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Saugur

Quoique la plupart de ces variétés donnent une fibre d'une finesse remarquable, elle est toujours courte et assez mal préparée. On a fait observer avec raison que le coton indien n'est pas à comparer avec celui à longue soie des États-Unis; c'est une autre fibre, qui exige un traitement distinct et des emplois différents dans la fabrication. Les causes principales de l'inégalité des

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cotons indiens réside dans les procédés de culture et notamment dans le défaut d'engrais , comme aussi dans l'indolence du cultivateur indigène qui fait du coton uniquement pour payer le loyer des terres qu'il occupe.

Depuis i83o, l'administration britannique a fait de louables tentatives pour introduire d'autres variétés, ou plutôt d'autres espèces; en première ligne, le Gossypium barbadense qui fournit les longues soies de Géorgie, ou de la Nouvelle-Orléans. Ces tentatives, grâce à la création de fermes-modèles sur un grand nombre de points dans les districts producteurs, et à la persévérance des agents du gouvernement, n'ont pas été sans porter des fruits. Si, d'une manière générale, les cotons longue soie, importés dans l'Inde, ont dégénéré, on peut dire qu'ils ont pleinement réussi dans le Dharwar (Bengale), dans les fermes du gouvernement à Coimbatore (Madras), dans le Mysore , et dans les exploitations particulières de divers Rajahs.

Le climat ne convient pas partout, semblerait-il, à la maturation du coton d'Amérique, malgré une chaleur plus intense dans l'Inde qu'aux États-Unis; mais on dispose de l'irrigation , et il n'est pas douteux que lorsque les grands canaux auront été achevés, permettant de rendre irrigable une plus grande étendue de terres, la culture cotonnière puisse recevoir un très grand développement, d'autant plus que la population est abondante, sobre et fournit la main-d'œuvre à très bon marché. Ce dernier point est d'une importance capitale : car, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, où la cueillette commencée en octobre et terminée au plus tard en décembre, se fait en quatre ou cinq fois, dans l'Inde, oti Ton ne peut pas compter alors sur une courte période de temps beau et sec , il faut opérer quinze ou

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vingt fois dans les champs, avant d'avoir recueilli toutes les capsules (i).

Egypte. — La culture du coton n'a pris une grande extension en Egypte, comme culture d'été, que depuis la guerre de sécession d'Amérique. Elle se fait surtout dans la basse Egypte, bien qu'elle se soit développée au nord de la région irriguée par le canal Ibrahimieh, dans la province de Beni-Souef. C'est d'ailleurs une culture coûteuse , car le moment oti elle exige le plus d'eau est précisément celui oii l'eau des canaux est la plus basse et la sécheresse plus grande.

Le cotonnier annuel végète pendant sept mois environ. Il se sème en mars , ou dans la première quinzaine d'avril, et se récolte fin septembre, ou dans la première quinzaine d'octobre. Pour fleurir et mûrir, il exige une température de 3o à 40 degrés centigrades ; quand elle s'abaisse au-dessous de i5 à 20 degrés, la maturité est compromise.

On cultive trois qualités de coton :

I* Le Hachmouni brun ^ longue soie, qui donne la meilleure graine ;

2° Lt Bahmia Hachmouni^ longue soie également;

3° VAbbiat blanc, courte soie.

Une variété supérieure, intermédiaire entre THachmouni et l'Abbiat, dénommée Gallin^ se cultive également dans quelques localités* Le coton blanc du Dakalieh (province de Mansourah) est longue soie.

L'irrigation par les moteurs primitifs est la meilleure, car elle réunit le bon marché à l'efficacité, tandis que par la machine à vapeur, qui n'est pas à la portée de tous, ks frais sont très élevés et l'irrigation n'est bienfaisante

(i) Vilmorin, les Produits non alimentaires. Rapports du jury ^ 1881, p. 18.

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que si l'eau du Nil tient encore du limon. Le sol homogène de toute la vallée , est formé d'alluvion reposant sur un sous-sol sablonneux dont Tépaisseur varie de 3 à 6 mètres; la multiplicité des cultures ne tardant pas à épuiser son pouvoir fertilisant, si l'eau s'appauvrit aussi, il faut recourir à la fumure. C'est pour cette raison, dans les propriétés particulières du gouvernement où l'irrigation est pratiquée au premier plan sur le parcours des canaux, que le coton arrosé, grâce à Tengrais, et à cause de l'abondance de l'eau du fleuve , donne un rendement bien supérieur à celui que cultivent les fellahs.

