I. LIN ET CHANVRE
Sous les climats méridionaux, le lin a besoin d'être arrosé, suivant le degré de sécheresse de la saison pendant laquelle il végète.
Quant au chanvre , sous les mêmes climats, comme aussi dans les terrains secs, on Farrose par infiltration à Taide de rigoles qui ont été préparées après la semaille. L'irrigation des chènevières se pratique tous les huit ou quinze jours, jusqu'à vingt jours avant l'épanouissement des fleurs mâles et des fleurs femelles, pour ne pas amoindrir la force des fibres (i).
Italie. — Lombardie. — Le lin succède toujours au pré; c'est-à-dire, après une année de trèfle, dans les territoires de Brescia, Crema et Crémone ; après deux années, dans les provinces de Pavie et de Milan; après trois années, dans le district de Lodi.
La zone du lin , sur les territoires de Cremà et de Crémone , laisse plus de place au pré que par le passé , par suite du meilleur règlement des eaux et de l'introduction du trèfle blanc, mais elle garde sa supériorité pour le rendement et la qualité du lin qui est resté la récolte type. Dans cette zone, en effet, la surface attribuée au lin par les meilleures exploitations est de un cinquième, et pour le territoire entier, de un quart environ.
Le lin est semé du 20 au 3o mars sur chaume de trèfle, convenablement défoncé, labouré et fumé l'hiver précédent. Par la culture de la prairie richement fumée, le sol est assez pourvu d'humus pour qu'il soit nécessaire,
il) G. Hcuzé, les Plantes industrielles, t. Il, p. 71.
T. Ilf. ^°
surtout si la prairie a deux ou trois années d'existence, de labourer en travers avant rensemencement du lin, c'est-à-dire, à la fin de mars. Cette façon à laquelle on donne le nom de besarare^ sans doute du latin bis arare, est suivie de celle de la herse, également en long et en travers; puis, du roulage à Taide du cylindre, afin de rompre toutes les aspérités et d'ameublir le terrain autant que possible. Une fois nettoyé et ameubli, le sol est relevé en billons (colle)^ dans les raies desquels Teau d'arrosage circule par infiltration. On sème la graine {linosa) à raison de 85 kil. par hectare, et on la recouvre à la herse; après cela, on extirpe les mauvaises herbes qui auraient pu se développer.
Dans les terres de moins bonne qualité, on fume davantage après le labour de février, soit à l'aide de fumier d*étable, soit avec de l'engrais humain pulvérulent qui est préférable au fumier, et on diminue la quantité de semence. Quand le sol est trop sec, on l'arrose souvent avant de donner le dernier labour.
Sur un champ de 3 à4 hectares, l'ensemencement exige de huit à dix hommes, marchant de front en une même ligne, à une distance de 1^,70 les uns des autres. Ils tiennent la corbeille du bras gauche, et de la main droite ils répandent la graine en faisant un demi-cercle parallèlement au terrain. Par un vent trop fort, on suspend la semaille.
La semence est soigneusement choisie, luisante, de couleur brune, grosse et lourde , et non moins soigneusement criblée au tamis. Les herbes parasites dont il y a lieu de débarrasser la graine de semence sont les suivantes :
LoUum perenne Ivraie vivace.
Equisetum arvense Prêle des champs.
Brassica râpa Rabioulc.
Serratula arvensis Cirse des champs.
Cuscuta europea Cuscute d'Europe.
BuHtas erucago Bunias érucaire.
Stachys annua Épiaire annuelle.
La cuscute crine) est la plus redoutable des mauvaises herbes pour le lin dont elle entrelace et étouffe les racines. Aussi, n'est-il pas rare que la semence soit choisie parmi les graines spécialement resemées, ou les graines conservées deux ans, afin que celle de cuscute soit détruite.
