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I. LES ARBRES FORESTIERS

La quantité d'eau que renferment les sols exerce, comme on le sait, une grande influence sur la station des principales essences forestières, indépendamment du climat, de Taltitude, de l'orientation et de la composition des terrains. Aux sols mouilleux, comme les forestiers les désignent, c'est-à-dire constamment détrempés, où Peau apparaît sous la pression du pied, tout en ayant un certain écoulement, appartiennent, par exemple, le bouleau pubescent, Torme, le frêne, les saules, le pin de montagne, etc. Aux sols dits humides, dans lesquels Teau n'apparaît plus sous la pression du pied, mais qui ne se dessèchent en aucune saison, conviennent le chêne pédoncule, l'aune, l'épicéa, etc. Dans les XQVTQÀns frais, c'est-à-dire ceux susceptibles de se dessécher jusqu'à o", 12 ou o'",i5 au-dessous de la surface, prospèrent presque toutes les essences; tandis que dans les terrains secs , le bouleau blanc , et les divers pins : sylvestre, maritime, d'Alep, d'Autriche, etc., ont leur station préférée (2).

L'humidité du sol si caractéristique pour dift'érencier les essences, varie pour une même essence suivant les espèces. Ainsi, certains chênes (Qw^rcws lyrata; Quercus phellos; Quercus palustris) vivent et atteignent les plus grandes dimensions aux États-Unis, dans les grands ma-

(1) Congrès national viticoie de Mdcon, 1888, p. 86. (3) Bagneris, Manuel de sylviculture ^ 1878, p. 19.

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récages, au bord des fleuves, ou dans les terres basses et submergées (i); le chêne pédoncule {Quercus pedunculata) se plaît seulement dans les sols très frais et même humides, préférant la plaine dans nos climats; tandis que le chêne rouvre, moins avide d'humidité, recherchant les sols divisés, stationne plus avantageusement dans les pays de coteaux, ou de montagnes peu élevées. Le hêtre qui vient en plaine, comme en montagne, sous les climats rudes ou tempérés, et plutôt dans les terrains calcaires et siliceux, même volcaniques, exige que le sol soit bien divisé et seulement frais. Le sapin, dont la station se confond avec celle du hêtre , bien qu'il s'élève davantage dans la montagne, redoute comme lui les chaleurs excessives et l'humidité surabondante. D'un tempérament également délicat, ces deux essences s'associent à des altitudes variables (2).

Au contraire, le charme, qui aime les terrains argileux, en plaine et en coteau, prospère dans les sols très frais, même humides, où le hêtre cesse de croître; mais il s'y mélange très bien avec le chêne pédoncule. S'il redoute les fortes chaleurs, il résiste vaillamment aux gelées.

Parmi les arbres de deuxième grandeur, certains érables (Acer eriocarpum^ Acer rubrum) se plaisent dans les terres fraîches et humides, au bord des ruisseaux où la végétation marche rapidement. Il en est de même de quelques noyers {Juglans alba^ nigra, porcina)^ des ormes rouge et blanc, de l'aune et du bouleau qui végètent dans les sols maintenus humides, dans les basfonds, et aussi à des altitudes assez considérables. Le bouleau, par exemple, qui acquiert comme le pin les

(1) Catalogue des Barret-Vilmorin^ 1878-

(2) Depuis 3oo m. jusqu'à i,5oo m. dans les Vosges et la Savoie : Gallot, yotice sur le débit et les emplois du sapin; 187H.

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plus fortes dimensions à raltitude de i,oooà 1200 m., vient à toutes les expositions ; mais quand il est associé au pin, il occupe constamment les parties les plus fraîches de la forêt.

Les saules qui croissent, comme les peupliers blanc et noir, le tremble, les ormes, etc., sur les rives des canaux d'irrigation , des fossés d'écoulement, etc., font l'objet, en Piémont, d'une exploitation fructueuse, consistant à utiliser les pousses, soit pour la vannerie, soit après trois ans, comme combustible (i).

