I. ITALIE
On divise les rizières en Italie, en deux classes; les
(ij Voir tome II, p. 606.
rizières temporaires ou alternes {risaie da vicenda) qui font partie des assolements; elles occupent le soi pendant trois ou quatre ans, et précèdent une récoite de froment ou de maïs; et les rizières perpétuelles, ou permanentes {risaie da ^appa^ ou à la pioche) qui occupent indéfiniment le même espace, avec des intervalles de jachère; elles sont situées le plus souvent dans les terres basses submersibles et marécageuses.
Les terrains que Ton destine à la culture temporaire sont siliceux, ou argilo-siliceux, avec un sous-sol peu perméable; ils sont plans, ou peu accidentés, bien exposés au soleil et dominés par les cours d'eau, ou par les canaux qui doivent les tenir submergés. Pour la culture permanente, les terrains sont quelconques, généralement imperméables, humides, et ne pouvant se travailler à la charrue.
La variété cultivée dans le nord de l'Italie est le riz indigène, nostrale ou nostrano {Ory:ça sativa) dont l'épi a une couleur blanche argentine et jaunit en mûrissant; ses barbes sont très longues ; on le récolte vers la mi-septembre.
Le riz d'Ostiglia, le riz novarais, et le nzfrancone sont des variétés du riz indigène. Celui d'Ostiglia lui ressemble beaucoup, mais il se développe moins; son épi est plus court, le grain plus petit, et il tarde davantage à mûrir. Le riz de Novare a un épi rougcàtre quand il approche de la maturation; sa végétation est plus vigoureuse que celle du riz indigène ; des cercles violets emourentles nœuds delà tige; sa pailleest grosse et rude. Le nzfrancone^ dérivé d'une sélection faite par un nommé Franconi, dans le riz novarais, montre un épi plus court, plus robuste, et des barbes moin^ longues.
Le riz sans barbes [reste) [Ory:{a denudata), qu'on appelle berione ou melloney offre un épi verdâtre au début.
qui rougit peu à peu, et jaunit enfin quand il est mûr ; son grain est allongé et aplati. Sa maturation s'effectue par les grains du sommet des panicules, contrairement à celle des variétés barbues. Semé dans la seconde quinzaine de mars, le riz bertone mûrit en août; mais semé à la fin de mai, ou au commencement de juin, après une coupe de trèfle, après le colza {ravi:[\oné)^ ou même après le lin, il peut se récolter fin septembre. Fortement arrosée, cette variété produit moins; de façon qu'en économisant l'eau, on ne retrouve pas ce qui se perd comme rendement.
Le produit moyen des diverses variétés est indiqué dans le tableau VIII :
Tableau VIII. — Rendement des variétés de ri^ de la haute Italie.
Rli brut ou
poids d«
RteblAiie
Rlaon«.
l hectolitre
mondé
HoctollUet
pw hccUrs.
do rU brut.
de lia braU
kll.
Riz indigène !'• année..
Riz novarais i" —
Riz bertone r* —
En général, quand on cultive le riz plusieurs années de suite, le produit est plus fort en volume dans les premières années, mais dans les années suivantes, c^est le poids de Thectolitre qui augmente (i).
Parmi les variétés importées, le riz chinois et le riz
(1) G. Cantoni, les Produits de ra/t ri culture du Piémont^ de la Lombardie et de la Vénétief Exposition de iSÔj.
japonais se sont répandus avec succès dans un certain
nombre de provinces.
Diaprés la dernière statistique publiée par le Ministère de Tagriculture à Rome (i), la production annuelle moyenne des trois arrondissements Verceil, Novare et Monara, s'élevant à 4,464,890 hectolitres de riz brut, pendant les cinq années 1879-83, représente environ les deux tiers de la production totale de Fltalie. Il en résulte que c'est dans la plaine du Pô, entre la Dora Baltes, le Pô et le Tessin, comprenant aussi l'arrondissement de Pavie, que se concentre cette importante culture. Le rapport pour cent des rizières permanentes aux rizières temporaires ou en assolement, pourles quatre districts, est le suivant :
Rizièrei permanentoa. Umpormlres.
