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LE TABAC

Quoique le tabac réussisse sur toute espèce de terrain, depuis le plus tenace jusqu'au plus graveleux, il se développe surtout dans les terrains meubles et frais. Outre l'arrosement qui est nécessaire quand le sol est sec, jx)ur la plantation, on irrigue le tabac sous certains climats, pour activer sa végétation et obtenir un rendement plus élevé sur une surface déterminée, mais sous les climats moyens, le tabac est une des plantes qui résistent le mieux aux sécheresses prolongées.

En France, le mois d'août excerce d'ordinaire une influence décisive sur le rendement ; c'est pendant ce mois que la plante doit doubler de poids et atteindre à peu près celui qu'elle gardera définitivement; sa végétation a donc besoin alors, plus que jamais, d'humidité et de chaleur. Si ces deux conditions ne se trouvent pas réunies, la première vaut mieux que la seconde (i). Par un mois d'août pluvieux, froid même, le développement se poursuit et dure jusqu'en septembre; au contraire, il est arrêté par la sécheresse, la maturité arrivant avant le temps voulu.

Non seulement les observations des tableaux météorologiques concordent avec la qualité des récoltes, mais aussi avec les taux de nicotine.

(i) Th. Schlœsing, le TabaCy 1868, p. 97.

D'une manière générale, comme les récoltes herbacées et les fruits gagnent en abondance, mais perdent en saveur, quand la saison est humide, on serait tenté de croire que les feuilles de tabac venues sous Tinfluence d'une humidité continue, pluie ou irrigation, doivent tenir moins de nicotine. Les résultats des expériences suivies par Schlœsing démontrent qu'il n'en est pas ainsi, et que le taux de nicotine est loin d'être en rapport direct avec l'intensité de la chaleur des saisons. Les années où les chaleurs d'août ont enrayé le développement des plantations, les récoltes sont les plus faibles, et les taux de nicotine sont les moins élevés.

Du reste, le tabac, comme plante sarclée, trouve dans les façons qu'on lui donne à défaut d'arrosement, et dans les engrais qui lui conservent l'une de ses qualités essentielles, la combustibilité, le moyen de résister aux conditions climatériques trop défavorables. Comme Schlœsing Ta démontré, il emprunte à Tair beaucoup plus d'azote que l'on ne croit, et par conséquent il n'a pas besoin pour prospérer, d'une forte fumure azotée.

France. — la culture du tabac dans les Bouchesdu-Rhône est une de celles où l'eau joue un rôle essentiel. Rétablie par décret, en i856, dans l'arrondissement d'Aîx, elle a d'abord porté sur diverses variétés, à savoir : le Bas-Rhin, le Pas-de-Calais, le Chibly, et le Millefeuille. D'après de Falbaire, la variété cultivée d'abord sur la plus grande étendue, celle du Bas-Rhin, réunit toutes les conditions recherchées par le cultivateur : longueur, largeur, pesanteur des feuilles, et belle couleur au séchoir (i\

La culture se fait d'ordinaire par repiquage, après des semis sur couches froides, effectués en janvier, qui

(ij Enquête agricole 18 66-6-;, 22* circonscription, p. 760.

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fournissent de i,5oo à 2,000 plants par mètre carré. On plante en avril sur terre meuble, bien préparée, profonde, irrigable, de consistance moyenne, de nature alluvienne. Pour préparer la terre, on donne un labour de o'",3o à o",40 en novembre ou décembre, et parfois un coup de louchet dans la raie. L'aaion de Phiver ayant ameubli la terre, on herse, on roule, et Ton fume à raison de 5o,ooo à 60,000 kil. de fumier de ferme, additionné de 3,000 kil. de tourteau oléagineux. Après un dernier hersage, on plante en lignes, de façon à mettre par hectare de 3 2,000 à 3 5, 000 plants de la variété prescrite par l'administration. Pour empêcher l'action nuisible du mistral et des vents violents, on sème avant le repiquage du tabac, du sorgho à balai, à une distance de I mètre. On repique à l'aide de la cheville, en lignes distantes de 6 mètres, sans mouiller le plant, et quand il est bien enraciné, on arrose avec précaution au moyen d'eau courante, sans noyer le pied. Plus tard, on bine , on enlève les feuilles basses et on butte , en même temps qu'on arrose et que Ton bine le sorgho. Quand le tabac est suffisamment développé, on le pince, on l'ébourgeonne et on le classe , c'est-à-dire qu'on ne lui laisse que 10 à 1 2 feuilles par pied; puis on arrose une dernière fois avant la maturité (i). Le tabac des Bouches-du- Rhône, livrable en janvier ou février, est plutôt grossier et peu combustible; c'est celui qui est payé le moins cher par la régie, parmi les tabacs français.