Le voisinage du Nil ou des grands canaux, qui rend l'arrosage possible pendant la durée de la végétation du coton, de mars en septembre, donne lieu en conséquence à un mode de culture {mesgawi), bien différent dans ses effets de celui {badli) pratiqué sur les terres hautes, loin des canaux, par les fellahs qui n'ont d'autres ressources que les puits (i).

i^^mode. D'après un des modes de plantation, on donne un premier labour et on laisse reposer la terre jusque vers la mi-février; puis on fait suivre de deux labours, entre lesquels on fume le plus souvent avec du tourteau. Huit jours après le dernier labour, on creuse les sillons espacés de o",75 environ, en leur assigant une longueur de 8 à 10 mètres, pour que l'eau ne s'y accumule pas.

La graine trempée dans l'eau pendant une heure, puis maintenue fraîche pendant une journée, est semée aux deux tiers environ de la hauteur de chaque sillon, en déblayant le tiers supérieur sur une série de points distants de 3o à 40 centimètres, de façon à former autant de petites cavités. Chaque cavité reçoit 10 à 12 graines que Ton recouvre de terre menue. Au fur et à mesure de

(I) J. Ninet. Revue des Deux-Mondes, 1875.

rensemencement de chaque sillon, on laisse arriver l'eau afin qu'elle s'infiltre de côté, sans atteindre la graine. On n'ensemence que sur la face du sillon orientée vers le soleil.

Aussitôt que les germes font leur apparition, on donne un second arrosage assez faible, qui aide la germination des graines en retard.

Quinze ou vingt jours plus tard, en se réglant sur la température , on procède à un troisième arrosage, après lequel on sarcle sans toucher les radicelles afin de purger le sol des herbes adventices. Le quatrième arrosage suit huit jours après le sarclage, la plante ayant atteint environ o™,io de hauteur. Dès lors, on opère la sélection des plants, en gardant dans chaque cavité les deux meilleurs et arrachant les autres. Si la fumure n'a pas été suffisante , on en profite pour ajouter quelques pelletées d'engrais et butter la terre sur le côté opposé du sillon , au bas des plantes.

Au bout de quinze jours, les feuilles s'étant inclinées faute d'eau, on donne un cinquième arrosage qui ranime la végétation, et Ton arrose désormais régulièrement tous les huit ou dix jours.

Quand la plante a acquis de o",25 à o"',3o de hauteur, il convient de labourer entre deux sillons pour faire disparaître le côté opposé du sillon qui forme alors rigole d'arrosage.

La floraison a lieu de 80 à 100 jours après la germination, mais l'arrosage n'est donné abondamment que lorsque les capsules sont formées; on peut même inonder alors les champs afin de favoriser la maturation avant les froids. La plante atteint une hauteur moyenne de i'",3o.

Le rendement par ce mode de culture, équivaut en moyenne comme coton égrené net, fort, souple, fin et long à :

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3 à 4 kantaras (i) par feddati (2) Hachmouni, soit 32o à ^2^^ par hectare. 4a 5 — — Bahmia, soit 428 à 534" —

5à6 — — blanc, soit 534 à 642* —

Cette production correspond à deux tiers en poids de graines noires, inodores, huileuses, de bonne qualité; en même temps qu*à un travail des terres exigeant des bras, des bestiaux ou des machines, et des soins assidus d'entretien .

2** mode, — Quand on dispose de peu d'eau , il faut sacrifier sensiblement la quantité et la qualité de la récolte. On inonde alors le champ en janvier, au lieu de le labourer, et on laisse la submersion se prolonger pendant i5 ou 20 jours. Avant les semailles, on donne deux labours en sol encore humide, puis on trace les sillons ou rigoles, sans les creuser comme dans le premier mode ; enfin , on ensemence après avoir fait des trous au fond desquels la graine recouverte est arrosée à la main.

On laisse dès lors la germination se développer naturellement et toutes choses en état jusqu'à l'arrivée des eaux du Nil, c'est-à-dire pendant 5o ou 60 jours. Si les graines n'ont pas levé dans un certain nombre de cavités, on resème en attendant.