Novare 34 66
Verceil i 99
Mortara 25 76
Pavie 10 90
Moyennes pour cent 17,5 82,5
L'ouverture du canal Cavour, en développant, on peut dire, en doublant depuis 1864 Tétendue des terres consacrées au riz dans cette zone, a eu également pour effet de restreindre à moins de 20 pour cent les rizières permanentes dont le rendement est moindre et Tinsalubrité notoire.
Comme production de la zone principale de culture du riz, le rapport officiel donne ks chiffres suivants en regard des surfaces submergées pendant les deux périodes quinquennales 1870-74 et 1879-83 :
(il Monografia sulla coltiva\ione del riso in Italia; Roma, 1889.
Rvoolte annuelle de ra brut.
IMU- hectare. totale,
hcctaras. hectol. hoctol.
Novarc. i .. i 1870-74 72.300 44.60 3. 217.350
Vcrceil. S ^^o^^^e.. ^ ,g^^^.83 ^y^y 33 ^^ 3.484.932
Mortara. ^ p • ( 1870-74 56.355 41.50 2.507.797
P&vie .. ) ^^^^^"" \ ,879-83 33.716 41-82 1.409.967
lotaux \ û ', 0^0^ \ 4». 64 \ o o
Piémont. — Les rizières jouent ainsi un rôle important en Piémont, dans les districts de Novare, de Verceil, et dans l'arrondissement de Casale, sur la rive gauche du Pô. Tandis que dans le Verceillais, les rizières permanentes sont plus étendues que les rizières alternes , ces dernières prédominent dans le Novarais; mais dans les deux cas, la surface consacrée à la culture du riz équivaut à celle que les autres cultures arrosées occupent.
Les variétés que Ton cultive en Piémont sont : le novarais^ Vostigliese, le bertone et le Jrancone, Quant au riz commun, ou nostrale, autrefois très répandu, il a été peu à peu restreint, à cause de sa disposition à la maladie du brusone. On a récemment introduit une variété japonaise et une plus récente de Tile de Java. Il est d'usage, dans les assolements qui comprennent trois années de riz, de changer chaque année de variété, en commençant par celles qui craignent le moins la verse, comme le francone^ et en faisant suivre par celles à paille plus fine, plus élevée, à grain plus riche, telles que Vostigliese,
Sauf dans quelques localités oti Tirrigation est intermittente, Teau se distribuant d'après un horaire, la submersion du riz est continue, avec circulation de reau(i).
Dans le Novarais, le terrain des rizières alternes re-
(i) Voir tome II, p. 5o
çoîi une pente de 1/2 à i pour mille; quand il est étendu, on le partage en deux ou plusieurs plans, à niveaux distincts que séparent des gradins plus ou moins élevés. Sur les terrains en pente forte, le canal d'irrigation étant installé à la partie supérieure, on adopte la disposition en amphithéâtre, les marches ayant quelques mètres de largeur et les différences de niveau allant jusqu'à i mètre, et au delà. Dans le territoire de San Gcnnaro, près deCrescentino (bas BicUais), et aux environs de Novare, jusqu'à Vespolate , ce mode d'installation est très commun. Les rizières y sont naturellement permanentes; car les rizières alternes ne compenseraient pas par leur produit les frais de terrassement (i).
Les eaux troubles de la Doire et du Pô que charrie le canal Cavour sont appliquées, dans le rayon très étendu qu'elles desservent, plutôt aux rizières du Novarais et du Verceillais, qu'aux marcites qui souffrent du limon terreux et siliceux des rivières.
Dans les localités oti l'on dispose abondamment d'eaux courantes ou de canal, jouissant d'un degré de température convenable, onculti ve en été les rizières, et en hiver, les marcites ; mais avec l'eau dts font anili, moins grasses, chaudes en hiver et froides en été, on limite la culture du riz aux variétés telles que iefrancone et le bertone qui sont moins exigeantes sous le rapport de la température, et on développe les prairies marcites, en cédant aux propriétaires inférieurs l'eau un peu plus chaude qui a arrosé les marcites.
Quand les digues ont été établies; que l'on a fait entrer l'eau et rectifier le nivellement à l'aide de pelles à long manche, servant aussi à battre les digues pour les rendre compactes et imperméables, on fait
(1; Meardi. Inchiesta agraria , Rela-{ione,yo\. VIII, fasc. I, pp. 139, 25 1.
traîner par deux chevaux une claie, sous forme de herse sans dents, sur laquelle monte le conducteur. Cette claie tasse et aplanit le sol et trouble Peau. On sème alors le riz à la volée, à raison de i ,3 à 3 hectolitres par hectare; Teau couvre le sol sur o"',02 à o*",o5 d'épaisseur.
