LA CANNE A SUCRE
La canne exige d'une manière générale pendant sa végétation, des soins d'entretien nombreux, à savoir : le remplacement des boutures qui n'ont pas réussi; le sarclage pour détruire les mauvaises herbes, ameublir la terre et combler les trous; l'arrosage de la surface cultivée; puis des irrigations par infiltration, aussi fréquentes que de besoin, jusqu'à la saison des pluies; des binages; des battages, quand les cannes ont un mètre de hauteur, que l'on renouvelle à 20 ou 1 5 Jours d'intervalle; enfin pendant les pluies, l'effeuillage des cannes vigoureuses (2^.
Trois variétés principales de canne à sucre sont cultivées dans les pays originaires ; la canne créole, venant de rinde, qui s'est acclimatée en Sicile, en Espagne, dans les Canaries et les Antilles; la canne de Java dont le vesousert surtout à la fabrication du rhum, et la canne de Taîtiqui a gagné l'île de France, Cayenne, la Martinique, les Antilles et la terre ferme (3). Cette dernière variété, de beaucoup la plus vigoureuse et la plus riche en sucre, n'a pas subi de dégénérescence, comme la canne créole, malgré le fait de sa transplantation en Amérique,
(i) Horace Capron ; loc. cil,
(2) G. Heuzé, loc. cit.,X, II, p. 223.
(3) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxialcs, t. V, p. loo.
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sauf après une culture prolongée dans des terrains peu profonds, qui ne sont pas irrigués.
Les terres meubles, riches, lorsqu'elles ne manquent pas d'une certaine humidité, conviennent le mieux à la canne; la plante souffre dans un sol argileux qui s'égoutte difficilement.
Dans les localités d'Amérique où l'irrigation est possible, il n'y a pas d'époques fixes pour la plantation des boutures; on l'exécute tous les mois de Tannée. Dans celles oti l'arrosage est impraticable, on guette comme pour le coton, l'indigo, etc., Tépoque oii, d'après l'expérience, on peut compter sur l'arrivée prochaine des pluies. L'espace qu'il convient de laisser entre chaque plant dépend surtout de la fertilité des terres. Dans les sols propices, la distance entre les lignes étant de i mètre, les pieds sont espacés de o",5o.
Les boutons {ojos) se montrent hors du sol après quinze ou vingt jours; on remplace alors ceux qui n'ont pas réussi; on sarcle, et on arrose toute l'étendue cultivée. Les irrigations se font par infiltration; on les répète souvent, mais à des doses modérées jusqu'à la saison pluviale, en continuant les binages, si cela est nécessaire (i).
Dès que les cannes ont atteint un mètre de hauteur environ, on les butte deux ou trois fois, à 20 ou 2 5 jours d'intervalle, pour leur donner plus de solidité et séparer nettement les lignes par des sillons qui rendent les arrosages plus faciles et concourent à l'assainissement.
Vers le neuvième mois qui suit la plantation, la canne commence à se dépouiller; il ne lui reste plus qu'un bouquet de feuilles terminales; la floraison a lieu communément au bout de douze mois, et la maturité trois mois
(i) Boussingault. iiconom/f rifrj/e, t. I, p. 260.
plus tard. La durée de la végétation dépendant surtout du climat, de la nature du sol et de la fumure , la récolte se fait, tantôt avant la floraison, tantôt après; au bout d'un an, ou au bout de quinze mois.
La température moyenne de 2 5**, 6 correspond à la maturation en 12 mois, tandis que celle de 19^2 correspond à la maturation en 16 mois, d'après les observations faites par Codazzi, au Venezuela, sur la canne de Taïti (i).
Dans les grandes plantations labourées à plat, la division du terrain a lieu par carrés de 80 à 100 mètres de côté, dont l'on récolte les cannes à diverses époques successives. Les raies destinées à recevoir les boutures et les engrais sont ouvertes à la charrue.
Alvaro Reynoso, dans son Essai sur fa culture de la canne, auquel il a donné pour épigraphe : « la caha es planta deregadio (2) », a démontré scientifiquement la nécessité d*arroser la canne dans Tîle de Cuba. La plupart des plantations, selon lui, exigent au moins tous les 10 jours une irrigation correspondant à 1000 mètres cubes d'eau par hectare (3). La seule précaution à observer est d'arroser matin et soir.
