III. LA PRAIRIE ARTIFICIELLE OU TEMPORAIRE
L'irrigation des prairies artificielles, comme celle des prairies naturelles et des autres cultures, est, sous certaines latitudes du Midi, l'unique moyen de réussir, et môme d'obtenir une récolte; mais il est hors de doute que les trèfles, les sainfoins et les luzernes pourraient être arrosés également avec le plus grand profit, au centre et au nord de l'Europe, surtout dans les années sèches.
Sans s'astreindre aux dépenses de l'établissement de rigoles régulières pour arroser des trèfles qui restent un an et demi, ou deux ans en terre, on peut toujours tracer
de grandes razes à 5o ou 60 m. d'intervalle, sur les labours à plat; ou bien, sur les labours en planches ou à larges billons, dans le sens de la pente, on peut tracer des razes plus rapprochées , qui coupent en écharpe les billonset donnent Teau par infiltration. Si les planches sont perpendiculaires à la ligne de plus grande pente, il convient alors d'établir plusieurs rigoles qui les coupent à angle droit et d'y conduire Teau comme pour des rigoles de niveau (i).
Les vesces, les jarosses et les autres fourrages verts se trouvent aussi bien des arrosages modérés, pour lesquels il suffit de pratiquer des traits de charrue qui assainissent les champs.
La luzerne et le sainfoin restent plus longtemps en terre et comportent un système d'arrosage plus régulier et plus soigné, quant au tracé des rigoles. « La luzerne, fait observer Jaubert de Passa, est préférée dans les climats les plus chauds où les travaux sont si pénibles à cause de leur continuité, soit parce qu'elle abonde en matière salubre et nutritive et qu'il suffit d'une petite quantité pour rétablir les forces épuisées, soit parce que sa dessiccation est prompte et qu'on peut l'emmagasiner à peu de frais (2). » Quoi qu'il en soit, la luzerne, comme le sainfoin, exige beaucoup moins d'eau que la prairie naturelle. En raison de leurs racines pivotantes qui pénètrent à de plus grandes profondeurs, ces plantes recherchent plutôt une humidité convenable qu'une nourriture directe empruntée à l'eau d'arrosage. L'expérience prouve d'ailleurs qu'un excès d'eau leur est nuisible, surtout après les deux premières années de leur existence.
(i) Pareto, Irrigation et assainissement des terres, 1. 1, p. 33o. (2) Jaubert de Passa, Voyage en Espagne^ t. 11, p. 249
LES IRRIGATIONS. bq
Italie. — Dans Tltalie du nord qui dispose d'irrigations abondantes, la prairie artificielle proprement dite ne comprend que le trèfle {Trifolium pratense) outri/oglio. A Touest de T Adda, la grande luzerne , ou erba medica est cultivée; quant au sainfoin, ou lupinella, il est très rarement usité. Le peu de trèfle incarnat qui est produit entre seulement dans l'assolement de la petite culture.
La véritable prairie artificielle de la Lombardie est la prairie alterne ou d'été {jprato a vicenda, ou prato irrigatorio semplicé) qui suit d'ordinaire le froment et tient place des rizières dans les terres arrosées. La prairie alterne dure généralement de deux à quatre ans. On la crée en semant au printemps dans un blé, ou une avoine, un mélange de graine de trèfle et de ray-grass {Lolium italicum) ou loiessa; on arrose aussitôt après la moisson et Ton fait pâturer après une première coupe , dès le mois d'août. Il est d'usage de faire trois coupes par an, avec un regain abondant pour la pâture d'automne.
Le trèfle cède peu à peu sa place aux graminées; ce qui rend le foin plutôt grossier; mais dans toute une zone de la Lombardie, de Milan à Codogno, le trèfle des prés se trouve remplacé dès la seconde année par le trèfle blanc {Trifolium repens) ou ladino qui pousse spontanément et constitue le fourrage le plus estimé pour la nourriture des vaches.