Le riz que Ton sème est brut {risoné)^ c'est-à-dire, avec ses glumelles, n'ayant pas passé sous les foulons. Il doit être d'une maturité parfaite et le plus lourd possible, parfaitement criblé et nettoyé. On le fait tremper pendant 24 heures avant de le semer, pour Tempêcherde surnager. On a soin, dans les bons sols, que la semence ne soit pas trop épaisse; elle doit être plus drue dans les terres moins fortes; les quantités sont donc variables, mais le plus souvent elles surpassent le strict nécessaire. Les qualités de la graine déterminent l'époque de la semai lie; ainsi les riz nouveaux se sèment les premiers, c'est-à-dire, au plus tard dans le courant du mois de mars, et les riz plus anciens, dans le mois d'avril.
Le riz très faiblement fixé en terre par ses racines pendant la première quinzaine de sa végétation, quoiqu'il ait déjà poussé des feuilles, doit être maintenu dans une couche d'eau constante, peu épaisse, car autrement le vent détermine des vagues qui déracinent la plante. Au bout de quinze jours, on augmente l'épaisseur, au fur et à mesure que la plante grandit, mais en l'arrêtant à o'",i5 ou o",2o comme maximum. L'eau reste dans la rizière jusqu'à la moisson (1).
Pour sarcler, dans le but de débarrasser la rizière des plantes adventices, on se borne à abaisser le niveau; toutefois il convient d'ajouter qu'en Piémont, Peau des compartiments étant en mouvement, les plantes
(I) A. Hérisson, toc, cit,» p. i65.
aquatiques telles que les charas^ communes dans les rizières d'Espagne, sont presque inconnues; c'est surtout le pied de coq (Panicum crus galli) que Ton extirpe par le sarclage. Si les animaux aquatiques, notamment les limaçons {chiocciolé) attaquent la plante, au point de menacer la récolte, on enlève Teau pendant une dizaine de jours, de même, quand vers la Saint-Jean (24 juin), les tiges surgissant au-dessus de Peau, les plantes jaunissent, on met la rizière à sec pendant plusieurs jours, mais cette opération doit se faire avec le plus grand discernement, en vue de la fragilité de la tige qui s'incline, et des oiseaux qui attaquent la plante hors de l'eau.
Après la floraison qui a lieu, suivant la date des semailles, du 1 5 juillet au 1 5 août, on donne Teau en abondance, tout en la proportionnant à l'étendue qui est submergée. Il vaut mieux avoir de l'eau en excès que d'en manquer.
Quand la panicule et bien formée, qu'elle change de couleur et prend une teinte jaune verdâtre, on restreint le courant. C'est du i**' au 20 août que le riz traverse sa période critique ; si le temps se refroidit alors, les panicules qui s'affaissaient par leur poids, se redressent presque vides; le riz a été décimé par la maladie qui porte le nom de brusone,
La maturation étant complète, les tiges et les feuilles du riz offrent la couleur jaune du blé; les panicules sont d'un jaune rougeâtre, ou de nuance dorée ; le grain se rompt aisément sous l'ongle. Le vent souffle dans la rizière avec un son aigu qui rappelle la pluie tombant sur les roseaux (i). Pour le riz bertone^ qui a été semé du i" au i5 mars, la maturation a lieu fin août; pour le
(i) G. Hcuzé, l'Agriculture de V Italie septentrionale , p. 258.
8o LES IRRIGATIONS.
riz d'Ostiglia à la fin de septembre, et pour le riz nostrale au commencement de ce même mois. Le riz est coupé à la faucille, à une hauteur telle que les gerbes aient environ o™,5o de longueur.
