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Arrosages en France

Provence. — Dans la plupart des exploitations de la Provence, les arrosages se font par gravitation. Dans

quelques-unes cependant, non compris les jardins, on a recours pour élever les eaux , aux norias , aux béliers hydrauliques, aux pompes mues par le vent ou la vapeur, etc. Il n'y a de limite à ce mode d'extension des arrosages par les machines, que dans le prix de revient des appareils ou du moteur.

La surface entière d'une terre à arroser étant divisée en tables ou planches , de faible pente , au moyen de billons élevés de o'",2 5, espacés de 5 à lo mètres, et d'une longueur de lo à 5o mètres, on trace horizontalement les rigoles de distribution , en amont des tables et en saillie, de façon que le niveau de l'eau dans ces rigoles se trouve à o™,2o, ou à o'",3o au-dessus de la surface arrosable.

Dans les terrains inclinés, plusieurs séries de tables sont superposées, et les rigoles sont tracées perpendiculairement à la rigole principale d'amenée, afin de pouvoir conduire directement l'eau dans une des séries à irriguer, sans passer par les autres. Comme pour les culturcs autres que les prairies , la pente doit être réduite à I ou 2 millimètres par mètre, les bourrelets qui séparent les parties de niveau reçoivent de o"',5o à i mètre de hauteur, avec un talus de 45 degrés. Pour les prairies naturelles dont la pente peut atteindre jusqu'à o™,3o par mètre, les remaniements nécessités par l'installation des arrosages sont bien plus simples.

D'une manière générale, les canaux d'amenée étant installés au niveau supérieur, on commence à arroser par le haut. Si la pièce est courte, on introduit l'eau par petites quantités à la fois, pour que la terre ait le temps de s'imbiber, sans se désagréger. Quand elle est longue, on donne l'eau à plus fort volume pour qu'elle avance vite. Sur une longueur de 100 mètres, par exemple, on arrête l'arrivée de l'eau à 80 ou 90 mètres:

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le reste s'arrose par l'excédent provenant de lamont, sans qu'il y ait besoin de rigole de colature.

Les rigoles sont le plus souvent pourvues de martelières en pierre, que ferment des vannes, ou des espaciers en tôle, ou en bois; on les purge avant de procéder aux arrosages, et quelquefois même encore en juillet. Avec les eaux claires, les blés, comme les prairies artificielles et les jardinages divers, les haricots, etc., cultivés sur tables, sont arrosés d'ensemble; mais quand les eaux sont troubles, les racines et surtout les tubercules, cultivés sur billons alternant avec des rigoles, ne sont arroses que par infiltration.

Pour la culture du blé associé à la luzerne, la formation de tables àTaide des ados-coussinets que pratique la charrue, à 3 ou 4 mètres de distance selon la pente, et dans le sens le plus favorable à une bonne distribution des eaux , paraît préférable à la méthode des rigoles de déversement, à cause de l'économie de l'eau d'arrosage et de l'utilisation de tout le terrain.

Une autre disposition pour des pièces à double déclivité à mettre en luzerne, consiste dans l'installation de planches diagonales de 3 mètres de largeur, par exemple, sur une inclinaison telle que la perpendiculaire aux deux côtés demeure horizontale. L'eau se distribue ainsi sans se porter sur le côté inférieur (i). Les luzernes réussissent d'ailleurs très bien par planches horizontales , avec une filiole au milieu , répandant l'eau à droite et à gauche, sur une largeur de 3o à 40 mètres de chaque côté. II faut alors creuser une rigole d'écoulement pour enlever l'excès d eau. Dans cette installation la largeur des planches jusqu'au colateur peut varier entre 5o et i3o mètres, suivant la nature des terrains.

(I) Terre de Pont-dc-Jouquiers, commune de Séguret, Vauclusc.

Les prés sont toutefois arrosés plus ordinairement par compartiments, comme il a été dit. Les domaines irrigués de la Darcussia (Marseille) et des Pigeolets (Vaucluse) donnent une idée de la division adoptée pour les terrains soumis à l'arrosage en Provence (i).

Limousin. — Dans le Limousin, on arrose les prairies pendant tout Thiver. Dès la fin d'avril et en mai , Ton ne fait que des arrosages de nuit, et Ton ne suspend les irrigations, quelques Jours avant la fauchaison, que vers la fin de mai. Comme on le sait, les eaux qui ne sont pas dérivées directement des ruisseaux ou des rivières^ proviennent surtout des sources, des nappes souterraines, des drainages, etc., que l'on recueille dans des pêcheries ou réservoirs (2). Trois systèmes d'arrosage sont employés parfois simultanément, dans la Haute- Vienne, suivant la configuration des terrains, à savoir : le rigolage par déversement et à reprise d'eau pour les coteaux ; les planches séparées par des fossés d'assainissement pour les bas-fonds à tourbe; et la submersion pour les terrains plats que bordent des ruisseaux.