Dans la province de Lodi, il n'y a pas lieu d'ensemencer les prés; il suflSt quand les champs ont été débarrassés de leur chaume et qu'ils ont reçu un bon coup d'arrosage, de les abandonner à eux-mêmes. Bientôt ils se couvrent d'herbes, parmi lesquelles dominent tout d'abord les panis pied de coq, sanguin et glauque, et en plus faible quantité, le trèfle blanc; mais ce dernier ne tarde pas à se propager avec une telle vigueur
6o LES IRRIGATIONS.
qu'il étouffe toutes les autres plantes. Nui ne songe à le propager artificiellement; c'est la nature qui s'en charge.
Le cultivateur, en effet, qui ménage le fumier pour le mais, donne en pâture du foin d*aoùt, renfermant en masse la graine déjà mûrie du trèfle blanc. Mangée par le bétail, cette graine passe dans le fumier, et du fumier dans les terres préparées pour le maïs. Là elle séjourne été et hiver, jusqu'au printemps suivant, sans germer; mais elle est très vivace et il n'est pas rare , quand le froment est peu serré et que l'été s'est montré humide, que l'on puisse faucher le trèfle deux fois sur chaume de blé, ou le donner en pâturage aux animaux à la fin de l'automne (i). Pour cela, faut-il encore avoir fumé abondamment, à l'aide d'un compost de terre grasse et de fumier consommé, en chargeant davantage le haut de chaque prairie, afin que les parties fertilisantes entraînées par les eaux ne soient pas perdues. Le compost, à raison de 35 m. cubes par hectare, est pulvérisé dès le printemps et incorporé dans le sol au moyen de la herse; on le renouvelle chaque année avec les mêmes soins.
Jadis on faisait trois coupes par an sur les prairies ordinaires; aujourd'hui on en fait quatre : maggengOy agostano, ter:[uolo et quartirolo; la première a lieu en mai ; la seconde vient après, entre 3o et 40 jours d'intervalle; la troisième suit la seconde dans le même délai; et la quatrième qui s'effectue en octobre est parfois remplacée comme regain à pâturer.
Dans la Lomellinc , le trèfle des prés est semé en même temps que la céréale à laquelle il doit succéder;
M) Bcllinzona, Inchiesta agraria; Memoria sut circonJario di LoJi, etc., tome VI, fasc. 3.
LES IRRIGATIONS. 6i
les autres herbes, et avant toutes le trèfle blanc, croissent spontanément. On reconnaît Tépoque de la première coupe au aunissement du paturin iPoa praten- 5is]\ celle de la deuxième, à la floraison du trèfle, et de la troisième, à la maturité du panic glauque {Panicum glaucum) (i).
Dans le Crémonais où Tingénieur Romani introduisit, il y a près d'un demi-siècle, le (trèfle blanc, sur la ferme de San Gervasio appartenant à la famille Jacini, cette plante s'est naturalisée, au point que dans les exploitations où la luzerne est cultivée à part , mais fumée avec les déjections des étables, la iuzernière est totalement envahie par le trèfle. Le résultat de la spianata de Lodi , c'est-à-dire du chaume de froment transformé dès Tannée suivante en champ de trèfle par l'irrigation, n'est pas encore atteint, mais il n'est pas éloigné (2). La récolte de froment étant faite, et le chaume défoncé, on donne un labour pour laisser le sol en jachère exposé aux rayons ardents du soleil qui détruisent les plantes parasites et à l'action atmosphérique. C'est ce que l'on désigne sous le nom de coltura agostana. Vers septembre, on renouvelle le labour, on ameublit au scarificateur et à la herse, on fume, et seulement après cela, on sème le seigle ; puis au râteau, le trèfle blanc. La prairie ainsi créée s'appelle prato for:{ato (pré forcé), en raison des façons nombreuses et spéciales et de la fumure, qui lui permettent de produire J'année suivante. La coupe de seigle vert au printemps compense celle de l'herbe que l'on eut faite dans le Lodigian à l'automne précédent.
Les quatre coupes permettent de faucher l'herbe à
(0 Pollini, Inchiesta agraria; la Lomcllina, t. VI. fasc. 3. (2) Marenghi, toc. cit.