Dès que les eaux arrivent dans les rigoles, le second mode ressemble au premier, mais les résultats de la culture sont bien inférieurs. On les estime à moitié de ceux indiqués plus haut; les produits sont plus blancs, mais plus faibles et de moins bonne qualité.

Dans les deux systèmes de culture mesgawi et badli^ la seconde cueillette suit de quinze jours la première. On coupe alors la plante et on dispose le terrain pour les fèves, la berce ou le froment.

L'arrosage doit se pratiquer, règle générale, quand la

(0 Le kantara pè^ 4b kilogrammes.

(2 Lt /edJ an couvre 42 ûT es.

plante montre qu'elle souffre faute d'humidité ; mais il faut éviter soigneusement d'irriguer pendant la période de brouillards des mois de septembre et d'octobre, qui empêchent le coton de mûrir.

Comme engrais, le tourteau de coton est le meilleur. Les plâtras, mélangés aux fientes d'oiseaux, qu'emploient les fellahs, n'ayant pas d'argent pour se procurer du tourteau, sont un engrais plutôt nuisible, car il force la germination en faisant pivoter la plante dans le sol insuffisamment détrempé, sans pouvoir plus tard la nourrir. La semence de qualité inférieure qu'ils utilisent par motif d'économie, fournit également de médiocres récoltes.

Dans les notes inédites qui nous ont été remises par M. Grandeau sur la culture du coton dans la vallée du Nil, il n'est point question de la spécialité créée à l'aide de la race dite jutnel (i), qui ne peut pas être exactement remplacée par les qualités que fournit l'Amérique. Cette race que le botaniste Todaro considère comme une variété du coton longue soie Gossypium barbadense ^ ou maritimum)^ et qui reçoit le nom de Gossypium vitifolium^ se distingue du Sea-Island par la teinte rougeàtre de ses tiges, de ses rameaux et du pétiole des feuilles, pointillé de noir; les fleurs sont jaunes; les capsules à trois loges, avec coton blanc; la graine noire et lisse se débarrasse facilement des fibres textiles et conserve sur une partie de sa pointe un duvet velouté, adhérent (2). Le Jumel ou mako se rapproche sans doute de l'Hachmouni.

, (Il Le nom de jumel vient du voyageur qui introduisit cette variété en Egypte. (Hardy, Manuel du cultivateur de coton, Alger, i856.) \i) Berti-Pichat, lac, cit., et Vilmorin, loc, cil.

Quant au coton Bahmia, découvert accidentellement, il y a peu d'années , et qui a nom de gombo en Egypte, il semble former également une variété pyramidale ou fastigiée du Gossypiutn barbadense (Sea-Island). Les qualités du produit sont à peu près celles du coton jumel moyen; seulement, comme Ta fait valoir le savant M. Naudin (i), il résulte de la modification de port, que les plantes de coton Bahmia gagnent en hauteur ce qu'elles perdent en largeur et qu'on peut en cultiver un plus grand nombre sur un espace donné de terrain. Les planteurs égyptiens évaluent ce surplus à un tiers. Si cette variété a été recommandée pour l'Algérie, elle n'a pas trouvé même accueil auprès du professeur Todaro, de Palerme (2) qui pense que l'Italie doit se borner à la culture des Gossypiutn herbaceum et hirsutum, en laissant celui du Sea-Island , avec sa variété le Bahmia, à la terre classique du coton, les États-Unis.

Quand il n'est pas arraché {okkre)^\t coton d'Egypte donne à la seconde année des produifs détestables. En le coupant à ras du sol, pour y semer de la luzerne, et l'inondant, le fellah obtient bien deux récoltes, une de fourrrage et l'autre de coton; mais cette dernière par ce troisième mode de culture, consiste en un coton court, sec et cassant, en quantité réduite.

Algérie. — La culture du coton a été essayée en Algérie avec plus ou moins de succès, sur un grand nombre de points de la colonie. En 18 56, la statistique établissait que le coton occupait 2,000 hectares environ, dont 100 dans la province d'Alger, 800 dans la province de Constantine et 1,000 dans la province d'Oran. C'est, en effet, dans cette dernière province que le coton,

(i) Acad. des sciences. Comptes rendus. 1877.