Si les coteaux sont dominés par une rigole alimentaire assez abondante, une prise d'eau pratiquée tous les 40 mètres permet , moyennant de petites branches étagécs qui forment épi ou aile de fougère, de déverser dans l'une ou l'autre des branches l'eau qui inonde régulièrement la zone respective.

Dans les prés de fonds, la longueur et la largeur des planches sont réglées d'après le relief du terrain; bien que la largeur dépasse rarement 3o mètres. Pour ménager Teau, il arrive que Ton pratique parallèlement aux fossés d'assainissement des rigoles peu profondes des-

(i) Voir livre XI, îl vi.

(2) Voir tome I, pp. 41 et 432.

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tinées à recueillir l'eau excédente et, par des obstacles, pierres ou gazons, à la faire refluer dans les raies d'arrosement qui sillonnent chaque planche, afin qu'aucune partie comprise entre deux rigoles ne soit privée d*eau. C'est une nappe de o",oi à o™,o2 d épaisseur, toujours en mouvement, fonctionnant avec régularité et arrivant a Textrémiié inférieure de chaque planche presque aussi abondante qu'à la partie supérieure, saut les pertes dues à rinfiltration et à l'évaporation.

La submersion, enfin, a lieu par prises directes sur les ruisseaux dont les eaux , au moyen de rigoles spéciales, s'écoulent sur chaque compartiment. Si Teau des ruisseaux n'est pas au niveau nécessaire pour la submersion, on pratique des dérivations qui Télèvent et permettent de limoner les terres tourbeuses.

En hiver, les irrigations par déversement sont assez continues et abondantes pour que Teau circule en nappe, et que la congélation soit seulement superficielle dans les grands froids; le gazon est alors suffisamment garanti de la gelée. Au moment de la végétation, au contraire, les irrigations durent d'autant moins que la température est plus élevée et que le gazon est plus épais, pour qu'il puisse profiter jusqu'aux racines de la chaleur solaire (i).

Une installation spéciale consiste à recueillir pour rirrigation les eaux des nappes souterraines, par des tranchées de 3 à 4 mètres de profondeur, dans lesquelles on établit de forts aqueducs, ou bien des galeries souterraines (dites renards, suivant l'expression du pays). Pour ces galeries, on procède par un puits de 4 à 5 mètres de profondeur, et on creuse comme dans les mines, en suivant la direction indiquée, un tunnel voûté qui a de 0^,90

(I) Ferme-école de Chavaignac; arrondissement de Limoges.

lu LKS IRRIGATIONS.

à I mètre d'élévation sur o",6o de largeur, et une longueur variable de 20 à 3o mètres. On fait aboutir chaque galerie dans des pêcheries d'une dimension calculée de manière qu'on puisse les vider par éclusée de 24 heures (i). Pour une contenance qui varie de 3o à 800 mètres cubes, le temps que mettent les pêcheries à se remplir, varie entre 20 et 96 heures (2). Les rigoles établies à fleur de terre et suivant la pente, sont en nombre considérable pour la distribution, on les ouvre rapidement à Taide de la charrue ordinaire.

Auvergne. — Les pâturages de la Limagne, qui dominent dans la haute montagne spécialisant le nom de montagne, sont riches et légumineux sur les sols calcaires et volcaniques, mais clair-semés et secs sur les sols granitiques dont Tarrosage est indispensable. Les narses où croupissaient naguère les eaux des sources, sont aujourd'hui assainies pour la plupart et les eaux servent à l'irrigation des prairies sèches soigneusement nivelées.

Les arrosages se font par rigoles en pente douce venant de la source ou du ruisseau et déversent d'étage en étage. Les montagnards tracent fort habilement les rigoles à vue d'œil, sans recourir au niveau. L'eau est donnée à peu près en tout temps, sauf pendant les fenaisons et le pacage, qui a lieu au printemps. Les prés et pâtures ne sont fumés qu'avec des purins d'écurie.

Les jasseries du Forez comprenant vingt ou vingtquatre têtes de bétail, sont établies au-dessous des réservoirs des sources, de façon que Teau puisse entraîner dans un caniveau central toutes les déjections et les purins des animaux, quand ils sont en pâturage. Les

(1) Voir tome I, Sources en montagnes, p. ^.29.

(2) Terre de Veseijc; canton d'Aixe.

eaux rendues ainsi fertilisantes sont répandues proportionnellement sur les prairies. L'herbe est en partie fauchée en vert, et en partie, mise en foin sec pour le début de Tété. Quand les sources sont abondantes, plusieurs Jasseries se groupent à petite distance les unes des autres (11.

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