Tétai tendre, A peine en floraison, alors qu'elle possède toute sa valeur nutritive. Le regain que Ton obtient après la quatrième coupe [quintirolo) pour la pâture d'automne, est luxuriant.
La fauchaison s'opère le matin; les andains sont étalés uniformément, et le temps étant favorable, ils sont mis le soir en tas, afin que le fourrage se réchauffe lentement pendant la nuit, ou, comme disent les paysans, pour qu'il meure (muore). Le matin suivant, on l'étalé de nouveau et ainsi de suite, jusqu';^ ce que devenu brun il résonne sous la fourche étant en l'air, ou se prenne à la main sans laisser de traces d'humidité. Du degré de dessiccation du foin et de sa mise en grange dépendent la qualité et le prix. Pour les nourrisseurs qui font descendre leurs vaches en hiver, le foin doit être lourd, c'est-à-dire suflSsamment humide, sans être fermenté. Celui de juillet (agostano) pèse plus en général que celui d'août [ter:{uolo) ; mais le quartirolo de la mi-septembre est plus lourd que Vagostano. Le poids moyen du foin récolté pendant lo ans sur deux fermes irriguées des environs de Lodi, a varié entre i quintal et i quintal 66 le mètre cube. Le foin de juillet donne pour cent à l'analyse :
Eau 14.13
Matières protéiqucs i5.o8
Cendres solubles 4.o5
— insolubles 3.71
Extrait résidu de l'éther 3.35
Cellulose et fibre 35.48
Matières extractive?» non azotées 24.00
Total 99. Ho
La flore des herbes de chacune des coupes, dans les prairies irriguées de Marescalca et Palazetto, près de
Lodi, a été soigneusement déterminée par le professeur Morandini; mais le rapport proportionnel des espèces n a pas été indiqué. On peut toutefois retenir comme un résultat d'expérience que par mètre carré, 2 k. 198 de fourrage vert (première coupe, maggengo) renferme :
kii.
Trèfle blanc o . 877
Graminées. o . 689
Renoncule^ bouton d'or 0.167
Plantes diverses; pâturins, ivraie, fleuve, pissenlit, panics, houques, etc 0.877
Total 2 . 1 98
Malgré un développement maximum des autres plantes dans la première coupe, le trèfle blanc entre déjà pour deux cinquièmes dans la seconde, et ne cesse d'augmenter dans les coupes suivantes.
La saison des arrosages commence à l'Annonciation [i5 mars) quand Teau est un peu chaude, et se continue jusqu'à la Nativité ^8 septembre) ou jusqu'au 25 septembre. Au début, on arrose modérément. L'eau doit être sans cesse ruisselante, sans exagérer pour cela la quantité; il vaut mieux irriguer peu et souvent, conseille Berti-Pichat (i\ afin qu'au printemps la prairie ne soit pas surprise à l'état trop humide par les froids; c'est pourquoi Teau doit couler lentement et incessamment sur la prairie. En été, l'irrigation de la nuit est la plus favorable, au moment des fortes chaleurs. Si, disposant de peu d'eau, on veut irriguer la prairie pendant les heures chaudes de la journée, on court le risque de faire fermenter subolliré) le terrain, comme disent les praticiens; loin de rafraîchir les plantes et d'humecter le sol, on obtient des effets contraires.
(I! Bcrti-Pichat, Istitu^ioni d'agricoUura, vol. 111, p. 1454.
Dès la fauchaison, il est bon d'arroser pour aider les plantes à réparer les dommages causés par la faux. En général, quand on arrose le matin on se sert d'eau qui, dans le courant de la nuit, s'est trop refroidie, et le contraste est trop vif; tandis qu'en arrosant le soir, Tcau est chaude et la plante se trouve exposée à une température assez modérée.
La troisième et la quatrième coupe des foins sont le plus souvent dues à de fréquentes irrigations d'automne» pour lesquelles il n'y a pas à redouter les mêmes dangers que dans les autres saisons, par excès de froid ou de chaleur.
