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ESPAGNE

La pratique des rizières de l'Espagne s*écarte sensiblement de celle des rizières de ritalie; car elles sont le plus souvent établies dans des terrains bas oîi les filtrations du sol n'ont pas grande importance. Ces terrains sont parfois marécageux et ne se prêteraient pas à d'autres récoltes; ou bien ils sont plus ou moins salés, comme dans tous les deltas, et le renouvellement de l'eau des rizières en opère le dessalement.

Les terrains en plaine, après Tenlèvementde la récolte et jusqu'au commencement de septembre, reçoivent, avant d'être mis en rizière, un nombre de labours qui va parfois jusqu'à six. On fume alors, soit avecdu guano ou du fumier, soit à l'aide d'une récolte de fèves que Ton arrose deux ou trois fois quand il ne pleut pas, et que Ton enfouit en vert au mois de février, ou de mars.

Au printemps, on donne trois nouveaux labours à sec et quatre labours après submersion, avant de semer.

Les banquettes qui séparent les compartiments des rizières ont o»n,6o de hauteur et une largeur qui permet de circuler entre les divers bassins, comme en Italie. Le sol étant plat, les bassins de submersion ont de plus grandes dimensions qu'en sol déclive.

{i ) Dsmiini, Jnchiestaagrarùi; Rela^ione, t. XlII. fasc. I.

L'eau est admise d'abord sur une couche de 0^,07 à o'*',o8 de hauteur; son mouvement se vérifie par le débit de petites bouches de sortie, pratiquées dans la digue qui enceint la rivière à l'aval; ces petites bouches servent d'ailleurs, à la hauteur où elles sont placées, au maintien du niveau constant dans tous les compartiments.

On ne sème pas le riz dans toute la rizière, ce qui caractérise la pratique espagnole; mais on y transplante celui semé en pépinière dans un des bassins. A cet effet, le bassin consacré à la semaille, après avoir reçu la graine à la volée, est recouvert d'une couche d'eau de o",o5 à o",o6 de hauteur, que l'on évacue après une vingtaine de jours pour favoriser l'enracinement et détruire les insectes nuisibles. Une seconde submersion se pratique avec le moins d'eau possible afinde permettre aux jeunes plants de se fortifier à l'air. En mai, ou au commencement de juin, quand le besoin s'en fait sentir, on vide le bassin pour sarcler, et l'on procède à l'arrachage en ménageant le chevelu des racines. Les plants arrachés sont mis en bottes de 60 à 70 tiges reliées par du jonc, ou par d'autres filaments ligneux.

Les bottesétant portées sur l'emplacement définitif des divers bassins qui forment la rizière, on repique chaque plant à l'aide d'un plantoir à trois pointes, afin d'accélérer la besogne. Le repiquage, à raison de 8,600 plants par hectare, étend la superficie de 10 à 12 fois par rapport à celle du bassin ensemencé. Les touffes espacées de o",io à o", i5 restent parfaitement distinctes par le bas, tout le temps de la végétation qui dès lors s'accomplit constamment dans l'eau; la couche reçoit d'abord o"520 de hauteur d'eau, et au bout de 20 jours de submersion, ayant mis à. sec afin de sarcler les herbes aquatiques ou de chauler dans le même but, on la lui rend, pour ne plus l'enlever jusqu'à la mi-août quand

a lieu la récolte. Pendant trois mois de Tété, le fond des compartiments est ainsi recouvert d'une nappe d'eau de o'",07 à o™,o8, se renouvelant d'une manière continue.

