I . Irrigations d*hiver et irrigations d'été
C'est, avant tout, entre les irrigations d'hiver et les irrigations d'été, que l'écart est marqué. Certains agronomes ont même cherché à opposer les unes aux autres, en attribuant aux contrées du Nord les arrosages d'hiver, et à celles du Midi, les arrosages d'été. Les vastes herbages submergés de la Normandie sont opposes aux prairies de la Lombardie oii Tétiage a lieu en hiver, et l'abondance d'eau en été.
On a pu croire avec Moll (i) que « le moyen ina comparablement le plus efficace, le plus énergia que, pour accroître la richesse de la France, se- « rait pour le Nord, comme pour le Centre et le Midi, « d'étendre les irrigations en général, et les irrigations « d'été en particulier ». Mais les irrigations d'hiver, soit qu'elles fixent sur les terres élevées ou en pente, les matières dont les eaux sont chargées, soit qu'elles recouvrent les terrains bas d'un limon fertile, rendent des services non moins signalés à la culture, qu'on les pratique au Nord, comme dans la Campinc et le pays de Sicgen , ou au Midi, comme dans le Roussillon, la Provence, le Milanais et la huerta de Valence. C'est, du reste, une erreur de dire que le Midi est seul à pratiquer les irrigations d'été, car toute l'économie du massif montagneux des Vosges, par exemple, repose sur ces mêmes irrigations, celles d'hiver étant restreintes à cause du climat. Ce qui est vrai, c'est qu'en France oii tous les cours d'eau sont à étiage pendant l'été, les irrigations utilisent l'eau à l'époque oti l'eau est peu abondante, sinon disputée par l'industrie, et
{i)J'jurH. agric. pral., 1869, t. 1. p. 450.
celte circonstance nuit surtout à leur développement. Les irrigations et les submersions d'hiver, fait remarquer Lecouteux (i), sont les seules qui soient au service des nombreux pays privés d'eau en été; aussi, une contrée naguère déshéritée, la Sologne , est-elle engagée dans la voie des arrosages d'hiver pour les prairies rendues à la culture intensive. Dans le Midi mémo, qui est pauvre d'engrais, plus pauvre que le Nord, les irrigations d'hiver sont encore plus précieuses. Par contre n'est-on pas justifié, à cause des inconvénients que présentent certaines irrigations d été, mal appliquées, à les qualifier d'aléatoires, ou à les considérer comme inférieures aux irrigations d'hiver.
S'agit-il, au lieu des saisons, des heures de la journée les plus favorables à l'irrigation, le second principe qui revient à activer la végétation, tout en modérant l'excès de sécheresse et la chaleur du sol, n'est observé en pratique que pendant l'été, en ce sens que Ton arrose de préférence le soir, ou encore le matin, pour éviter les fortes chaleurs du jour.
La prairie permanente, arrosable par deux procédés distincts, le déversement ou la submersion, donne lieu surtout aux divergences des praticiens, en ce qui regarde les préceptes théoriques. Les usages et les calendriers règlent le mois et le jour où il faut donner ou ôter l'eau des prairies, sans égard pour le but final qui est la quantité et la qualité du fourrage et l'amélioration du fonds, ni pour les buts particuliers, à savoir, la fertilisation ou l'humectation , ou les deux à la fois.