Le jour après la semaille, on se livre à la chasse des taupes dès le lever du soleil , ou deux heures avant son coucher, et Ton continue chaque jour lâchasse. Pendant le mois d'avril, jusque vers le 8 ou le 10 mai, les champs de lin sont abandonnés à eux-mêmes; en mai seulement, quand il n'a pas plu, on commence les arrosages, et jusqu'à la floraison on les continue, à raison d'une irrigation tous les dix jours, si le sol est sablonneux ou repose sur du gravier; et à raison d'une irrigation tous les 12 ou i5 jours, si les terres sont fortes. Au cas même où il aurait plu, il convient d'arroser le lin au moins une fois avant qu'il fleurisse. A peine fleurit-il et les capsules bottole] se forment-elles , que l'on cesse toute irrigation pour empêcher que la floraison continue au détriment de la graine et de la qualité de la fibre (i).
On nettoie le champ aussi souvent que l'exige la propreté des terres, non pas à la binette, ou à la houe, mais à la main et en temps sec. C'est là une des besognes les plus dures qu'impose la culture du lin , d'autant plus que si Ton arrose avant de nettoyer, ou bien, si Ton attend que la terre soit détrempée par la rosée, on court le risque de détériorer la couleur du lin, ou d'empêcher
(1; Sanseverino, loc. cit,, p. 96.
que la plante abattue sur le terrain humide se relève d'elle-même. Aussi, est-ce pendant les heures les plus chaudes du jour, quand le soleil darde en plein, que femmes et enfants se livrent au sarclage du lin.
Pour ce travail pénible, comme pour la récolte qui consiste dans Tarrachage des plants à deux mains (du 20 au 3o juin) et pour Tégrenage, la famille des paysans reçoit en nature un quart de la graine nettoyée (i).
La variété cultivée comme il vient d'être dit, est celle de printemps {nostrale ou mar^uolo)^ semée en mars, mûrissant fin juin, suivie, d'après Tusage et les localités, par le mais quarantain ou le millet. Une autre variété également cultivée est celle d'automne, dite invernengo ou ravagno, récoltée à la mi-juin et suivie du maïs agostanello. Cette dernière, très épuisante pour la terre, exige beaucoup d'engrais et n'en fournit pas pour le fumier de l'année suivante. Les mûriers ne rendent pas autant dans les champs cultivés en lin d'hiver que dans ceux en lin d'été. Pour un rendement plus élevé en graine et en filasse de moins bonne qualité, ou de qualité plus grossière, le lin d'hiver soufifre de l'absence de pluie au printemps, des brouillards et de la gelée en hiver, tandis que le lin d'été n'est sujet à aucune des intempéries du moment où il peut être arrosé à partir de mai jusqu'à sa floraison (2).
On compte comme production du lin d'automne sur une moyenne de 5,ooo kil. par hectare, tige et graine, rendant de 1 5 à 16 hectolitres de graine et de 270 à 3oo kil. de filasse. Le lin de printemps donne 3, 000 kil. par hectare , tige et graine , sur lesquels 7 à 8 hectolitres de graine et i3o à i5o kil. de filasse (3).
(i) Marenghi, Inchiesta agraria, loc. cit. (2) Sanseverino, loc. cit,,p, 10 1.
(3} Cantoni, loc. cit.f p. 12.
Bolonais. — Le chanvre exige une terre forte, argileuse, à couche épaisse d'humus, bien ameublie et fumée, mais humide et abritée des vents. Quand il y a excès d'humidité, l'absorption des eaux est facilitée par les labours profonds et les amendements sablonneux.
Dans le Bolonais, après trois labours dont le premier suivi d'une fumure énergique, on dresse le sol, avant décembre, en planches de 2 mètres environ, séparées par un sillon profond. Au printemps, on fume de nouveau et on sème en mars. On sarcle quand le chanvre est levé suffisamment, et on arrose régulièrement si la planche est exposée à souffrir de la sécheresse.
