‹ Les irrigationsChapitre 29 sur 145 · V. LES CÉRÉALES · texte numérisé non relu

V. LES CÉRÉALES

Comme les autres cultures arables du Midi, les céréales sont arrosées à plat, en raies ou en billons (i); elles ne le sont pas dans le Centre et le Nord, bien qu'elles n'exigeraient pour une coupe qu'un ou deux arrosages au plus, en cas de sécheresse prolongée.

France. — On arrose les céréales dans les Pyrénées, dès qu'on a de l'eau; l'irrigation les préserve des effets des brouillards qui les rouillent. Dans Vaucluse, aux environs de Cavaillon : le froment est arrosé jusqu'à quatre; fois, une première fois avant l'ensemencement, et trois fois durant sa croissance. La dernière irrigation se fait peu de jours avant la maturité, dans le but d'augmenter le rendement et le poids du grain (2). A Châteaurenard, Tarrosage du blé double son rendement; il n'est pas rare d'obtenir 3o et 36 hectolitres à Phectare, lorsque la récolte sur la même terre non arrosée n'est que de i5 à 18 hectolitres.

D'après de Gasparin (3), dans les exploitations des bords de la Durance, les planches à froment ont de i à 2 mètres de largeur, et chaque planche est séparée de sa voisine par un intervalle deo",25, que l'on approfondit

(i) Voir tome II, pp. 4i3 et 525.

(a) Jaubertde Passa, loccit,, p. 107.

(3) De Gasparin , Cours d'agriculture, t. l, p. 652.

de o'*,o5 à o™,o8 par un seul coup de houe, pour y faire circuler les eaux d'irrigation. Au printemps, quand les vents secs ont régné, que la pluie manque, et que la température excède 1 2 degrés centigrades , on arrose par les rigoles d'infiltration, mais en évitant soigneusement de submerger, afin de ne pas nuire à la végétation. L'irrigation souterraine se répète dès que les plantes souffrent de la sécheresse, mais rarement elle a lieu plus de deux fois. D'ailleurs, Tirrigation des céréales, d'une manière générale, n*exige dans une année que le quart, ou tout au plus le tier sde l'eau nécessaire à l'irrigation des prairies naturelles.

Dans le département des Bouches-du-Rhône, l'arrosage des planches à froment s'opère, une , deux ou trois fois , selon l'état plus ou moins sec de la saison. C'est surtout en avril, ou durant la première quinzaine de mai, qu'il est utile. Il exige par hectare un débit de 3o litres pendant 6 heures, ou une tranche d'eau de o",o65 chaque fois. Les effets sur la récolte payent amplement, par l'excédent de produit, les dépenses de l'irrigation (j). L'arrosage des avoines donne des résultats également fructueux, mais c'est très exceptionnellement qu'on les cultive en terrain arrosable pour obtenir de forts rendements. Au contraire, les arrosages du blé et de l'orge commencent à être de plus en plus fréquents dans toutes les communes qui jouissent du bienfait d'un canal d'irrigation; ils n'ont pas peu contribué à élever le rendement moyen par rapport à celui qui est consigné dans les statistiques ofiicielles.

Arthur Young , parlant de la plaine d'Avignon, disait : « On n'y arrose les grains que par une sécheresse extraordinaire. » Cela tenait surtout à la pénurie de l'eau d'irri-

ii) Barrai, loc. C17..P.489.

ii8 LES IRRIGATIONS.

gation dont on n'avait pas trop pour les cultures fourragères et maraîchères. Barrai remarque toutefois que dans Vaucluse, la culture du froment a pris plus d'extension et que le rendement en blé s'est élevé, la culture du méteil étant en décroissance depuis le développement plus considérable donné aux arrosages (i).

Angleterre. — L'arrosage des céréales joue un rôle peu important dans les fermes anglaises qui utilisent les eauxd'égout, en raison du peu de liquide qu'elles consomment. Les céréales arrosées n'offrent pas d'ailleurs un rendement plus élevé en grain que celles venues sur fumier; mais quand elles alternent avec du ray-grass, ou des racines arrosées, l'engrais de l'eau d'égout restant dans le sol suffit pour produire d'excellentes récoltes de froment et d'avoine , sans fumure additionnelle. Aussi, împorte-t-il d'arroser, môme en hiver, des terres en jachère, pour obtenir à l'été suivant des céréales avec de forts excédents de paille. Le blé ne doit pas être arrosé, en tous cas, après répiage(2). Si l'eau d'égout est amenée au milieu d'une ferme en culture, il convient d'arroser les céréales pendant la durée limitée de leur végétation, aussi bien que les prairies, les racines ou les légumes; mais l'arrosage s'applique plus utilement au blé et aux avoines d'hiver qu'aux autres récoltes, quand il se pratique au début du printemps, après que les racines et les légumineuses ont été semées.