On ne fume pas le riz la première année , dans les rizières nouvelles; mais les années suivantes, et dans les rizières anciennes , on engraisse d'une manière spéciale, en jetant sur le sol avant la semaille, de 3oo à 400 kil. de graine de lupin blanc, dès la deuxième année, et de 400 à 5oo kil. Tannée suivante. La graine se putréfie en produisant sur Tcau comme des taches d'huile. Le fumier et le terreau ne donnent pas un aussi bon engrais que la graine de lupin. D'ailleurs, la culture du riz est peu fatigante pour le sol auquel il emprunte 9 fois moins d'acide phosphorique que le blé; elle est de plus très productive et lucrative, car pour un hectare rendant en moyenne 56 hectolitres de riz brut ou risone^ qui correspondent à 22,40 hectolitres de riz mondé, du poids de 70 à 80 kilogrammes par hectolitre, on obtient 1,680 kilogrammes de riz, représentant, au prix de 3o à 34 francs les 100 kilogrammes, un produit brut par hectare de 527 francs. On verra au livre XI qui traite de l'économie des irrigations, ce qui reste comme produit net de la culture.
Lombardie. — Pavesan. — Dans l'arrondissement de Pavie, les détails de la culture, tels qu'ils viennent d'être décrits pour le Piémont, diffèrent peu.
Avant de procéder à la semaille, le sol est labouré et profondément bêché, l'eau étant admise dans la deuxième quinzaine d'avril pour aider à briser les mottes et à niveler la surface, puis on y jette la semence préparée, à raison d'un hectolitre et demi par hectare. On baisse alors le niveau de l'eau, ou bien on l'évacué, soit pour réchauffer la surface, soit pour détruire les insectes
LES IRRIGATIONS. 8i
nuisibles. On admet de nouveau l'eau, en mesurant l'épaisseur de la couche au degré de croissance de la plante. Tant qu'elle est jeune, la température règle l'admission; c'est-à-dire, quand la chaleur est faible, on baisse le niveau , et quand elle est forte, on l'élève. Dès que les plantes sont adultes , on hausse le niveau de o,'"2o à o,"3o avant le sarclage.
D'ailleurs, suivant que régnent les vents tourbillonnants, que la plante dépérit, ou qu'elle est trop luxuriante, on gradue pendant la période de croissance la hauteur d'eau ; quand on ne dispose pas d'un volume suffisant pour entretenir un courant continu, on la renouvelle par intermittence, au bout de 6 ou 8 jours, de 10 jours au plus.
Vers la fin d'août, suivant le terrain et l'espèce cultivée, les glumes du riz prennent une coloration jaune rougeàtre; le grain durcit; les panicules s'inclinent; les feuilles jaunissent; la plante atteint sa maturité; alors on évacue l'eau pour faire la récolte et le battage.
Le riz chinois sans barbes, qui n'exige pas une irrigation continue et donne par rapport aux riz indigènes un produit plus économique et plus abondant, est moins sensible aux vicissitudes atmosphériques; aussi, s'est-il répandu dans le Pavesan. Il se plaît mieux d'ailleurs dans les terrains vierges oti le riz n'a pas été cultivé jusqu'alors, ou bien dans ceux qui sont restés longtemps sans rizières ; il s'y développe et produit de lourdes récoltes que l'on n'obtient pas dans les terres envahies par les plantes adventices, ou soumises à un assolement trop rapide (i).
Dans la Lomelline, comme dans le Pavesan, on cul-
(i)Saglio, Inchiesta agraria, circondario di Pavia, t. VI, fa se. II. T. III. 6
tive outre le riz chinois sans barbes, à grain petit et rougeâtre, le riz commun (jiostrano) à gros grain blanc et à barbes, lent à mûrir et qui exige une irrigation continue; le riz de Novare et celui du Japon, avec un rendement égal au riz commun, résistent mieux aux maladies et aux intempéries (i).
Lodigian, — Dans la province de Lodi, les rizières permanentes sur les terrains peu tenaces, sont préparées à la sape ; et les rizières alternes, à la charrue. Les digues des compartiments carrés ont de o™,3o à o"*,40 de hauteur; chaque compartiment est pourvu de sa rigole d'amenée et de sa colature. Le nivellement des surfaces s'obtient par l'introduction de Teau; mais il est difficile d'obtenir dès la première année un plan nivelé exact, et l'on doit le plus souvent refaire le nivellement dans l'hiver qui précède la seconde année de culture.
Les variétés que l'on cultive sont, parmi celles à barbes, le riz novarais et le nzfranconey et comme variété sans barbes, le riz d'Afrique ou bertone. Le riz catalan et le riz japonais sont également cultivés.