Le trèfle blanc ou ladino forme la richesse des prairies lombardes et sert de point de départ à la fertilité des terres arrosées, d'après le nombre de soles qu'il occupe dans la rotation. « // ladino, dit un proverbe italien, è il premio délia buona coltiva\ione » ; le trèfle blanc est la récompense d'une bonne culture. Cest d'ailleurs le fourrage qui fournit le meilleur lait pour la fabrication du fromage dit parmesan, que l'on devrait appeler lodigian. Malheureusement au bout de quelques années, il disparaît étouffé par les graminées, et surtout par le ray-grass vivace; aussi la prairie de trèfle blanc est-elle essentiellement temporaire. Sur les terres où la rizière séjourne plus de deux années, le ladino ne vient plus; la graine a péri, ou bien le sol s'est trop tassé.
Quoique l'on ne sème pas le trèfle blanc, quand on veut obtenir la graine on donne un arrosage après la première coupe, et on laisse six ou sept semaines sans arroser, puis on fauche.
La fumure a lieu chaque hiver, comme pour les prairies permanentes, en employant par hectare 3o mètres cubes de fumier terreauté.
Le foin est consommé en vert par les vaches laitières;
parfois la prairie est pâturée à rautomne, mais jamais au printemps. Les nourrisseurs condamnent, au point de vue de la production du lait, la circulation des vaches qui d'ailleurs dégradent les rigoles (i).
Les prairies artificielles qu'arrosent les eaux de la Bormida, dans le district de Albenga (Gènes), produisent un fourrage abondant et de bonne qualité. Les prés de trèfle que Ton fume tous les deux ans donnent deux coupes annuelles; mais dans les luzernières, on fait cinq coupes par an.
Au midi de l'Italie, dans les Calabres, les prés en sainfoin d'Espagne ou sulla s'irriguent au printemps , quand il ne pleut pas assez. Le trèfle incarnat des terres arrosées s'y sème au commencement d'août et fournit au mois de mai suivant une récolte de o'",6o environ de hauteur, que l'on fait manger en vert; on défonce ensuite pour semer le maïs.
Espagne. — En Espagne, on cultive les luzernes en billons que séparent les rigoles d'infiltration, ou bien à plat, par planches carrées de 6 à 8 mètres de côté, entourées de rigoles également d'infiltration.
Dans les terres des environs de Saragosse, où les prairies de luzerne durent de 8 à i o ans et donnent six coupes par an, on arrose toute l'année à raison de 3o arrosages de i6oo mètres cubes par hectare et par arrosage (2). La première coupe a lieu quand la hauteur de la luzerne atteint o",4o; elle rend 2,3oo kil. environ de fourrage sec; les quatre coupes suivantes rendent une moitié en plus, et la dernière coupe, à peu près autant que la première.
Dans la vega centrale de TÈbre, on sème au com-
(i) A. Hérisson, loc. cit., p. i56.
(2) A. Llauradô, loc. cit., X. \ , p. 407.
mencement d'avril et on arrose immédiatement : quand le temps est sec, on arrose de nouveau six jours plus tard. Dès que le plant est levé et la surface bien couverte, on arrose de 20 en 20 jours; et plus fréquemment encore quand le terrain est trop perméable.
Pendant les grandes chaleurs la luzerne du midi de r Espagne demande à être arrosée tous les huit jours, et s'il ne tombe aucune pluie, tous les cinq jours. Aux environs d'Alcira, on obtient ainsi jusqu'à 12 coupes moyennant une trentaine d'arrosages en moyenne. Dans d'autres localités moins favorisées de la plainede Valence, on n'a que de 5 à 7 coupes par an, pour 10 à 1 2 arrosages.
Angleterre. — Parmi les nombreuses applications des eaux d'égout à l'irrigation, c'est l'herbe qui fournit la plus importante récolte ; elle occupe toujours la surface et puis elle croît plus ou moins, depuis l'approche du printemps jusque très avant en automne. L'herbe se prête ainsi à l'emploi quotidien des eaux d'égout pendant toute l'année. « Comme d'ailleurs, là oîi il y a une grande population susceptible de consommer de la viande, du lait, ou de fournir du travail aux chevaux, il y a également un gros débit d'eaux d'égout, les prairies artificielles répondent aux conditions de leur emploi sur le sol, sans crainte que les produits encombrent le marché (i). ))
L'inconvénient de l'arrosage continu des prairies naturelles, comme à Craigentinny, près d'Edimbourg, est de favoriser la croissance des herbes les plus dures et les plus communes, au détriment des espèces plus fines et plus succulentes, et de souiller le fourrage donné en nourriture au bétail, notamment aux vaches laitières : mais il ne se présente pas pour la prairie artificielle de ray-grass.