C'est grâce aux eaux d'égoût de Londres, employées à de faibles doses, il est vrai, qu'à Lodge farm on a pu faire suivre quatre récoltes de froment sur le même terrain, graveleux, exceptionnellementmaigre,sansautre fumure. Aussi bien, à Breton's farm qu'exploitait le colonel

(i) Barrai, /es Irrigations dans le Vaucluse, p. 94. (2) A. Ronna, Ég^outs et irrigations, 1872, p. 333.

Hope, les céréales arrosées se sont succédé d'année en année avec profit; blé, avoine et orge gagnent surtout sous le rapport de la paille qui est un des éléments essentiels d'une exploitation bien conduite. Dans la première de ces fermes, un arrosage de 1200 mètres cubes à Thectare donnait pour le froment : 39, 5o hect. de grain et 4,3ookil. de paille; pourTavoine d'hiver 57,50 hect. de grain et 4,000 kiL de paille (i).

Pendant Thiver, où Ton dispose de grandes masses d'eau d'égoût, il y a tout avantage à lâcher les vannes pour colmater, en vue des cultures de céréales du printemps. Italie. — En Lombardie, comme en Piémont, le froment ne s'arrose que dans les années de grande sécheresse; toutefois vers la mi-juin, la terre étant trop aride, on donne un arrosage avant la moisson, afin d'augmenter le rendement et de faciliter le labour pour la récolte qui succède immédiatement au blé. Il n'est pas rare dans le Crémasque, de voir dans la même journée, enlever le blé, faucher le chaume, arroser, labourer, herser et semer le champ en maïs quarantain, que Ton moissonne au mois d'octobre suivant (2).

Le blé que Ton cultive de préférence dans la vallée du Pô, appartient aux variétés tendres, à épis barbus [Triticum hybernum) ; on le sème à la volée, au mois d'octobre, et on l'enfouit généralement à la charrue. Venant au cours des assolements des terres irriguées, il rend de 10 à 20 hectolitres par hectare; mais dans la plus grande partie de la région , la moyenne est plutôt de 1 3 que de i5 hectolitres. Il n'y a qu'une zone très restreinte, au nord de la ville de Milan, où la production, grâce aux

11} Hon. W. Petrc, Report for theyear ending 3i august z868 upon the Lodge Farm, Barking.

{2) Sanseverino, lac. ciL, p. 84.

engrais abondants, atteint 3o et 35 hectolitres (i).

Le seigle et Torge sont peu cultivés dans les districts arrosés. On fait surtout du seigle pour pouvoir en donner aux paysans.

Dans le centre de l'Italie, le froment n'est pas arrosé directement, mais la surface est dressée de façon à ménager des sillons plus ou moins larges, o™,20 à o",3o, qui retiennent les eaux pluviales en vue de l'infiltration. Il en résulte que pour Temblavure un hectare de terrain exige un tiers en moins de semence (2).

En Calabre, les céréales s'arrosent au printemps, quand les pluies ont été insuffisantes. Les céréales de la plaine fertile de Catane, en Sicile, sont irriguées à l'aide des canaux du Simeto. Quant à Torge, cultivée sur chaume de blé, ou après le chanvre, et donnée comme fourrage au bétail, elle est soumise à deux arrosages.

Espagne. — On se rendra compte de l'importance de l'irrigation des céréales en Espagne, par ce fait « qu'une contrée entière ne faisant et n'ayant jamais fait que du blé, qui, à la rigueur pourrait se passer d'eau, trouve néanmoins tant d'avantages à Tarroser régulièrement deux fois par an, qu'elle n'a pas reculé devant l'énorme dépense d'un barrage-réservoir en maçonnerie , dans ce seul but. Il s'agit du pays d'Almansa, province d'Albacete, et du barrage remontant au-delà du seizième siècle, dont le volume d'eau réparti entre six canaux permet d'arroserén moyenneyoohectarespar an,surles i4oohectares qui forment le territoire irrigable (3). C'est, du reste, le seul pays d'Espagne où les eaux soient appliquées d'une manière aussi exclusive aux céréales. « Ce

(1) Cantoni, les Produits de V agriculture de la Lombardie^ etc., 1867, p. i5.