Mexique. — On cultive au Mexique plusieurs variétés de cannes à sucre : 1® la canne officinale [Saccha^ rumofficinarum) ou cana criola, canne créole, qui mûrit au bout de i5 à 16 mois et produit un jus très riche en sucre; 2" la canne à sucre de Taïti, ou canne de la Havane, qui mûrit au bout de 9 mois; elle est plus riche en jus sucré que la précédente; mais le sucre est de qualité inférieure; cette culture est la plus répandue; 3" la canne violette, ou de Batavia, qui sert à la distillation.
{i)Coàzzz\. Resumen delà geografiade Venezuela, p. 141. (2jt J^ canne est une plante des terres irriguées » : Ensayo sobre el cultivo de la cana de a^ucar, 3* edicion, 1 878. (3) A. Reynoso, loc, cit., p. 23i.
i88 LES IRRIGATIONS.
Les travaux de culture sont longs et dispendieux; ils consistent en plusieurs labours consécutifs, en sarclages, enbuttages, et surtout en irrigations. La canne est plantée par boutures; elle mûrit lo et i5 mois après sa plantation, suivant la nature du sol, Texposition, les arrosages et la variété cultivée (i).
Guyane anglaise. — Les plantations d'après un plan uniforme qu'introduisirent les Hollandais dans la Guyane, sont comprises à Essequibo et Demerara, entre des bandes rectangulaires de terrain dont la façade bordée par la plage maritime, parles rivières ou les canaux, présente de 3y5 à i,i25 mètres de longueur. Chaque plantation est limitée par quatre digues; celle de face qui la protège contre la mer, le cours d'eau ou le canal; celle d'arrière, parallèle à la première, qui retient les eaux susceptibles d'inonder la plantation du côté des terres, et deux digues transversales à angle droit. Chaque digue porte sur la crête un chemin qui permet de faire le tour de la plantation.
Les transports se font par eau sur les deux canaux bordant la digue centrale, menée perpendiculairement de Tarrière à l'avant du rectangle, et débouchant dans la mer, la rivière ou le canal de navigation; ces canaux sont alimentés par les eaux d'écoulement des terres et des fossés de drainage de chaque plantation. Le mouvement des eaux dans l'ensemble des canaux qui s'entre croisent est assuré par des vannes et des écluses, comme dans les polders de la Hollande.
Le capital nécessaire pour drainer et installer une plantation dans ces conditions, est considérable. Montgomery Martin évalue à 3 20 kilomètres de drains, ou fossés de drainage, et à 5o kilomètres de canaux (privés),
(I) Thomas, Notice sur les productions du Mexique , Rapports du jury. 1868, t. Xl. p. Ci.
de3"\65 de largeur sur i™,52de profondeur, les travaux qu'exigent le drainage des terres et le transport des cannes au moulin, pour une plantation produisant 700 barriques {hogsheads) de sucre.
Une plantation comprend des pièces de 2 à 4 hectares, suivant le terrain libre laissé par le tracé des canaux. Dans ces pièces, on creuse à des intervalles de 8 à 10 mètres, des rigoles parallèles de o™,6o de largeur sur o",6o de profondeur, dirigées du canal central jusque vers les fossés latéraux d'écoulement. Le déblai de ces rigoles sert à élever le niveau des planches dans lesquelles on pique les boutures de canne de Taiti. Après avoir labouré et ameubli le sol par de nombreux hersages, les boutures sont piquées en lignes écartées de o"*,9o à i",2o, et s'y suivent à une distance de o",25 ào"',3o. Dix jours plus tard, les feuilles apparaissent. Tant que Ton peut circuler entre les rangées, c^est-àdire, jusqu'à ce que les plantes aient 6 mois d'âge, on enlève les mauvaises herbes soigneusement, et Ton butte chaque pied de canne. Au bout de neuf mois, la floraison a lieu; la plante est très faible et aqueuse; mais bientôt elle devient vigoureuse, pour atteindre sa pleine maturité vers le douzième ou le treizième mois; sa hauteur moyenne est alors de 3°*,5o à 4°,5o; sa grosseur, celle du poignet; sa tige principale offre des nœuds renflés comme celle du bambou. On coupe à rez de terre par longueurs de i mètre, et Ton porte la récolte aux barques que des mules ou des boeufs remorquent jusqu'au moulin.