On sème à la volée, à une époque qui varie suivant la variété et la qualité du riz, et aussi suivant la place qu'occupe le riz dans l'assolement. Le riz bertone suit souvent le lin d'hiver; tandis que le riz commun et le riz de Novare suivent la prairie après défoncement , et sont maintenus l'année suivante, précédant le maïs.
L'ensemencement s'opère à raison de i,25 à 2,90 hectolitres par hectare pour le riz bertone^ un peu plus pour le riz commun [nostrano) , la nappe d'eau ayant un pied d'épaisseur environ.
La culture exige les plus grands soins afin de remédier par la température de Feau à celle de l'atmosphère, et
(I) Pollini, Inchieita agraria^ loc. cit.
de mamtenir la rizière exempte de plantes adventices. Dans le Lodigian^ on sarcle généralement deux fois : une première fois aussitôt que le mil ou panis est adulte, et la seconde fois, un mois plus tard, pour enlever surtout le souchet allongé.
La durée de la végétation est du reste très variable, selon que la qualité du riz est précoce ou tardive. Semé au commencement d'avril, le riz précoce mûrit dans les premières semaines de septembre, et le riz tardif à la fin du même mois ; quand il est semé dans la seconde quinzaine d'avril, il mûrit seulement en octobre ; certaines variétés ne mûrissent même pas parfaitement sous le climat de Lodi. On évacue l'eau une semaine avant la récolte du riz (i).
La récolte qui varie selon qu'il s'agit de rizières permanentes ou alternes, de riz d'un an ou de deux ans, atteint en moyenne par hectare 42 hectolitres de riz brut du poids de 5o kilogrammes; la paille pèse un tiers en plus.
Crema, — Dans son excellente notice sur l'arrondissement de Crema qui comptait alors, tant en rizières permanentes qu'en rizières alternes, 1,400 hectares, le comte F. Sanseverino (2) indique que les terrains à consacrer au riz sont laissés pendant tout Thiver dans l'état de la dernière récolte, Jusqu'au mois d'avril suivant ; on y installe alors les compartiments (camere) ; on nivelle le terrain à la pelle [badilé]^ et à la planche [tavola)^ avant de donner l'eau. Le courant doit être continu pour empêcher la production des conferves. Le riz brut \risone, que l'on sème dans l'eau, a été mis à tremper
(I) Bellinzona^ Inchiesta agraria, loc, cit.
12) F. Sanseverino, Notifie statist. e agron. intorno a Crema; Milano. 1843, p. io3.
pendant une semaine, à raison de 2,3o hectolitres par hectare (i).
Dès que le grain a germé, on retire l'eau et on laisse la rizière à sec pendant deux ou trois jours. Comme les oiseaux s'amassent en grand nombre, les enfants courent sur les banquettes pour les chasser, et les paysans tirent des coups de fusil. Quand le terrain est ferme, on évite d'évacuer Teau à ce moment.
Vers la mi-juin, on enlève Peau pendant une semaine environ pour faire périr le ce [Ranunculusfluviatilis) qui s'est développé en quantité ; puis on redonne Teau jusque vers la mi-août quand Tépi commence à se former. On met alors de nouveau la rizière à sec, afin de permettre à Tépi, pendant une huitaine de jours, de profiter de la température. En rendant Teau, il faut avoir soin, pour que la maturation se fasse également, qu'elle n'arrive pas trop froide; on la fait pour cela d'abord circuler dans d'autres compartiments déjà réchauffés.
La maturation s'opère du commencement de septembre à la mi-octobre. Quand on s'aperçoit que le riz est mûr dans certains compartiments, on n'attend pas que le reste ait atteint sa pleine maturité, car les panicules s'égrèneraient en pure perte, et l'on coupe de suite à la faucille, comme pour le blé.
En novembre, on rend l'eau à la rizière permanente, et on l'y laisse tout l'hiver afin que le chaume et les herbes pourrissent et servent d'engrais. Au mois d'avril suivant, on coupe l'herbe qui a cru spontanément; on met à sec; on laboure en renversant les mottes afin de détruire l'herbe ; on répare les digues [arginelli) et on remet en eau avant de semer.
Dans la submersion hivernale, beaucoup de limaçons
(0 i6 coppelU par pertica.