(3) L'Italia agraria e forestale^ 1878, p. 72. (3) Voir tome I. p. 5 26.

.ll

fait, ajoute Aymard, est d'un haut enseignement pour Tagriculture algérienne (i). »

Malgré ce précieux avantage de Teau appliquée à la culture du fronaent, moitié de la zone irrigable d'Almansa est laissée chaque année en jachère. La récolte complète de la moitié emblavée n'est assurée d'ailleurs que lorsque les pluies viennent augmenter le débit des sources naturelles qui affluent au réservoir. L'un des arrosages se fait en automne, au moment des semailles; l'autre au printemps, quand le blé est en herbe. A chaque arrosage, on vide entièrement le réservoir.

Les céréales d'hiver s'arrosent ailleurs peu abondamment, et seulement à la raie que laisse la charrue. Quand les pluies d'automne font défaut, on donne le plus souvent un arrosage avant d'emblaver.

Dans la vega de Grenade, où domine l'assolement de six ans, à savoir : i'* année, fèves; 2* année, chanvre; 3* et 4* années, froment; 5« année, lin et orge, et 6^ année, froment, avec récoltes dérobées de maïs, après froment et fèves; ou bien de haricots, ou poivres longs, etc., après chanvre, on n'arrose l'orge qu'une seule fois, au mois d'avril. Le froment reçoit un premier arrosage du 8 au 20 avril; un deuxième, du i"au 8 mai; et, dans les années de sécheresse, un troisième demi-arrosage vers le mois de juin, pour faciliter la maturation. Dans les terres de meilleure qualité, on arrose le froment en novembre ou en décembre, après la levée des plants. Jamais la terre ne se repose, grâce aux fumures abondantes de guano, de fumier, et aux arrosages (2).

De môme, dans la huerta de Valence, on donne un premier arrosage au sol à froment avant d'emblaver;

(i) Aymard, loc. cit.^ p. 124. Dans ces dernières années, la vigne a pourtant supplanté le froment sur plusieurs points de la huerta de Almansa. (2) Aymard, loc. cit., p. 272.

puis un second en mars, et un troisième en avril. Quand on dispose d'assez d'eau, on en donne encore un quatrième au commencement de juin, immédiatement après les sarclages et avant l'épiage.

Le même mode d'irrigation est suivi dans les plaines de Murcie, d'Aragon et de Catalogne (i). Dans TUrgel, comme le confirme Jaubert de Passa, on donne un premier arrosage à l'époque des semailles; le second, en janvier ou février, au moment oti la végétation reprend; et le dernier à la fin d'avril, époque de la floraison.

Égjrpte. — Le blé est semé après la crue du Nil, vers la fin d'octobre, ou au mois de novembre, suivant les régions. Dans les bassins d'inondation, le terrain encore boueux reçoit la semence qui est recouverte au rouleau ; on ne donne plus d'eau jusqu'à la récolte qui a lieu fin mars, ou en avril. Dans les terres irriguées, on laboure avant et après les semailles qui succèdent à la crue, et l'on ne donne plus ensuite que deux arrosages, le premier soixante jours, et le second quatre-vingt-dix jours après l'emblavure. Dans les terres hautes que la crue ne baigne pas, il faut quelquefois quatre, cinq et même six arrosages (2).

L*orge, comme le blé, est une culture d'hiver très répandue en Égypts. Elle est traitée à l'instar du blé sous le rapport des arrosages ; excepté dans la partie la plus méridionale de la haute Egypte , au sud de la région des bassins d'inondation, oîi elle est arrosée artificiellement tout le temps qu'elle est sur pied. Le sol après un premier labour est préalablement divisé en carrés par des petites digues, ensemencé à la fin de novembre, et tenu submergé au moyen de chadoufs et de sakiés jusque fin mars.

(1) Llaurad6, loc. cii., 1. 1, p. 52.

(2) Barois, ioc. cit., p. 104.

LES IRRIGATIONS. i2'3

Inde. — Le long de la vallée du Gange, et à travers la péninsule jusqu'à la côte occidentale, y compris le Slnd et le Punjab le froment est arrosé. Dans TOudh, il y a même des terres irriguées (1,389,000 hectares) qui ne portent que du froment, et des terres également irriguées (100.000 hectares) qui portent aussi du froment, mais associé à d'autres céréales, ou alternant avec elles.

