AMÉRIQUE
États-Unis. — La culture du riz s'est localisée depuis le commencement du siècle dans les États de la
II) Barois, loc.cit.y p. 106.
iio LES IRRIGATIONS.
Caroline du Sud et de la Géorgie où elle a pris un grand développement, jusque vers la guerre de sécession qui a mis fin au travail des esclaves nègres.
Soit que la graine ait été imponée de Tile de Madagascar, vers 1700, par un brigantin en détresse; soit que le trésorier Dubois, de la Compagnie des Indes, ait le premier envoyé à la même époque du riz de semence . i\ les marais de la plage sablonneuse, découpée en îlots et constamment submersible, de la Caroline du Sud, se prêtaient admirablement à cette culture qui s'étend jusqu'aux terres que baignent les grands fleuves de la Savannah, le Santee, le Pedee , etc. Le riz s'est non seulement acclimaté dans la région , mais il y a acquis une meilleure qualité, supérieure à celle du riz des pays d'origine, qui Ta fait longtemps rechercher avec des prix de faveur, sur les marchés.
Malgré cela, la production du riz dans les États de la Caroline et de la Géorgie a été en décroissant , avec les oscillations suivantes :
En 1840 elle atteignait 97.000 tonnes.
— i8ôy — 33.000 —
iSjij — 3o.ooo —
Les districts maritimes où se cultive le riz, sont Georgetown, Colleton, Charleston et Beaufort, dans la Caroline du Sud; Camden, Chatham, Macintosh et Glynn, en Géorgie.
Les rizières de la Caroline du Sud sont en général situées sur des terres siliceuses, riches en alcalis et en humus provenant de l'enfouissement des pailles. Les compartiments varient comme étendue entre 5 et 10 hec-
|i) Vegetablc substances useJ for thefood of man, London, i832, p. 83.
LES IRRIGATIONS. m
tares ; ils sont assainis par des tranchées de i mètre de profondeur sur o",5o de largeur, qui aboutissent à de grands fossés d'écoulement, distants de 12 à 1 5 mètres les uns des autres.
Le sol est labouré pendant l'hiver pour enfouir le chaume , aérer et ameublir la couche arable , et après ' avoir soigneusement nivelé, on trace les raies séparées par de petits ados , avant d?ensemencer en avril, ou au commencement de mai. La quantité de semence répandue à rhectare varie entre 200 et 220 litres de riz brut; projetée dans les rayons qui ont été ouverts à la houe, elle est recouverte à l'aide d'un râteau ; puis Teau est donnée pendant douze à quinze jours dans le but de favoriser la germination.
Dans le procédé de culture sèche {dry culture) , la graine n'est couverte que légèrement avec un rable et arrosée pendant quatre ou cinq jours, afin que les grains puissent gonfler et germer. La submersion commence après que les cotylédons se sont développés en prenant la couleur verte caractéristique.
Quand les plantes apparaissent à la surface, on met la rivière à sec dans le but de réchauffer la couche arable, et c'est seulement lorsque le premier binage a eu lieu que les grandes eaux {long water) sont introduites, couvrant plusieurs jours de suite la surface, pendant quelques semaines. Le danger des plantes et des insectes nuisibles étant ainsi écarté, on abaisse d'une manière définitive le plan d'eau, de façon qu'il ne dépasse pas la moitié de la hauteur des plantes.
Le premier binage s'opère par les ouvriers marchant sur les ados qui séparent les lignes de riz, quand la plante a o"',20 de hauteur; le deuxième se fait 20 ou 25 jours plus tard, quand le premier nœud des tiges est formé ; et le troisième, après la grande immersion qui
développe les racines et les feuilles. Dès lors Tépaisseur de la nappe d'eau est progressivement augmentée, en la renouvelant, jusqu'à l'approche de la maturité.
Le binage du riz, inconnu en Italie, ne peut s'effectuer que si la rizière a été mise à sec depuis 24 à 48 heures.
Quand le fond est naturellement frais ou humide, • on ne renouvelle l'eau que de deux nuits l'une, jusqu'à ce que la panicule étant formée et prenant une teinte jaunâtre, on diminue graduellement la hauteur de l'eau. Toutes les touffes de riz qui ont pris une nuance blanchâtre sont enlevées préalablement pendant les sarclages qui suivent le troisième binage.
Cinq mois après le semis, c'est-à-dire, à la fin d'août, ou vers la mi-septembre, la récolte a lieu ; l'eau a été écoulée dans la nuit qui précède , les graines n'ayant pas atteint leur parfaite maturité à quelques jours près. On coupe à mi-hauteur , soit à 0^,40 environ au-dessous des panicules.
Le paddy, ou riz brut de la Caroline du Nord et de la Géorgie, fournit moins de riz blanc de qualité supérieure que celui de la Caroline duSud(i).
Les conditions climatériques modifient souvent les dates d'ensemencement et de récolte. Après un printemps froid et humide, les semailles se font ainsi plus tardivement, et l'époque de la récolte est reculée. Dans les terrains humides sur lesquels il pleut souvent, la culture sèche du riz, c'est-à-dire celle qui est indépendante des submersions périodiques des cours d'eau, a surtout à craindre l'inondation et les vents, au point de vue du résultat, surtout si les eaux demeurent trop longtemps sans écoulement.
(I) G. Heuzé, loc, cit., t. II, p. 208.
LES IRRIGATIONS. ii3
Une pratique usitée consiste, avant la fin de la floraison du riz^ à arracher ou à écimer les feuilles de tête, pour activer et augmenter la production du grain (i).
Depuis la guerre de sécession, les rizières se sont développées dans la Louisiane, au lieu et place des plantations de canne à sucre. Du district de Plaquemines, elles ont gagné les basses terres des environs et couvrent de larges surfaces. La culture de ces rizières laisse beaucoup à désirer par rapport à celles de la Caroline. La violence des vents nuit à la maturation et à la récolte du grain; en même temps que les oiseaux iEmberi:ça ory^ivora) qui débouchent de l'île de Cuba par légions, dévastent le grain quand il est encore tendre ou à Tétat laiteux (2).
Indépendamment de ces fléaux, les conditions économiques de main-d'œuvre et de capital, tendent à restreindre la culture dans un pays où le riz n'a aucunement modifié, comme en Asie, la base de l'alimentation des habitants (3). D'ailleurs, comme le fait remarquer Boussingault, dans les contrées où le riz occupe les terres humides qui ne sont pas inondées, le produit est moins élevé et surtout moins certain que celui que l'on retire des rizières immergées. Les rizières non inondées de l'île de France et de la Nouvelle-Grenade sont dans ce cas (4).