(I) A. Ronna, Egoutsel irrigations^ 1872. p. 33o.
Sous Vinfluence de Teau d'égout, la végétation du tay-grass d'Italie est tellement activée que la hauteur totale et le rendement s'obtiennent en une année, au lieu de trois ou quatre années. Semé au mois d^août, à raison de 25o à 35o litres à l'hectare, il fournit une première coupe à l'automne, et successivement à partir du printemps, une coupe mensuelle de 10 tonnes à Thectare; ce qui fait pour 14 mois, plus de 140 tonnes par hectare, à l'aide d'un épandage de 12,000 mètres cubes d'eau.
La première coupe a pour effet de débarrasser l'herbe des tiges trop faibles et de laisser une végétation vigoureuse, susceptible de résister à l'hiver et de suppléer aux coupes suivantes. Après dix coupes, on défonce.
Pendant les 10 ou 12 jours qui suivent chaque coupe, le ray-grass croît de o™,o25 par jour et cet accroissement correspond à une augmentation en poids de I tonne par hectare. Les premières coupes atteignent de o"*,8o à i",6o de hauteur et pèsent de 20 à 24 tonnes par hectare, avant que l'herbe ne soit en graine. Encore faut-il que l'épandage procède lentement sur une grande longueur de planche; autrement, le ray-grass s'étiole et périt.
A proximité d'un grand marché, le ray-grass coupe en ven se vend bien, mais si la demande n'est pas constante, le prix s'abaisse notablement, quelquefois de moitié. Dans ce cas , il faut recourir au bétail de la ferme pour la consommation.
De toutes manières, c'est au ray-grass que les fermes anglaises utilisant économiquement les eaux d'égout, assignent le rôle dominant comme plante épurante, d'une culture facile et d'un rendement assuré (i).
(1) A. Ronna, Commission technique de l'assainissement de Paris ; procès- ▼erbaux, février i883.
France. — En France, l'irrigation des près artificiels se borne pour ainsi dire à la Provence et au Roussillon. Vaucluse. — La luzerne soumise aux arrosages dure trois années. Le sol est disposé, comme pour les prairies permanentes, en compartiments fermés par des bourrelets. A Avignon même, le champ, après avoir reçu loo mètres cubes de fumier par hectare, est semé en blé, et au mois de mars suivant, en luzerne dans le blé. Le produit des cinq coupes annuelles est de 14 à 1 5,000 kil. La luzernière est arrosée tous les 10 ou 12 jours avec une lame d'eau de o",o8; tandis qu'à Cavaillôn, sur un sol abondamment fumé après légumes, ex entretenu à l'aide d'alluvions vierges de la Durance et de déjections des écuries et des étables, on arrose tous les 7 jours avec une lame d'eau de o'",o6. Dans d'autres communes, à Entraigues, Vedennes, Bedarrides, on arrose seulement après chaque coupe, c'est-à-dire, cinq ou six fois par an, avec une lame d'eau de o", 10 (i).
BoucheS'du-Rhône. — La luzerne qui est à très peu près la. seule p lante utilisée dans ce département pour les prairies artificielles, est arrosée pendant six heures, tous les 12 jours, à raison de 3o litres par hectare; ce qui correspond à i5 arrosages avec une tranche d'eau par arrosage de o™,o65 (2).
Dans la Crau, les sainfoins destinés pendant deux et trois années à la dépaissance des troupeaux, sont arrosés, la sécheresse étant trop grande, après que les céréales ont été coupées.
Égypte« — Le trèfle est un fourrage très répandu dans toute l'Egypte où il se cultive automne et hiver.
Le trèfle d'automne semé sous le maïs, en novembre,
(i) A. Conte, loc. cit.