A peine la récolte faite, on nettoie le sol des feuilles que l'on met en tas pour Tengrais, et quelques jours après, ks souches laissées en terre donnent de nouveaux rejetons, en vue de la seconde récolte qui a lieu douze mois plus tard. Les mêmes souchescontinuent à produire ainis
pendant quinze et même vingt années, maisavec un rendement décroissant. Les cannes de la première année qui donnent 5,ooo kil. de sucre par hectare, finissent par ne plus donner que i,ooo à 1,200 kil. après quelques années (i).
Ile Maurice. — Dans le district des Pamplemousses, la canne à sucre obtenue par boutures vient au milieu des laves et des roches volcaniques qui conservent Teau de pluie entre leurs fissures et leurs anfractuosités, de manière que le sol garde longtemps son humidité. Il lui faut 18 mois pour mûrir; après la quatrième récolte, quand la terre n'est pas vierge, on doit défricher le champ de cannes et y planter del'ambrezade dont les feuilles servent d'engrais, à défaut de guano (2).
Inde. — Le procédé suivi pour la culture de la canne dans THindostan a été bien des fois décrit. Fourcroyet Vauquelin l'ont résumé ainsi (1), sans qu'il ait sensiblement varié depuis :
« On choisit une terre végétale très riche, située de façon à être facilement arrosée par une rivière. Vers la fin de mai, quand le sol est réduit à l'état de limon très doux, soit par les pluies, soit par des arrosements artificiels, on plante en rangées des boutures de cannes, contenant un ou deux nœuds, en laissant entre chaque bouture un espace de 0^,45, et on multiplie le nombre des rangées, en les tenant écartées d'environ un mètre.
« Quand les boutures arrivent à la hauteur de o™,o5 à o'",075, on remue la terre qui les entoure. Dans le mois d'août, on fait à travers les terres de petites rigoles pour faire écouler Teau, si la saison est trop humide, ou pour arroser les plantes, si elles sont trop sèches. Chaque bou-
(i) Catalogtieof contributions fromBritish Guiana, 1867, p. xxxriii. (2} Ida Pfeiffer, Relations posthumes; Tour du monde, 1861. (3) Encyclopédie méthodique. 181 5, t. VI, p. 187.
ture produit de 3 à 6 cannes. Lorsqu'elles sont hautes de o",075, on enveloppe avec soin chaque canne avec les feuilles inférieures, puis on attache tout ce qui appartient à chaque bouture à une forte tige de bambou de 2 à 3 mètres de hauteur, fichée en terre au milieu d'elles. On les coupe en janvier et février, environ neuf mois après leur plantation et avant la floraison qui diminuerait considérablement la douceur de leur sucre. Elles ont, à cette époque, atteint la hauteur de 2 à 3 mètres, et la canne a de o™,025 à o™,o3o de de diamètre. »
Dans les dépenses de culture qu'exige un hectare de cannes, aux environs de Calcutta, Tirrigation figure pour 26 fr. 70, et le bénéfice net qui reste au planteur n'atteint pas 100 francs (i).
Japon. — La canne est une des branches les plus importantes de la production agricole au Japon. Comme le coton et le tabac, elle réussit surtout au sud du 36'' parallèle en latitude. Les tiges obtenues au mois de septembre par sélection sur les meilleurs plants, sont enfouies en terre, dans des tranchées de o"*,2 5 à o",3o. Les rejetons qui ont poussé pendant l'hiver sont enlevés au printemps, après avoir déterré les tiges, puis replantés sur une longueur de o"^,i5 à o'°,20, dans le terrain complètement remué à la houe et dressé en billons. Les rangées offrent un écartement de o™,3o, et les boutures de o™,6o dans chaque rangée. Chaque bouture est plantée en même temps que l'engrais (tourteau oléagineux) est introduit. La fumure correspond à 2,5oo kil. par hectare; mais dans le courant de Tété on ajoute plusieurs fois de l'engrais liquide à chaque pied ; de même on bine et Ion butte après chaque arrosage, jusqu'en septembre. La récolte a lieu en novembre et la canne est portée au
(i) Ure's Dictionary ofarts, manufactures and mines, edited by R. Hunt^ Mil, p. 804.
moulin, trois ou quatre jours après avoir été coupée et efifeuillée. La production en sucre brut est estimée à 3,700 kil. par hectare (i).