La récolte moyenne des terres spéciales affectées au froment a été évaluée à 18 hectolitres par hectare (r), mais elle atteint 25 hectolitres dans les provinces d'Oudh et de Meerut que fertilisent les canaux.

Punjab, — Sur les terres bien arrosées du district de Momgomery, dans le Punjab, on attend les pluies de juin et de juillet pour donner deux ou trois labours et un hersage, avant d'emblaver. Quand la pluie a été abondante et que le sol est encore humide, on sème à la volée d'octobre à décembre. Dès Tensemencement, on donne une nouvelle façon, avant de dresser le sol en planches pour l'irrigation. Si les pluies arrivent, le froment reçoit de 6 à 7 arrosages fournis par les puits ou jhalars^ et de 8 à 9 quand il ne pleut pas. Au cas où la terre n'est pas assez humide pour la semaille en octobre, on arrose avant de semer, et l'on est certain d'obtenir une bonne récolte. Autrement, le produit des emblavures de novembre est réduit de 2 5 pour cent, et celui des emblavures de décembre de 3o pour cent. Dans le district de Lahore sur les terres argileuses et drainées ou dakar, desservies par les canaux, on arrose avant de donner un premier labour, puis on sème au semoir précédé de la charrue qui opère un second labour, et Ton roule à l'aide d'un cylin-

(0 Fuller, FieU and garden crops in India.

124 LtS IRRIGATIONS.

dre uni, le sohaga. Les arrosages mensuels se succèdent pendant trois mois, et dans Tintervalle, on extirpe les mauvaises herbes. Après deux ans de culture il faut fumer, à moins de jachère ou d'autres cultures en assolement. La moisson se fait en avril, ou en mai.

Provinces centrales. — Dans F Inde centrale et le Rajputana, dont le climat et le sol se rapprochent de ceux du Punjab, on laisse les terres à blé en jachère de juin à septembre, en labourant deux ou trois fois par mois à o",io de profondeur, puis on roule à la planche. Moyennant trois ou quatre arrosages, à défaut de pluies suffisantes en hiver, et une fumure ordinaire, le rendement pour i8o litres de semence par hectare, atteint facilement 3o hectolitres.

Bombay, — Les blés rouges et durs de la province de Bombay sont obtenus sans arrosage, en assolement, et comme seconde récolte après le petit millet [bajri); mais un genre d'épeautre très répandu (khapté)^ notamment dans le Kolhapur, exige de nombreux arrosages; on le cultive en seconde récolte {dusota)^ semée en janvier, ou février, après le millet, le maïs, le tabac, ou le blé (i).

Nord' Ouest et Oudh. — Dans les provinces du nordouest et dans TOudh, d'après le rapport du département de Tagriculture pour 1881 , le blé semé en lignes, avec o">,28 d'écartement, reçoit trois arrosages; le coût de rirrigation représente 33 fr. 60 par hectare. Ce chiffre est confirmé par d'autres documents. Ainsi, sur la ferme de Cawnpore, dont les produits ont été relevés par l'administration, le sol fumé Tannée précédente, labouré profondément (1879-80), puis semé en

(1) G. Watt, /oc. ciL

LES IRRIGATIONS. laS

froment, n'avait exigé que deux arrosages ayant coûté 23 fr. i5 par hectare.

Quand le froment est associé à d'autres cultures sur les terres arrosées, son rendement diminue de moitié; il n'est plus en moyenne que de 9 hectolitres ( i ) .

Bengale. — Ce sont les provinces méridionales, dans la présidence du Bengale qui produisent le blé à meilleur prix, à cause des facilités d^irrigation, et celles du nord-ouest qui font le blé le plus cher; l'irrigation étant plus coûteuse sous un climat plus froid, ou plus sec. Le D' Royle (2) estime que le prix moyen annuel du froment à Calcutta est de 9 francs Thectolitre. C'est aux mois de septembre et d'octobre, vers l'époque des emblavures,que les mercuriales sont plus hautes, et au mois de mars, après la récolte, qu'elles sont plus basses.

