerry, non loin du Beacon (3). Algernon Clarke décrit, dans le comté de Wilts que distinguent les cultures universelles de sainfoin, les prairies irriguées toujours vertes et luxuriantes des bords des rivières Avon, Wiley, Bourne, et des ruisseaux où parquent les nombreux troupeaux de moutons south et westcountry downs (4). Sur les bords de Tltchin, dans le Hampshire, les eaux qui sourdent des collines crayeuses arrosent des prairies à gros rendement; et aussi, d'après Mechi, aux environs de Winchester, les terres sont-elles installées pour Tirrigation des diverses cultures (5).
(!) Henry Austin, Report on utili^ing the sjwage 0/ towns, iSSj. p. 5o. [2) Voir tome I*', livre VI, p. 671.
0} Journ, Roy, agric, Society of Bngland \ vol. X, 1849. {\) Practical agriculture ; Jour n, Roy.agric. Society ofEngland, voJ. XIV, 2« série, 1878.
p) Country GentlemaiVs Magasine, 1S74.
Tant que lassolement triennal, qui faisait une large place au foin pour la nourriture du bétail, après parcage, a prévalu en Angleterre, notamment dans les comtés du centre et de l'ouest, les irrigations ont continué à s'étendre; mais l'introduction des cultures fourragères, en modifiant l'assolement, ne tarda pas à les limiter. Les water meadows qui avaient une grande valeur et une raison d'être spéciale pour la plus grande production du foin, n'en eurent qu'une secondaire, dès que l'attention des éleveurs se fut portée sur la qualité de la nourriture du bétail. Le premier rôle fut assigné au pâturage, tandis que le fauchage des prairies fut mis au second rang (i). Barrai n'en estime pas moins, d'après une statistique anglaise assez incomplète, il est vrai , « que 44,000 hectares de terrains bien irrigués existent en Angleterre; ce chiffre ajoute-t-il, paraîtra comparable à celui de la France, si l'on tient compte de la différence des climats (2) ? »