Valence. — Les tierras de arro:^, ou terres à riz de la huerta de Valence, font suite aux glorietas, ou jardins des environs de la ville. Dans toute la partie nord du grand canal du Jucar, VAcequia del Rey, qui perd ses eaux dans TAlbufera, jusqu'auprès du barranco (torrent) d'Alginet, c'est-à-dire sur les deux tiers environ de son étendue, la plaine est livrée à la culture du riz. Cette partie de la huerta est tellement sillonnée par les rigoles d'irrigation qu'on les traverse à tout bout de champ (i).

ce Rien n'est admirable, dit Aymard (2), comme la disposition des vastes rizières {arro^ales) du canal du Jucar. Les champs sont disposés par grands carrés horizontaux, encaissés dans de petits bourrelets qui maintiennent l'eau de tous côtés. Ceux de ces bourrelets placés du côté aval sont crevés de distance en distance par un coup de pioche au niveau précis où l'eau doit être maintenue dans le champ (7 à 8 centimètres de hauteur) et servent d'exutoires. Ces eaux tombent directement dans le carré voisin, ou dans un fossé qui les conduit sur d'autres carrés. Ce système se reproduit à perte de vue dans la plaine.

tt Les écoulements sont si bien entendus qu'il n'y a pas une goutte d'eau extravasée. Nous avons parcouru à cheval pendant six heures tous les chemins ruraux et les sentiers qui traversent ces rizières, l'eau va, vient, se croise, circule dans tous les sens; nulle part il n'y a d'eau répandue sur les chemins. »

(i) Ch. Da vil lier, Voyage en Espagne; Tour du Monde, 1808. (2) M. Aymard, loc. c/7., p. 87

Le même champ peut produire indéfiniment du riz, pourvu qu'on y mette le fumier ou le guano nécessaires. Dans cette même huerta, les récoltes les plus précoces ont lieu au milieu d'août; mais dans les terres hautes, le riz n'est fauché que lorsque les champs voisins ont été moissonnés, notamment ceux de froment. Les javelles de riz ne sont conduites, pour être battues sur les aires, qu'après avoir coupé le bas de la tige audessous de la ligature.

Delta de l'Être. — M. Carvallo, chargé de la canalisation de l'Èbre, a fait connaître les résultats obtenus pour la mise en valeur du domaine de Castillaroz, comprenant 1 5o hectares dans le delta (i\ Après avoir tenté infructueusement la culture des céréales, des prairies, des arbres fruitiers, il a abordé dans ces terres légèrement salées, très propres à retenir les eaux d'irrigation, la culture du riz.

La plupart des compartiments rectangulaires, de 5o m. de longueur sur 40 mètres de largeur, sont limités par des digues de o™,3o de largeur en crête et on»,6o de hauteur. Les eaux sont fournies par les dérivations du canal de laCherta à la mer, se déversant dans TAlbufera. Après des labours donnés à o",2 5 de profondeur pendant l'hiver, et répétés au printemps avec l'araire du pays, le sol est nivelé sous l'eau, en faisant passer des herses et des planches; l'ensemencement s'opère à la volée dans l'eau trouble.

La couche d'eau qui a une épaisseur de o'",02 à o",o3 au début, est élevée au fur et à mesure du développement du riz jusqu'à o",20. En juin, commencent les sarclages pour l'enlèvement du mil, du pied de coq, etc., ils se continuent jusque vers la mi-août.

(I) Académie nationale agricole, 1864.

Dans les compartiments notoirement infestés par les herbes adventices, on a recours au repiquage, après avoir retourné le sol en mottes pour Tinsoler et Taérer, pendant le mois de mai et la première quinzaine de juin. Le plante! est repiqué de o™,20 en o*,2o; il ne tarde pas à taller, devient très régulier et mûrit plus uniformément que le riz semé.

Dès la première semaine d'août, le riz entre en fleur, et un mois après, on le coupe à la faucille dans les compartiments pleins d*eau. Les gerbes sont convoyées par bateau.

La paille du riz mêlée à de l'argile brûlée ; le foin noir que donnent les herbes aquatiques arrachées dans les étangs [llapo] et le foin grossier ou brosa des prados où paissent les troupeaux sauvages, constituent un engrais azoté, riche en acide phosphorique et en alcalis qui convient mieux à ces rizières que le fumier de ferme.

Le riz catalan dont on a tenté introduction aussi en Italie, offre un épi d'abord grisâtre, et çà et là des graines dont la gousse est noirâtre ; sa végétation est très vigoureuse; mais il mûrit trop tard en Italie, même dans les années de chaleur ^i).

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