Les engrais liquides, distribués à l'aide de pompes aspirantes et foulantes, sont très employés.
Calabre. — Dans la Calabre (Reggio), on choisit pour la culture du chanvre des terres riches , profondes et fraîches, bien nettoyées et abondamment fumées. Quand les plantes commencent à se développer, on sarcle et on arrose les compartiments par submersion (i).
Le lin s'arrose en hiver dans l'arrondissement de Cortaie; l'eau des rivières dans cette saison n'est soumise à aucune redevance (2).
Sicile. — Le chanvre de Sicile est arrosé abondamment tous les quinze jours à partir de la mi-mai jusqu'en août.
Le lin de printemps est arrosé deux ou trois fois, seulement par infiltration. A Palerme, on cesse les arrosements avant la floraison pour ne pas ramollir les tiges et nuire à la formation des graines.
France. — Le plus grand obstacle à la culture du lin, dans une bonne partie de la France, c'est la scche-
'11 De Marco, Inchiesta agraria, loc. cit.
(2) A. Cefaliy Inchiesta agraria; memoria, vol. IX, fasc. 11.
i5o LES IRRIGATIONS.
resse du printemps. Sur un sol susceptible d'être arrose par submersion ou par infiltration, on pourrait regarder comme assurées les récoltes des linS de mars. Sur les terres légères non arrosables, les pluies venant à manquer, le lin est souvent si court qu'on doit renoncer à en tirer parti. D'autre part, dans les contrées du nord où les fonds sont disposés à retenir l'eau outre mesure, comme dans les Flandres, on sépare les planches par de petits fossés d'écoulement, afin d'éviter l'excès d'humidité,
Espagne. — Dans les plaines de Valence , comme dans celles de Barcelone, le chanvre semé au mois de mars, se récolte en juillet après quatre arrosages abondants.
Les chènevières de la vega de Bejos , sont installées en planches horizontales de i à 2 mètres de largeur, sur 3o à 40 mètres de longueur, séparées par des banquettes , avec un chemin de crête servant de communication pour vaquer aux diverses opérations de la culture. L'arrosage donné par submersion a surtout pour objet de maintenir le sol à Tétat humide et frais.
On ne récolte le chanvre en septembre, après floraison, que lorsqu'il doit porter graine; mais c'est au détriment de la qualité de la fibre (i). De fin mars à la mi-juillet, il a reçu quatre arrosages.
Dans la vega du Jalon, le lin se sème au commencement d'avril, après que l'on a donné trois labours sur jachère, dont le premier en septembre, le second en mars, et le troisième aux premiers jours d'avril. La graine enterrée à la charrue, on arrose tous les 8 jours; le nettoiement ne s'opère après arrosage que lorsque la plante a un pied de hauteur. On récolte en avril.
(i) r.lauradù, /oc. ci/.,t. I, p. \oCu
LES IRRIGATIONS. i5i
Japon. — Le chanvre est cultivé, au Japon, dans les vallées submersibles où Ton exploite également les nz\ères. Les mêmes engrais que pour le riz, consistant en tourteaux de navette ou d'huile de poisson, en litière de paille, en varechs et engrais humain, sont enfouis avant les semailles.
On sème en lignes, avec 0^,40 d'intervalle, à Taide du plantoir; dès que les plants sont levés, on bine, et on distribue à deux ou trois reprises par mois de Tengrais liquide au pied de chaque plant. On submerge un certain nombre de fois, à Taide des fossés qui entourent les chencvières. D'après Capron, les chanvres ainsi cultivés sont les plus beaux que Ton puisse voir, sous le rapport de la longueur, de la finesse, du brillant et de la résistance delà fibre (i).
Le lin est obtenu sur les mêmes terrains que le chanvre, et dans les mêmes conditions desupériorité, moyennant des engrais et des arrosages. Les deux plantes textiles sont cultivées dans l'assolement et ne reviennent pas deux années de suite sur le même sol.