(2) Relaiione sullacoltura det cotoni in Italia, 1878-1879

dès le commencement, a le mieux réussi, grâce aux irrigations des plaines de l'Habra et de la Mina qui s'étendent du Tiélat à Orléansville, le long de la voie ferrée reliant Oran à Alger. Le coton y trouve dans les imprégnations salines du sol d'alluvion, de bonnes conditions que développe Tirrigation (i). Ailleurs, là où régnent la sécheresse et le sirocco, les plantations en terrain sec, dont le sous-sol n'est pas suffisamment humide, ou que des binages réitérés n'entretiennent pas, ne peuvent pas résister.

La dernière statistique agricole contenant les résultats généraux de l'enquête décennale de 1882, ne fait plus mention du coton en Algérie, alors qu'il est indiqué pour les autres possessions coloniales de la France, parmi les cultures industrielles de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Cochinchine. Il semblerait ainsi que l'irrigation n'a pas été seule à limiter le développement d'une culture sur laquelle on avait fondé, il y a vingt ans, les plus grandes espérances, et que les conditions économiques ont mis fin à des efforts et à des sacrifices considérables dont il ne reste plus que le souvenir. Malgré les deux conditions essentielles remplies par le climat et le sol des basses plaines algériennes, l'irrigation, d'une part, absolument indispensable pour des terres qui ne reçoivent pas une goutte d'eau depuis mai jusqu'en octobre, et les circonstances économiques liées à celles des transports , n'ont pas permis à la production de soutenir la concurrence commerciale des cotons exotiques.

D'après les essais faits sur la ferme-modèle d'Arbal province d'Oran) pour régler les questions de largeur à donner aux planches, de profondeur des rigoles, de

(i) Joum, agric, prat.y 1857, t. XXVII, p. 12.

quantités de semences à mettre par poquets, d'espacement des poquets, etc., la culture exigerait de lo à 12 arrosages pour amener à maturité le coton longue-soie.

Avec des rigoles espacées de i mètre à i",25; la plantation se trouvant à proximité de la prise d'eau, le volume nécessaire à l'irrigation d'un hectare est compris entre 900 et 1,000 mètres cubes d'eau par arrosage, soit, comme volume total, entre 10,000 et 12,000 mètres cubes.

Les terrains qui donnent la meilleure longue-soie, doivent au sel leur action spéciale sur la qualité. Aussi , les terres salées des plaines du Mléta, du Sig, de PHabra et de la Mina lui conviennent-elles parfaitement. Dans la banlieue d'Oran , les bons résultats de la culture du coton Sea-Island ont été attribués aussi à la présence du sel dans Teau d'arrosage que les norias élèvent. La terre étant parfaitement ameublie et nivelée , on la divise en planches de i mètre à i™, 2 5 de largeur, à Taide d'une charrue à double versoir, ou de l'ancien araire espagnol qui ouvre les rigoles à une profondeur de o",2o à o«»,25. On ensemence vers la mi-avril; la graine a été mise à tremper pendant 24 heures dans l'eau oti elle s'est gonflée, puis exposée au soleil sous une enveloppe de laine. Une fois l'eau introduite dans les rigoles pour donner à la terre le degré voulu d'humidité, on pratique les poquets sur l'un des côtés de chaque rigole; leur largeur est de o",o8 à o™,io, et on y dépose de 1 2 à 1 5 graines germées que l'on recouvre de o",02 à o™,o3 de terre fine. Chaque poquet est distant de o",5o à o™,6o, de façon à obtenir de 12,000 a i5,ooo paquets à l'hectare.

La levée s'opérant rapidement, dix jours après la semaille, on remplace les plants manquants et Ton donne un second arrosage qui favorise la levée des retarda-

taires. Un léger binage suit autour de cliaque poquet, puis un sarclage des mauvaises herbes, et dès lors Tarrosage se poursuit tous les 9 à 10 jours. Vers la fin de mai on donne un second binage.

Quand les jeunes plants ont atteint de o™,i2 à o",i5 de hauteur, portant une ou deuxfeuillesnon compris les cotylédons, on pratique l'éclaircie aussitôt après un arrosage; et quand ils ont de o",i5 à o°,2o de hauteur, on ne laisse plus qu'un plant sur trois, le plus fort et le mieux placé. Après la mi-juin, on n'arrose plus que tous les quinze jours, jusque vers la fin d'août. Dans Tintervalle on donne un troisième binage et on écime deux fois.