Egypte. — La canne est une des riches cultures d'été de la haute Egypte; elle ne vient que dans les terres irriguées et prospère dans les sols de bonne qualité, bien égouttés, exempts d'efflorescences salines.
Dans la Daïra Sanieh (2), administrée au compte du khédive, la canne est cultivée assez en grand pour alimenter plusieurs fabriques de sucre ; la terre est défoncée à la charrue à vapeur, puis labourée deux ou trois fois en croix, du mois de mars d^une année, jusqu'au mois de février de l'année suivante.
En février, on trace les sillons à o", 1 5 de profondeur, dans lesquels on couche les boutures de o",40 à o",5o de longueur, sur deux rangs en quinconce, et on enfouit à la pioche. La plantation jusqu'en avril exige environ 7, 5oo kil. de tiges par hectare.
Des engrais employés jusqu'en 1887, pour les cultures de la Daïra Sanieh, la colombine ne peut pas s'obtenir en quantité suffisante, et les terres salpêtrées des villages en ruines tendent plutôt à augmenter Talcalinité des terres plantées en cannes. L'administration anglaise s'est préoccupée, en conséquence, d'essayer des engrais spéciaux et des superphosphates-guanos, sur les diverses fermes qui ont été livrées en gage pour le service de la dette du khédive; mais les résultats des nouvelles fumures ne sont pas encore contrôlés (3).
Dès la mise en sillon, on donne un arrosage; puis les arrosages se succèdent de dix en dix jours jusqu'à la fin d'août; à partir de cette époque jusqu'à la fin
(i) H on. Horace Capron, loc. cit.
(2) Barois, loc. ci7.,p. io6.
(3) Hamilton Lang, Soie on the resulls of theyear iSSy; Carro, 1888.
<d'octobre, tous les i5 ou 20 jours. On cesse d'arroser après octobre, au moment de la récolte, qui dure depuis décembre jusqu'à la mi-mars. Parfois, on conservela canne sur pied après une coupe, en évitant les frais de labourage et de plantation 9 en vue d'une seconde récolte qui n'équivaut pas à la première.
Le rendement diffère, à qualité égale de terrain, suivant l'abondance des arrosages. Certaines terres donnent jusqu'à 62 tonnes de canne par heaare; mais la moyenne s'abaisse à 23 tonnes.
Espagne. — Établie de longue date dans les provinces du midi de l'Espagne, la culture de la canne réclame non pas de grandes quantités d'eau, mais de l'eau aux époques déterminées, et surtout soigneusement appliquée.
Aussitôt que la bouture est enracinée, la plante indique d'elle-même le besoin d'eau parla position des feuilles; mais au fur et à mesure de son développement, le besoin d'irrigation se fait moins sentir, car le feuillage protège la tige contre l'action des fortes chaleurs.
Les plantations de cannes sont le plus souvent arrosées par des rigoles, de façon à éviter la stagnation que créeraient les compartiments à banquettes. La rigole permet seule d'assurer une régularité parfaite.
Dans les provinces de Grenade et de Malaga, on suspend rirrigation dès que les premières pluies d'automne apparaissent; aussi bien par crainte des dommages que causerait à la récolte un excès d'humidité, que pour laisser la circulation libre au moment de la moisson qui se fait à la fin d'automne. A Malaga, notamment, on regarde comme indispensable de donner un arrosage abondant tous les 6 ou 7 jours, pendant la première période de végétation de la canne; même si le soussoJ est argileux. C'est à ces premiers arrosages que la T. m. i3
plante doit de se développer rapidement et d'atteindre son maximum de richesse saccharine (i). Quand arrivent les premières pluies d'automne on arrête Tirrigation. Jusqu'à l'hiver, la plante continue à grossir et à s'enrichir en sucre; peu à peu les feuilles se sèchent et la maturité a lieu.