{Planorbis cerinatus et Limnea auricularia) se sont développés, qui attaqueraient le grain après la semaille. Pour empêcher leurs ravages, on met la rizière à sec pendant huit jours environ, tant que Ton ne voit pas verdir les germes ; alors, on submerge de nouveau.
La première année, lorsque le sol a été bien nettoyé, le riz n'a guère besoin d'être sarclé; mais les années suivantes, la rizière est infestée par une foule de plantes que Sanseverino énumère comme nuisibles à la récolte, à savoir :
Panicum crusgalli (giavone). Carex flava. Scirpus mucronaius. — glauca.
— triqueter. — paludosa.
— maritimus. Ranunculus JluviatUis.
Cyperuê monti. Typha latifolia.
— long-us, Poa fluitans,
— Jlavescens. Fesluca arundinacea,
— glomeratus. Leer\ia ori^oides.
Il est indispensable d'arracher ces mauvaises herbes après la mi-mai, jusqu'à deux et trois reprises, surtout si le giavone ou créte-de-coq se multiplie.
Quand la récolte de la deuxième année est faite, on laboure profondément au mois de novembre, et on laisse les sillons à sec en vue du parfait égouttement du sol ; comme aussi pour que les effets de la gelée se fassent sentir pendant Thiver. En mars, on laboure encore, puis une troisième fois en avril, mais superficiellement, afin que le terrain plus compact facilite la bonne prise des radicelles du riz.
On alterne ainsi d'année en année, la mise delà rizière sous l'eau, ou à sec, pendant l'hiver; quand on l'a tenue à sec, il est inutile d'écouler l'eau au moment de la germination du riz, car il n'y a pas de limaçons; mais on
devra sarcler chaque année les mauvaises herbes au mois de mai.
Les rizières ont une durée de lo à 12 ans, et même davantage; quand on veut les faire reposer, après la mise sous eau pendant Thiver, on sème le maïs au printemps, etPannée suivante, encore du maïs, qu i fournit une récolte abondante; puis vient le blé avec trèfle , ce dernier restant comme prairie que Ton fauche trois ou quatre fois pendant la quatrième année; enfin à la cinquième année, on reprend la rizière .
Il y a toutefois dans les terrain s marécageux des rizières permanentes que Ton ne laisse reposer qu'une année, en donnant de Tengrais pendant l'hiver, lorsque leur produit vient à diminuer.
Yénétie et Adriatique. — Véronais, — Le sol des rizières se prépare pendant Thiver qui suit la récolte. On connaît par le chaume qui reste dans le sol quels sont les endroits trop creux ou trop élevés, et on nivelle la surface en conséquence; puis on vérifie les digues des compartiments; on donne un labour, un hersage, un coup de rouleau, et Ton introduit Teau pour essai; après cela on bat de nouveau les bosses de terre, afin d'obtenir une surface parfaitement unie.
Quand il s'agit de mettre en rizière la sole qui suit le froment, on sème au printemps dans le froment même, de la luzerne ou du trèfle commun, que Ton fauche à lautomne après le blé, et que l'on laisse en terre jusqu'au printemps suivant, pour l'enfouir avant de donner le premier labour dans la rizière. Ce premier labour est suivi d'un nivellement ou régalage du terrain que l'on submerge. Après cette submersion, qui laisse constater l'état plus ou moins régulier de la surface, on procède à un second régalage [rondolatura) qui fait disparaître les bosses et les creux, et on distribue, suivant ce qui
a été exposé déjà, les compartiments (prese ou spunté) à Taide des digues ou banquettes {arginelli)^ dans lesquelles on pratique les petites ouvertures {tagli ou bocchette) qui permettent de maintenir Peau en mouvement d'un compartiment à l'autre. C'est à ce très faible courant qu'est due la diminution des émanations fiévreuses des eaux de la rizière.
Les colatures des compartiments les plus bas servent souvent à l'alimentation d'autres rizières, situées à des niveaux inférieurs; ou bien elles retournent au canal d'amenée. Quand on emploie l'eau des sources (fontanili) provenant de l'exploitation elle-même, les colatures sont cédées aux propriétaires voisins qui manquent d'eau d'arrosage.
A la fin du mois d'avril, ou au commencement de mai, on procède aux semailles.