Toute irrigation cesse, à moins d'un sirocco violent, à la fin d'août, car toutes capsules nouvelles avorteraient en retardant la maturité des anciennes (i).

Une condition essentielle de succès est de n'ensemencer que la surface pour laquelle on dispose d'eau en quantité suffisante. Un hectare de cotonniers auquel on a prodigué Teau dans les premiers mois pour activer la végétation, donne un bénéfice net plus élevé que celui de deux hectares auxquels on aurait économisé rirrigation.

Si la province d'Oran a pu continuer plus longtemps que les autres à récolter et à exporter quelques cotons, c'est qu'elle a adopté la variété de Géorgie, toujours recherchée et payée plus cher par l'industrie; mais comme l'Inde anglaise, l'Algérie ne pourra maintenir une production en qualités communes, que si la proportion des terres irrigables est étendue, et l'eau mise à bas prix à la disposition de la culture.

L'emploi de la main d'oeuvre indigène, à l'aide de l'association des familles arabes et des capitaux euro-

iO A. Kaindler, Culture du coton; Joum. agric.prat,, 1863, t. II.

péens, eût permis de stimuler la production, grâce aux bas prix des salaires; mais les expériences de cette nature dans l'arrondissement de Bône n'ont pas plutôt réussi que la crise américaine cessant, le marché est devenu inabordable pour les cotons algériens (i).

Suivant de Tchihatchefif (2), on peut considérer cette intéressante branche de Tagriculture algérienne comme éteinte, à moins qu'on ne parvienne à y introduire la race Bahmia découverte en Egypte. Malgré ce qu'en pense l'éminent voyageur, la question de race est bien secondaire par rapport à celles de l'irrigation et de la main-d'œuvre.

Italie. — La culture du coton est très ancienne en Sicile et en Calabre. Jusqu'au dix -huitième siècle, elle fleurit dans la plaine de Terranova, dans les provinces de Syracuse, de Cataneet de Palerme. On cultivait encore le cotonnier à la fin du siècle dernier dans la Calabre, à Catanzaro, à Gava, et les principales filatures se trouvaient à Marsala , à Trapanî et dans l'île de la Pantellaria (3).

Lors du blocus continental, pendant les guerres du premier Empire, le commerce maritime étant entravé avec l'Angleterre et avec l'Amérique , la culture prit un nouvel essor; l'exportation ne tarda pas à s'élever à 3o,ooo balles, au lieu de 1,000 oti elle s'était arrêtée. La production se maintint quelques années, mais de Gasparin qui a vu d'assez grandes plantations sur le Simeto, et près d'Aderno, constate que « le produit médiocre est incapable de soutenir la concurrence des cotons étrangers. Malgré les droits de douane, la chétive

(1) Algérie; Catalogue spécial^ 1867.

(2) De Tchihatcheff, Espagne, Algérie et Tunisie, 1880, p. 68.

(3) Barîcis, Briefe ûber Calabrien und Sicilien, III, 25 1.

fabrication de cotonnades indigènes avait de la peine à se soutenir » ^i).

Mariano de Michèle rendant compte des cultures du coton ^1840-46) à Signora, aux environs de Termini, dit qu après Tensemencement la première irrigation s'effectue à la tin d'avril, ou au commencement de mai, quand le temps est sec et chaud, dans le but de faciliter la germination (2). Le mode d'arrosage par submersion est écarté à cause du refroidissement que la plante et le sol éprouveraient, et Ton a recours à Tin âltration. Les planches bien nivelées , entourées de petites banquettes suivant les plis du terrain, reçoivent Feau courante dans les fossés, de façon à ce que Thumectation se fasse uniformément.

Après un premier sarclage, la plante ayant atteint o",i5 de hauteur, on donne un second arrosage au commencement de juin. Un deuxième sarclage est suivi d'un dernier arrosage vers la mi-juillet. Le coton entre dès lors en fleurs; il mûrit du mois d'août jusqu'en novembre, où Ton procède à la cueillette.

Le sol de Signora, arrosé par les eaux de la rivière Grande, est plus ou moins argileux; mais dans les sols sablonneux, ajoute de Michèle, un quatrième arrosage est nécessaire, ainsi qu'une fumure abondante. Tandis qu'à Terranova, les cotonniers s'arrosent une seule fois après les semis, sur terrains argileux, riches en principes solubles et humides, à Mazzara où le sol est sablon neux, maigre et sec, on doit arroser tous les i5 jours.