L'eau légèrement saumàtre et salifère convient à l'arrosage de la canne; celle du Guadalhorce qui offre ces caractères, est spécialement utilisée pour Tirrigation de la vega^ entre Adra et San Roque, sur 200 kilom. de longueur et 3 kilom. de largeur.
Italie. — Que la canne à sucre ait été introduite en Sicile, avant ou après l'invasion des Arabes, la question est encore controversée, sa culture a eu le sort de celle du coton ; elle n'a prospéré qu'autant que la concurrence des produits exotiques lui a permis d'exister.
La canne à sucre était indigène de l'île quand Tempereur Frédéric II (1220) céda aux juifs ses jardins de Palerme pour y cultiver le palmier et la canne à sucre. En 1281, parut un rescrit de Charles d'Anjou, dans lequel il est question de la canne. Un titre de l'an 1242 trouvé dans les archives de l'hôtel de la monnaie à Naples, mentionne un certain Pietro, magister saccherarius (2). Henri, le navigateur, roi de Portugal, fit venir de Sicile (1425) les cannes plantées à Madère (3).
Aux quinzième et seizième siècles, la canne était cultivée avec succès aux environs de Ficarazzi, où les eaux courantes se prêtaient à un système régulier d'arrosage. Sous le roi Alphonse, le produit delà canne alimentait l'industrie principale de la ville de Palerme (4); mais lescul-
(I) Llaurado, loc, cit., 1. 1, p. 413.
{2) Bibliographie agronomique^ 18 10, p. 411.
(3) Sul richiamo délia canna \uccherina inSiciliadiG, V. c P.; Girgcnti, 1823, t. I, p.3.
(4) Di Mtirzo, Diari délia città di Palermo, X, 81.
LES IRRIGATIONS. igS
tures s'étendaient également alors sur les territoires de Malvicîni,de Milazzo, d*Alicata, etc., et dans la Calabre, àTortora,à Monteleone, à Reggio, etc. Arezzo^ biographe de Charles-Quint, fait mention des procédés de culture , basés sur les arrosages et les sarclages (i); ceux de la fabrication du sucre laissaient toutefois beaucoup à désirer, et les produits étaient réputés bien inférieurs à ceux du Levant, et plus tard, à ceux de l'île de Madère.
Les terres, choisies sur la côte, afin de les soustraire aux influences de la gelée, étaient labourées trois ou quatre fois, à l'hiver ou au printemps, avant de dresser la surface en billons. Au mois de mars, on plantait les boutures, en ayant soin de garder un nœud à chacune; puis on sarclait pour enlever les mauvaises herbes et on arrosait aussi souvent qu'il était nécessaire. Au mois d'octobre ou de novembre, les cannes ayant atteint une hauteur de 5 à 6 palmes, étaient coupées au ras du sol; les racines devaient assurer la production pour Tannée suivante. La canne était ainsi cultivée comme plante biennale, et même comme plante triennale. On fumait les racines en avril, ou en mai, avec du ifumier, ou en enfouissant du lupin en vert (2).
Dès l'apparition du sucre des Antilles sur les marchés européens, les fabriques commencèrent, tant en Sicile qu'en Calabre, à restreindre leur production. En 1761 , on n'en comptait plus que trois : à Avola, Agosta et Meiilli. Les quelques plantations de cannes, cantonnées à AvoJa, au sud de Syracuse, dont parle de Gasparin pour les avoir vues (3), n'étaient plus utilisées que pour la fabrication du rhum; « du reste très estimé,
(ï) De situ Sicilia; ex bibîioteca hist.Joan, BapU Carus, t. I. ...Irrigatur terra cstate simul et a luxuria assidue purgatur. »
(2) Omod ci, Descri\ione délia Sicilia, 1 566.
[3) De Gasparin, Journ, agric. prat.^ t. III, p. 43$.
qui se vendait le double de celui de la Jamaïque, à la consommation de Malie. »