Noyer et CSiAtaignier. — Si le noyer ordinaire, d'une culture lucrative dans les vallées centrales du Lot , du Tarn , de la Lozère , de la Dordogne , se développe du fond des vallées jusqu'à 1,000 m. environ sur les versants, exigeant des sols légers, profonds, schisteux ou calcaires, mais privés d'humidité, surtout pendant l'été (2), le châtaignier, non moins utile et profitable, ne craint ni le frais, ni le sec; il vient au milieu des rochers où il entre profondément ses racines, ou bien dans les terres meubles, plutôt argileuses et de moyenne fertilité. Dans les arrondissements de San Remo et de Savone, les châtaigneraies situées en montagne sont arrosées naturellement par les eaux de source (commune de Taggia) que recueillent les agriculteurs des niveaux inférieurs pour l'irrigation. Un hectare comprenant de 400 à 5oo arbres, rend de 8,000 à 9,000 kil. de fruits (3). Dans la province de Cuneo, en terrains secs, la production moyenne n'atteint que i5 à 5o quin-

(I) Dans une bonne terre, bien arrosée, les pousses acquièrent dès la première année, 3 m. de longueur, la seconde année 4"*,5o; et la troisième année, quand on les taille, o"',07 de diamètre. (Hon. C. Andrtvis , Report for 1876, p. 283.)

(3) Grojean, Notice sur Vindutlrie du sabotage, 1878.

(3) Descri\ione di Genova; 1846, t. II, p. 93.

taux (i); et en Lombardie, aux altitudes de 200 jusqu'à 800 m., suivant l'exposition au midi, seulement 20 quintaux, ou 2 5 hectolitres (2). Dans l'arrondissement de Borgotaro (Parme) , les châtaigneraies sont arrosées, quand la saison est sèche , à l'aide des eaux de sources et de ruisseaux que Ton amène par des rigoles au pied de chaque arbre (3).

Nous avons exposé précédemment (4) comment les eaux des versants boisés peuvent être conduites par des fossés à niveau parfait, et utilisées pour améliorer la végétation des principales essences : chênes, hêtres, sapins, etc., et aussi en vue de préparer les reboisements. C'est ainsi que dans les châtaigneraies des montagnes des Cévennes, les valais fonctionnent pour régulariser à la fois l'infiltration et l'écoulement, en fournissant des limons utiles à la végétation forestière. L'influence des eaux n'est donc plus à démontrer, quant à Taccroissement des bois sur pied et des produits des divers arbres cultivés en forêt, ou isolément.

Semis et pépinières. — Pour les pépinières destinées aux repeuplements, le meilleur mode d'arrosage, si on a pu choisir l'emplacement à proximité, et un peu au-dessous d'une source, consiste à faire des irrigations. Par l'aspersion , l'eau forme boue avant de pénétrer le sol, et laisse à la surface une croûte imperméable à l'air; aussi faut-il continuer à arroser jusqu'à la première pluie qui remet le sol en état, ou bien légèrement biner; en tous cas, que l'on se serve d'arrosoirs, ou de pompe foulante avec lance garnie d'une pomme d'arrosoir, il est essentiel pour produire un effet utile que l'eau pé-

(I) Meardi, Inckiestâ agraria, Rela^ione ; t. VIU, part. I, p. 77. IJ) Jacini, Inchiesta agraria , Rela\ione; t. VI, part. i. (3) Rufino Mussi, Inchiesta agraria. Monograjia, t. 11, part. 3. <4) Voir tome II, p. 557.

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nètre jusqu'aux racines. Cest ce que Tirrigation permet sûrement d'obtenir, en installant horizontalement des sentiers qui séparent les plates-bandes de la pépinière, quelque peu en contre-bas des sillons (i). L'eau y est amenée et retenue par de petits barrages, jusqu'à ce que le terrain en soit bien imbibé. La surface n'est jamais délayée et la perméabilité du sol est ainsi constamment maintenue. Pour éviter les tassements dus à Taction de l'eau sur le sol très ameubli de la pépinière, et par suite le déchaussement des semis, on recharge les plants de terreau ou de terre émiettée; en vue des gelées dangereuses, on recouvre les rigoles au commencement de l'hiver, de paille, ou de feuilles sèches qu'on enlève au printemps.

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