Trois variétés de riz sont cultivées dans le Véronais ; le riz Novarais, qui forme la première qualité; le riz Chinois, qui donne la seconde qualité, bien moins estimée que la précédente ; et le riz de Piémont ou/rancone, ressemblant au Novarais, qui est d'introduction récente. Le riz commun ancien [antico nostrano) et le riz ostigliese plus coloré que le Novarais, ont été délaissés à cause de leur disposition à la maladie (brusone) qui rougit le grain et le rend friable, au point qu'il ne peut être soumis au pilon, sans se réduire en farine.
Le grain de semence est détrempé pendant un ou deux jours, puis jeté à la volée sur la terre couverte d'eau. Huit jours environ après l'ensemencement, on évacue l'eau pour la première fois, afin que le grain germé puisse bien s'attacher au sol par ses radicelles. Au bout de cinq, six, et même huit jours, d'après la saison, on introduit l'eau de nouveau, en augmentant peu à peu l'épaisseur de la nappe de submersion, jusque vers le
1 5 juillet. Durant cette période, Peau est évacuée, suivant le besoin, deux ou trois fois (tous les 1 5 ou 20 jours) pour permettre de sarcler. Cette opération extrêmement pénible est confiée aux femmes et aux enfants : pieds nus dans la vase, la tête penchée sous le soleil brûlant, les poumons envahis par les effluves dégagées des matières en putréfaction, ils arrachent les plantes parasites, telles que le mil ou giavone {Panicum crus galli)^ les scirpes, les carex, etc., qui finiraient par étouffer le riz.
Dans les rizières permanentes le sarclage s'opère plus tôt que dans les rizières alternes 011 les parasites se développent plus lentement.
A la mi-juillet, on évacue Teau pendant cinq ou six jours afin que la tige s'affermisse. Au cas oti elle se serait trop développée et que Ton craigne la maladie, on prolonge la durée de la vidange.
En septembre, ou dans les premiers jours d'octobre, rarement plus tard, on procède à la récolte, après avoir asséché pendant trois ou quatre jours la rizière. La coupe se fait à mi-hauteur, à la faucille. Dans les rizières alternes, le transport des gerbes [covoni) se fait à Taide de voitures attelées de deux ou trois paires de bœufs. Dans les rizières permanentes, le sol ne pouvant même pas supporter le poids d'une charrue, le transport s'effectue par les barques qui circulent dans les canaux colateurs ( i ).
Rovigo, — Dans la province de Rovigo, en Polesine, on n'emploie l'irrigation que pour les rizières dont les terrains ont été conquis sur la mer. Les rizières alternes n'étant pas possibles, ce sont des rizières permanentes uniquement qui pourvoient à la production. On
(i) Inchiesta agraria; Monografia di Verona compila ta per cura délia R, Prefettura, l. V, fasc. I.
y cultive les variétés à barbes, japonais, novarais et géant. Le novarais mûrit le plus lentement et a le moindre rendement. Le riz chinois sans barbes est cultivé toutefois pendant les deux premières années dans les rizières nouvelles, parce qu'il est moins sujet au brusone qui se manifeste dans les terres très fertiles. On le sème également certaines années où le printemps peu favorable oblige à retarder Tensemencement des autres variétés (i).
Gori^ia (Autriche). — Ce sont également des rizières permanentes qui occupent une partie des terrains situés dans la province autrichienne de Gorizia, entre la terre ferme et l'Adriatique. Les lagunique Teau submerge ne se prêtent à l'établissement des rizières que si Teau souterraine et Peau de submersion sont douces.
Une exploitation considérable, celle de Monastero, dans le voisinage d'Aquiléja, embrasse une surface annuelle en rizières de 270 à 3oo hectares. Les compartiments carrés ou rectangulaires sont limités par des fossés de plusieurs mètres de largeur et de i™,5ode profondeur, et leur surface est nivelée de façon à ce que la pente, quelque minime qu'elle soit, permette l'écoulement dans les fossés d'aval.
