Arrosages par submersion
L'arrosage se pratiquant par submersion, au voisinage d'une rivière , ou dans une situation telle que l'on peut faire affluer à volonté les eaux sur les terres parfaitement nivelées, la durée des arrosages est déterminée non moins par l'épaisseur de la couche arable, la nature des matières tenues en suspension, la fréquence des vents, etc., que par les plantes dont les plus délicates par une inondation prolongée finiraient par disparaître, pour faire place à d'autres plus grossières.
Sous les climats tempérés, les submersions s'exécutent à la fin de l'automne et se poursuivent rarement plus de i5 jours, puis la mise à sec ayant duré de 8 à 10 jours pour que la terre se ressuie, on inonde de nouveau, et ainsi alternativement jusqu'au
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printemps. Dès lors, les submersions deviennent moins fréquentes et surtout moins prolongées; elles ne durent plus que de cinq à six jours. Lorsque Therbe a acquis une certaine vigueur, on cesse d'irriguer jusqu'à l'enlèvement du foin; ensuite, on remet Teau pour développer le regain.
Il y a des contrées où la prairie est mise à sec des rhiver, et d'autres où on laisse séjourner Teau le plus longtemps possible pendant les froids les plus rigoureux, afin d'abriter la terre contre la gelée. Boussingault ne se prononce pas quand il affirme que l'adoption de l'une ou l'autre des méthodes dépend /7rofc^Weme/i^ de l'épaisseur de la nappe d'eau disponible. « Si cette nappe n'a qu'une A faible profondeur, dit-il, l'eau gèle jusqu'au sol, et la •t gelée nuit alors aux plantes; mais si Teau est assez prott fonde, elle ne gèlera qu'à la surface, formant à l'égard a de rherbe qu'elle recouvre un véritable écran (i\ » Ainsi, la submersion remplirait trois objets à la fois, en garantissant l'herbage contre les froids excessifs, en abreuvant le sol pour l'époque des chaleurs de l'été, et en l'amendant à la faveur du limon.
Les submersions d'été, opérées le plus souvent avec des eaux limpides, à plein volume, mais pour une durée limitée entre 12 et 24 heures, augmentent très notablement la production herbacée, quand elles sont suivies de grandes chaleurs. Les submersions d'automne ou de printemps, avec une durée de 12 a i5 jours consécutifs, servant à terreauter le gazon, ne sont efficaces que si l'on peut retirer les eaux promptement et partout, à Taidc d'un bon système de drains, ou de rigoles d'écoulement 2).
(i) \'oir tome !• livre IV; Qualités des eaux d'irrigation, p. 37S. (2) G. Heu2é, Journ. agric. prat., i885, t. 11.
En Allemagne, les prairies qui ne peuvent être arrosées par les méthodes ordinaires de déversement, sont submergées, surtout dans le but d'utiliser les pluies et les dégels du printemps, à partir de février. Pour retenir les eaux qui délavent les champs situés aux niveaux supérieurs, on prolonge les raies d'écoulement Jusques dans les prés, à la partie basse desquels on établit en travers de la pente un bourrelet en terre, muni de batardeaux. Si la pente est forte, on dispose plusieurs bourrelets, afin que la surface entière reste submergée.
C'est surtout lorsque la terre est dégelée et que les pluies entraînent avec elles les engrais et les limons des terres en culture que Tcau devient favorable aux herbes. Dès lors la submersion commence, les eaux des fossés étant troubles. Comme les gelées médiocres ne font pas mal aussi longtemps que Teau couvre le gazon, on n'arrête l'arrosement que par un temps doux, et autant que possible le matin, afin que le pré ait le temps de se ressuyer avant la nuit (i).
Schwerz a prescrit, pour les prés inondés, les règles suivantes (2) :
i" L'inondation a lieu en automne, en hiver, et au commencement du printemps.
Du moment où l'herbe commence à pousser, elle ne doit plus avoir lieu, à moins qu'elle n'excède pas une hauteur de o",04 à o'",o5.
2" On laisse l'eau jusqu'à ce qu'on pense que la terre en est complètement pénétrée.
3° Si, par une température chaude, on remarque de l'écume à la surface de l'eau, on doit se hâter de faire écouler l'eau et de mettre le pré à sec. Cette règle est de
(0 Moll. Journ. agricprat., i837-38. t. I, p. 298.
(2) Villeroy et 'S\û\\tT . Manuel des irrigations y p. 223.
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la plus grande importance. Uécume indique un commencement de décomposition putride.
4** La première inondation d'automne, selon que le sol et le sous-sol sont moins compacts et plus perméables, peut durer deux à trois semaines, et même plus longtemps. Ensuite on met Feau, et on Tôte à des intervalles plus rapprochés, jusqu'à ce que l'hiver commence.
5® Une condition indispensable, c'est que le pré soit parfaitement desséché avant d'y remettre l'eau. Ce dessèchement préalable détermine le mom.ent oîi l'on peut de nouveau inonder.
6" Si Ion est surpris par Thiver, et que l'eau se couvre de glace, on la laisse ainsi, et il ne doit pas en résulter de suites fâcheuses. Mieux vaut pourtant que le pré soit à sec pendant l'hiver.
7** La première inondation de printemps peut durer de une à deux semaines, selon la nature du sol. Les inondations qui suivent sont de plus courte durée, et on cesse entièrement lorsque l'herbe commence à pousser.
Voici, d'autre part, les règles très concises que donne Thaer pour l'inondation :
Plus le sol est perméable, plus les inondations peuvent être longues et fréquentes. Plus au contraire le sol est compact , plus les inondations doivent être de courte durée et moins fréquentes.
Par un temps sec, on inonde plus; moins par un temps humide.
Par un temps froid, on peut prolonger l'inondation ; par un temps chaud, on doit la cesser entièrement.