(2) Barrai, les Irrigations dans les Bouches-du-Rhône^ p. 490.
LES IRRIGATIONS. Gy
profite de l'arrosage qui lui est donné, et quand le maïs est récolté, un seul arrosage suffit avant la coupe qui a lieu deux mois environ après les semailles.
Dans la basse Egypte, le trèfle d'hiver se sème en novembre également après un labour et un roulage, sur le terrain partagé en carrés par de petites digues, à raison de iio litres de semence par hectare. On fait généralement trois coupes; la première, deux mois après les semailles; la seconde, un mois plus tard. La dernière est souvent mangée sur pied par les bestiaux.
Une récolte de trèfle réclame en moyenne huit arrosages, soit un arrosage à peu près tous les quinze jours.
Dans la région des rizières, il se sème aussitôt après la récolte du riz, sans autre préparation du sol que de le recouvrir de quelques centimètres d*eau pendant deux ou trois jours (i).
Amérique. — Chili, — La luzerne est la meilleure plante fourragère du Chili : elle forme la plupart des prairies artiflcielles; d'une grande vigueur, elle se renouvelle sans travail et n'exige d'autre dépense que celle des canaux et des rigoles d'irrigation.
Destinées au pâturage et maintenues pendant de longues périodes qui vont jusqu'à 3o ans, les luzernières sont arrosées la nuit; et seulement quand la floraison a eu lieu, on y met paître à tour de rôle les chevaux, les bœufs et les moutons. On ne fauche la luzerne que dans le voisinage des villes (2).
Californie — Les vastes exploitations pour l'élève du bétail, ou ranches, telles qu'on les désigne en Californie, quand elles sont à proximité des canaux, pratiquent Tarrosage des luzernes, comme de l'orge.
(1) Barois, f Irrigation en Egypte, p. 108.
(2) A. Gay, Joum. agricprat., 1862, t. II.
Dans le Pozo Ranch qui comprend quatre centres d'exploitation s'étendant sur 5, 200 hectares, les eaux des canaux San Joaquin, de la compagnie d'irrigation King's River, et du canal que la Société propriétaire Miller et Lux a fait construire à ses frais , sont employées à donner trois arrosages aux luzernes et quatre à l'orge.
Le premier arrosage se pratique après Tensemencement; le second, six semaines plus tard, quand il n'a pas plu, et ainsi de suite. Chaque arrosage dure de 10 à 1 2 heures.
Pour la submersion, les luzernières sont entourées de digues que Ton relève d'abord à la charrue, traînée par 14 chevaux, puis à Taide d'une houe en forme de V, attelée à 16 chevaux. Une ravale à deux chevaux sert au nivellement des digues et des compartiments.
Le nombre d'animaux entretenus dans le Ranch varie suivant l'état des luzernières et des herbages; il est en moyenne de 4,000 têtes de gros bétail, 5, 000 moutons et 1,000 porcs.
Le bétail, issu des races du Texas, du Durham, de Galloway, etc., est en libre pâture pendant toute l'année. Les bœufs de 2 à 3 ans, soumis à l'engraissement, sont nourris depuis la première coupe de luzerne jusqu'à la mi-décembre, dans les luzernières, à raison de deux têtes par hectare; puis dans les étables {corrales) où ils reçoivent leurs rations d'orge mélangée avec de l'avoine hachée.
Les moutons des races de Leicester, Ck)ttswold et mérinos ne sont engraissés qu'au pacage, et les porcs des races du Yorkshire, d'Essex, de Pologne et de Chine, en partie dans les luzernières, et en partie sous les toits où ils reçoivent une ration formée d'un mélange d'orge, de mangolds et de viandes de mouton et de lièvre.
L'arrosage coûte à la Société allemande par hectare de
luzerne, 26 francs 20, et par hectare d'orge, i6francs3o, en employant Teau du canal de San Joaquin. Avec Teau du canal qu'elle a construit, le coût de l'arrosage descend par hectare à i franc 60 ; cette différence énorme provient des frais de premier établissement très élevés du canal San Joaquin (i).