LA GARANCE
France. — Les garances ne s'arrosent pas généralement dans Vaucluse, parce que dès qu'elles ont reçu de l'eau, elles ne peuvent plus guère s'en passer, et comme il faut biner la terre après chaque arrosage, les cultivateurs reculent devant la double dépense de rirrigaiion et de la main d'œuvre. Dans les paluds toutefois, 011 se produisaient les plus belles garances , on les arrosait au moment de la récolte, afin d'ameublir
(1) G. Heuzé, loc. cit., t. II, p. 308.
[2) Caventou, voir Opium, Dict. de chimie de A, Wûrlz^ 2« part., p. 618.
la terre et d'économiser la main-d'œuvre pour l'arrachage (i).
L'irrigation employée avec ménagement, dans le but surtout de maintenir la fraîcheur du sol, en faisant agir Teau par infiltration chaque fois que la terre est revenue à l'état de sécheresse, nécessite des planches étroites de ,m ^ i",6o, avec des sentiers multipliés, de o",3o à o"*,40, qui facilitent d'ailleurs le sarclage et le buttage des racines. Gasparin fait remarquer que l'abus influe sur la qualité de la garance dont le tissu devient trop lâche et est exposé à l'apparition du rhi^octône^ comme dans les terres où l'humidité souterraine est trop considérable (2).
D'après Barrai, la garance dans les Bouches-du-Rhône, exige à peu près autant d'eau que la prairie naturelle, du moins par chaque arrosage, représentant 3o litres pendant six heures. Les arrosages par infiltration se répètent, quand les circonstances le permettent, tous les i5 jours pendant l'été; et c'est en novembre, longtemps après qu'ils ont été suspendus , que Ton butte, en chargeant les planches de la terre empruntée aux sentiers.
La deuxième année, on irrigue également les garancières tous les i5 jours, après le rechaussage qui suit l'ameublissement des sentiers, et la troisième année, après le sarclage. L'arrachage suit le fauchage des tiges à la troisième année. « Si on peut faire arriver l'eau dans les fossés qui séparent les billons, » on a l'avantage de pouvoir devancer les cultivateurs voisins pour le choix des ouvriers et des acheteurs (3).
Déjà en pleine décadence à l'époque de la guerre d'Amérique, qui produisit la rareté et la cherté des co-
(i) A. Conte, loc, cit.
(2) De Gasparin , loc. cit., t. IV, p. 236.
(3) De Gasparin, Maison rustique du XIX* siècle, t. II, p. 74.
LES IRRIGATIONS. 20b
tons, la culture de la garance, dans les départements du Midi, a été ruinée par la découverte des couleurs artificielles extraites des résidus de la distillation de la houille. Vaucluse surtout, oîi la garance donnait des produits très abondants, qui ont atteint et même dépassé 20 millions de kilogrammes, sur plus de i3,ooo hectares, a été frappé au point de ne plus figurer dans les statistiques; presque partout on a substitué la luzerne à la garance.
Quant aux garances en racines sèches, ou alizaris, elles continuent d'être fournies, pour les besoins de la consommation, par les provinces de Tltalie méridionale et de TAsie Mineure; mais l'irrigation ne joue aucun rôle dans cette production exotique.