A Mazzara (Trapani), le coton est cultivé depuis plusieurs siècles; les procédés employés actuellement

(I) De Gasparin, Agriculture de la Sicile, Journ. agric. pral., 1839-40,

(2) MarUno de Michèle e de "Sipol'u ConsiJeraiioni di economia ag^raria, PalermOf i863-

ont été décrits par Nicolosi, membre de Tlnstitut agricole de Palerme (i).

La variété de Siam {Gossypium Siamensé est à peu près la seule cultivée. Deux espèces de terrains lui sont affectés : des terrains calcaires, à sous-sol tufeux, qui ont o™,2o d'épaisseur et que Ton arrose à Taide des roues arabes [senie] \ et des terrains plutôt argileux et humides qui longent la mer, le torrent Arena et le lac Cantarro, où Ton n'irrigue pas.

Le sol reçoit cinq ou six labours, mais au moyen d'un araire primitif; puis, on extirpe les racines, les broussailles et les limaces que Ton brûle à la surface, avant de niveler le terrain. On sème à la fin de mars, et pendant tout le mois d'avril, jusque dans la première semaine de mai; les cendres des herbes brûlées ont été préalablement répandues sur le sol.

Deux procédés sont suivis pour les semailles; ou bien on sème à la volée la graine (cocim) que Ton enfouit à la charrue, et Ton dresse après coup les billons [cassidiarï) bordés de leurs fossés d'arrosage ; ou bien Ton ne sème qu'après les travaux exécutés, en poquets creusés sur les bords et sur la crête des billons dont le pied est arrosé.

Après une première éclaircie, les plants sont régulièrement sarclés tous les i5 ou 20 jours jusque vers la mi-mai, sans arroser le terrain, car les racines pénètrent d'autant plus profondément dans le sous-sol, à la recherche de l'humidité nécessaire. Les arrosages se suivent de 8 en 8 jours à partir de la mi-mai , et plus tard, quand le cotonnier est couvert de fleurs et de fruits, de 6 en 6 jours. Au cas très rare de végétation trop luxuriante, on écime les plants.

(i) Angiolo Nicolosi, Coltura del cotone in Ma\^ara, i863.

L'eau élevée par les roues que font mouvoir les mulets

ou les chevaux , se recueille dans des réservoirs {gebbié)

d'oU partent les rigoles d'arrosage. L'irrigation dure

en somme quatre mois, du i5 mai au i5 septembre

lorsque les capsules commencent à montrer leur ouate

blanche. Dès lors, les femmes font la cueillette qui se

prolonge jusqu'à fin décembre, quand le semis a été

tardif.

On évalue le produit moyen par hectare à 3 37 kilogrammes de coton privé de graine. Il pourrait être facilement doublé et son prix de revient abaissé, en modifiant l'assolement, les instruments de labour et de préparation, les machines élévatoires, etc. Mais la brièveté de la saison chaude est une condition défavorable, difiicrie à combattre. La plus grande partie des capsules n'arrivent pas à parfaite maturité; il y a défaut de récolte et de qualité.

Quand la guerre de sécession eut éclaté, le gouvernement italien, sur l'initiative de G. de Vincenzi (i), sénateur et ancien ministre, nomma une commission pour développer par tous les encouragements possibles la culture cotonnière (2). Échantillons de graines, de feuilles, de fleurs, de capsules et de fibres provenant de toutes les espèces de cotons ; des spécimens de machines, etc., furent réunis, classifiés et exposés; des manuels de culture, des journaux spéciaux furent rédigés, et des concours institués par les soins de cette commission. En 1864, 88,000 hectares plantés produisaient 622,896 quintaux; mais en 1873, la superficie en culture était tombée à 34, 5 00 hectares, et le rendement à 180,000 quintaux. A partir de 1874, elle a continué a décliner,

(i) G. de Vincenzi, Délia coltivaiione del cotone in Italia; Rela^ione; Londra, 1863.

(2) Décret royal du 12 mars i863.

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pour s'arrêter à une production qu'utilisent seulement les filatures du pays. Ni la quantité, ni la qualité des cotons obtenus^ moyennant un prix de revient élevé, ne permettent l'exportation; au contraire ritalie, contre 8,000 quintaux d'exportation, importe annuellement plus de 2 5o,ooo quintaux.

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