La précocité du grain indien, comme l'a fait remarquer le colonel Sykes , quand on considère son exponation, offre un intérêt capital. Le blé et l'orge arrosés mûrissant dans beaucoup de provinces au mois de février et les expéditions arrivent en Europe avant qu'aucune récolte ne soit faite, surtout depuis l'ouverture du canal de Suez.

La qualité de quelques-uns des froments indiens est supérieure. Le long de la Nerbuddah, une variété de froment blanc et tendre fournit un poids de grain de 79 kil. 20 par hectolitre; une autre variété, mais appartenant au froment dur, pèse 79 kil. 20. Quoique se vendant meilleur marché en Angleterre , à cause des frais plus considérables de mouture, les blés durs ne sont pas appelés à jouer le plus grand rôle dans le commerce

(i) J. Wolf, le Commerce des blés de F Inde ; traduit par H, Grandeau, p. 72.

I2) D"" Roylc, On Indian and colonial products ; Report on Paris Exhibition i856, t. IH, p. «93-

de rinde; d'autant plus que ce sont ceux préférés par les indigènes pour là confection de leur pain de galette.

Le développement inouï des canaux d'arrosage depuis vingt ans ne peut que tendre à abaisser le prix de revient du froment indien. Cest à l'irrigation, non moins qu'au prix du fret et aux circonstances économiques des marchés de l'Europe, qu'il faut attribuer la marche croissante des exportations. En i855-56, l'Inde n'exportait que 55o,ooo hectolitres, dont les deux tiers dans les ports de l'Asie; et trente ans plus tard, en 1886, i3 millions d'hectolitres.

On a pu penser que le jour où l'indigène commencerait à substituer le froment au riz, la consommation du blé croîtrait plus rapidement que ne croît le rendement du sol en cette céréale; mais si l'Indien renonce en partie au riz, comme il arrive dans quelques provinces, ce n'est pas pour consommer du blé, mais bien des millets et des sorghos (jowar) qui jouent pour son alimentation le même rôle que le maïs en Amérique, et aussi des pois, des gesses, des haricots, etc., dont la culture est également arrosée.

Si aux États-Unis « les sols vierges s'éloignent et « s'épuisent promptement; si les terres fertiles enchéris- « sent;.... si la population qui marche à pas de géant, « consomme avidement les produits du pays où elle « gravite (i), » si la concurrence, par l'éloignement même des contrées de production et par la culture imprévoyante de l'Américain qui épuise le sol sans restitution d'engrais, finira par s'éteindre, il n*en est pas de même de l'Inde où l'irrigation maintiendra la fécondité du sol , au cas où elle ne l'améliorerait pas dans l'avenir,

(i) A. Ronna, le Blé aux États Unis d'Amérique, p. 7.

malgré Tindolence des Hindous, par Textcnsion des assolements.

Amérique. — Humboldt avait déjà indiqué que dans la Nouvelle-Espagne, on irriguait le froment deux fois : lorsqu'il sort de terre et lorsqu'il commence à former ses épis. « Les récoltes sont magnifiques, ajoute-t-il, et on obtient souvent quarante et même soixante fois la semence (i). » Boussingault remarque à son tour qu'au Mexique, sur les plateaux de l'Anahuac, et à la Nouvelle-Grenade , la culture du froment se fait après submersion du sol. On inonde, on fait retirer les eaux et Ton sème (2). Dans les provinces centrales du Mexique, et particulièrement dans celles de Mexico et de Puebla, le froment est une culture des terres froides. On sème ordinairement d'octobre en novembre, et on récolte en avril, ou en mai. Les champs sont toujours disposés de manière à pouvoir être irrigués, en cas de sécheresse persistante.

Au Colorado, les céréales sont soumises à trois arrosages, et dans les années de grande sécheresse, à quatre. On évalue à o"*,3o de hauteur la tranche d'eau employée par arrosage. Comme les concessions de o lit., 70 répondent aux plus fortes demandes, on est porté à exagérer l'irrigation des céréales, surtout vers la fin de juin, avant que les rivières ne soient à l'étiage. Le mouillage excessif développe la rouille et diminue le rendement. Le professeur Blount, du collège d'agriculture de Fort-Collines, recommande l'irrigation du sous-sol à l'automne qui précède l'emblavure; on conserve ainsi, outre une provision d'eau en vue de la sécheresse, une bonne température dans le sol pour la germination du froment,

(i) De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. I, (2) Enquête sur les engrais industriels, t. I. p. 617.

et on avance la maturation de deux à trois semaines (i':.

Page 1