Dans les rizières nouvellement installées, chaque pièce est partagée en outre dans le sens de la pente, par de plus petits fossés intermédiaires, entre Tamont et l'aval, dont la largeur n'est plus que d'un mètre pour une profondeur moindre; tandis que dans les anciennes, en raison même de l'épuisement du sol, les fossés secondaires sont très nombreux et rapprochés, jusqu'à n offrir qu'un écartement de 8 à 10 pieds. Grâce à ces
(I) C. Bisinotto, Inchiesta agraria^ etc., Monografia deidistrctti di Adria tAriano inPolesine, t. V, fasc. II.
dispositions , les terres se cultivent en riz pendant 20 et même 3o années de suite, mais après faut-il les laisser en jachère pendant cinq ou six années pour pouvoir reprendre la culture. Au bout des 20 ou 3o premières années , la période de jachère devient plus fréquente et plus longue.
Vers la mi-mars, quand les gros temps sont passés, on commence à la bêche les travaux qui doivent être terminés dans la deuxième quinzaine de mai. La charrue ne pouvant servir, on estime que la main-d'œuvre annuelle représente 1 5o journées par hectare. Après le 1 5 mai, on met les compartiments sous Peau à l'aide des vannes des fossés et Ton sème à la volée. Dès que les radicelles se sont assez développées dans la mince nappe d'eau introduite, on évacue avec précaution, par des journées calmes, pour que les radicelles pénètrent et fassent prise dans le sol.
Aussitôt que lasurfaceapparaîtverdoyante, on sarcle les mauvaises herbes et l'on remet en eau. Quelques semaines plus tard, le sarclage se répète à sec; puis, une troisième fois avant la floraison. Les herbes adventices sont déposées dans les fossés où elles pourrissent et servent avec les boues de curage que l'on enlève au printemps, à engraisser le sol.
Depuis la floraison, qui a lieu vers la mi-juillet, jusqu'à la récolte, à la mi-septembre, la rizière demeure sous l'eau; on n'évacue celle-ci que cinq ou six jours avant la récolte (i).
Le produit est variable suivant l'âge de la rizière; elle rend d'autant plus qu'elle est d'installation plus récente.
Italie centrale. — Les exploitations à rizières per^ manentes abondent dans la basse vallée du Pô. On fait
(i) F. von Thûmen , In den rcis sùmp/en ; Wiener Landw. Zeitung, 1887.
du riz pendant 10 ou 12 ans de suite, selon la nature du sol;auboutde ce temps, on cesse toute culture, laissant une véritable jachère pendant 2 ou 3 ans ; puis on revient au riz (i).
Dans son rapport sur le concours des fermes de TÉmilie (2), Tingénieur Chizzolini décrit le domaine de Santa Vittoria appartenant au comte A. Greppi, où 260 hectares sur 585 sont irrigués. Des 260 hectares arrosés, 220 sont consacrés à la culture permanente du riz, et 40 à la prairie permanente. Les rizières sont bordées de saules; les prairies, de saules et de mûriers; les champs en culture, d'ormesavec vignes et de mûriers. Le produit en riz blanc est de 20 hectolitres en moyenne, pour 1,80 à 2 hectolitres de semence par hectare.
Dans les terrains bas du Modénais, on rencontre les rizières a ^appa à Novî , à Camposanto , à Mirandola , comme dans le Bolonais , dans le Ferrarais , à Argenta , et à Comacchio dans la province de Ravenne (3).
Sicile. — La plaine de Catane, de même que les terrains arrosables et paludéens situés au nord de la province de Syracuse, sont cultivés en rizières d'après les très anciennes pratiques du système dit degli stagni. A Catane, les trois quarts des eaux dérivées du Simeto alimentent ces rizières.
Le riz succède au froment et à la prairie naturelle tous les sept ans; on laisse paître la prairie, automne et hiver, avant d'y installer les compartiments. On sème après avoir inondé la rizière également, sous une faible épaisseur; puis on maintient l'eau à la hauteur voulue pendant toute la durée de la végétation. On ne met
(i) Monny de Mornay, Enquête sur les engrais industriels, p. 5 08. (j) Chîzzolini, Suipoderi concorrenti al premiod'onore nel concorso régionale di Reggio {Emilia) -,1877.
(3) L. Tanari, Inchiesta agraria; Rcla^ionet t. II, fasc. II.
que deux fois à sec pour le sarclage. Le rendement est estimé à 25 hectolitres de riz brut.
Dans la province de Girgenti, la culture du riz a à peu près disparu ; elle ne se maintient dans les autres districts que sur les terrains absorbants et humides, au bas des vallées que parcourent les torrents et le long des plages maritimes (i).