En y comprenant les départements du Var et de Vaucluse, la superficie en tabac irrigué dans la Provence, est à peine supérieure à 200 hectares, pour un rendement compris entre 16 et 18 quintaux ;2\

Dans Vaucluse, les premiers essais de culture du

( 1) Barrai, loc. cit., p. 66.

(2) Statistique agricole de la France; 1882.

LES IRRIGATIONS. iSi

tabac, dirigés par Tadministration, ont confirmé l'appréciation sur la qualité des produits, moins bonne encore que dans les Bouches-du-Rhône : charpente grossière, tissu rugueux, lacéré par le vent; mauvaise couleur; combustibilité médiocre. Ces résultats sont dus à des causes permanentes qui tirent leur origine de la nature du climat et de la composition du sol.

Quelque soin que Ton ait pris d'élever des abris sur les plantations, les tabacs souffrent et les feuilles se déchiquètent sous Tinfluence des vents régnants du N.- E. et du S.-O. La dessiccation elle-même est des plus difficiles, le mistral desséchant les tabacs en vert, malgré la clôture des séchoirs. Aussi ne compte-t-on qu'une cinquantaine d'hectares irrigués dans Vaucluse, avec un rendement moyen par hectare de 17,10 quintaux de feuilles, de médiocre qualité.

Algérie. — En Algérie, les résultats de l'irrigation sur le tabac, ne sont pas moins frappants que pour le maïs, le coton, le lin, etc.

Lorsque le village du Foudouk, dans la Metidja, fut doté de l'irrigation en 1854 par une dérivation de l'Oued- Hamiz, les travaux ayant été payés par l'État, à la charge de remboursement par les colons, 40 hectares furent immédiatement défrichés et plantés en tabac. Le prix de la récolte montant à 5 2,000 francs, il était resté aux colons, déduction faite des dépenses de culture et d'entretien, soit 3oo francs par hectare, un excédent de 40,000 francs qui permit, dès la première année, de rembourser les 17,500 francs avancés en travaux par l'État. La même surface non irriguée, mais cultivée de ia même manière, n'eût donné que les quatre septièmes de la récolte précitée (i).

il) J. Durai, Chronique agricole y Journ, agric.prat., i856, t. XXV, p. i5o.

i8? LES IRRIGATIONS,

Tandis que dans les terres arrosables des provinces de Constantine et d'Oran, le rendement par hectare est de 1 ,400 et de 1 ,200 kil. de tabac, il n'est que de 800 kil. dans les terres sèches de la province d'Alger. Non seulement rirrigation, mais Tespacement des plants, expliquent ces écarts entre les rendements. Dès le mois d'avril, Teau disponible est utilisée pour les cultures, et en octobre, on leur donne les dernières irrigations; c'est surtout lorsque l'arrosage est nul ou peu abondant qu'il convient de serrer les plants pour préserver le sol et les feuilles de l'ardeur du soleil.

Italie. — En Italie, sur une plantation normale, bien conduite, l'hectare renfermant 3o,ooo plants donne un produit de 1,600 kil. de feuilles qui, au prix moyen de 90 francs les 100 kil., représentent un produit brut de 1,400 francs (i). Dans les terres irriguées delà province de Messine, pour un nombre plus élevé de plants à l'hectare, le produit atteint 3,ooo kil.; tandis que dans les terres sèches de la province de Vicence, 3 2,000 plants par hectare ne rendent que 1,800 kil. de feuilles. Il y a donc une notable différence dans la production, du fait de la culture sur les terres irriguées, ou sur les terres sèches, indépendamment du mode plus ou moins serréde plantation que Ton adopte. Pour citer un exemple, les cultivateurs de la province de Syracuse, avec 16,000 plants, obtiennent 2,000 kil. de tabac dans les terres irriguées, et de 600 à 900 kil. seulement dans les terres sèches. Il faut, du reste, ajouter que la récolte ne dépend pas seulement du nombre des plants, mais aussi et surtout du nombre de feuilles que l'on laisse à chaque plant.

La culture du tabac est répartie sur 4,5oo hectares entre les diverses provinces, pour lesquelles lenom-

(I) Commissione cTinchiesta sui tabacchi, 1881.

Ilcndement.

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