Arrosages en Italie
Lombardie. — De la pratique des arrosages tels qu'on les exécute dans le Crémonais, le D' Marcnghi (2 a donné la description suivante :
Dès que l'arrosage d'un champ a été décidé par le fermier, le chef eygadier {capo acquaiuolo) donne Teau, c'est-à-dire, qu'il baisse sur le branchement du canal desservant la propriété, la vanne hydrométrique [paratoia), en aval du canal de répartition (gora) dans lequel une seconde vanne met l'eau en liberté et lui permet de gagner la tête du champ. Arrivée à ce point, l'eau est maintenue sur des longueurs déterminées dans la rigole principale par des arrêts en osiers, garnis d'une toile épaisse, jusqu'à ce qu'elle surmonte le niveau du champ. Les paysans découvrent alors, à l'aide du hoyau , les petites bouches {bocchetti) qui étaient obstruées par de la terre; trois, quatre, ou cinq à la fois, et l'eau se précipite. A deux mètres environ de distance du bord, en amont du champ, une autre rigole diminue le courant et laisse Teau parcourir lentement les sillons pour les pénétrer. Avant que l'eau atteigne le bord d'aval, à 3 mètres environ de distance de la limite, une contre-pente Tem-
(1) Téallier, l'Agriculture paitoraU du Puy-ic-Dôme; Ass. française your l'avancement des sciences, 1877, p. 02 5. (2) Marenghi, Inchicsta agraria, circonJario di Cremona ; t. VI. T. m. 2
i8 LES IRRIGATIONS.
pèche de se précipiter dans le colateur, de façon qu'elle est obligée de s'écouler avec une grande lenteur. Après qu'un compartiment a été ainsi arrosé, on reporte l'arrêt plus loin, ou plus avant dans le canal de répartition, afin d'en arroser un second, et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout le champ ait été irrigué.
Tout l'art de l'irrigateur consistée ne pas perdre d'eau, en fermant dès qu'il convient les bocchetti qui l'admettent dans les sillons. Le volume distribué doit être suffisant pour traverser de part en part les billons ou les ados, et cependant la queue du champ doit être aussi complètement arrosée que la tête, voisine de la rigole. « C'est là apparemment un art facile, ajoute Ma- » rcnghi, mais bien peu de paysans le possèdent, et « un bon irrigateur est non moins apprécié du fermier tt qu'un bon surveillant de cultures. » Il faut, en effet, que la distribution corresponde non seulement à la plante ou à la récolte, mais encore au sol dont la nature varie sensiblement d'une année, et même d'une saison à l'autre, d'après son mode de préparation et de fumure. Ainsi, au mois d'août, à la suite des pluies de l'hiver et du printemps, un sol peut avoir perdu de sa perméabilité naturelle et s'être resserré au point de consommer moitié moins d'eau qu'à l'ordinaire.
Pour les prairies et pour le lin, quelque étendu que soit le champ à irriguer, deux hommes suffisent, l'un à la tête et l'autre à la queue; ce dernier chargé plus spécialement de constater l'arrivée vers le colateur et d'avertir pour faire suspendre l'écoulement.
Quand il s'agit du maïs qui a déjà une certaine hauteur, Topération devient fatigante, car l'arroseur doit suivre l'eau, en écartant au hoyau les obstacles que les sarclages répétés peuvent apporter à la marche de l'irrigation. Or, la circulation dans un champ de maïs, semé
généralement très serré, n'est pas facile quand on veut épargner les plants.
L'habileté du fermier réside dans le choix de Tépoquc et du mode de distribution des eaux. Tantôt une prairie qui semble brûlée par le soleil renaît en pleine vigueur après un bon arrosage; tantôt, au contraire, elle périt pour avoir été arrosée à contre- temps. Tel lin reste court et décrépit pour n'avoir pas été assez arrosé, et tel maïs est gâté ou perdu pour l'avoir été trop. Un champ de melons ou de courges annonçant une excellente récolte, est sacrifié en quelques jours à cause d'un arrosage intempestif.
Toscane. — Un autre mode que nous citerons textuellement a été décrit par Simonde, pour Tarrosement des terres à Pescia, en Toscane (T).
« Le propriétaire reçoit Teau du canal d'amenée dans un fossé peu profond, creusé dans la partie la plus élevée de son domaine. Pour la faire arriver au niveau des champs, il Tarréte avec des vannes. Comme chaque champ est séparé des autres par un fossé, on la fait passer de l'un à l'autre sur des petits ponts de pierre, ou dans des canaux de bois. L'eau entre dans les champs par le point le plus élevé; et comme ils sont divisés en plates- bandes de 3 ou 4 pieds de largeur, on fait passer Teau successivement dans chacune des rigoles qui séparent les plates-bandes; et comme il n'y a que fort peu, ou souvent point de pente, elle s'y avance très lentement, et la terre altérée boit, à mesure que l'eau s'écoule, toute celle qu'elle peut contenir, jusqu'à ce qu'elle en soit complètement pénétrée, au point que celui qui croirait marcher sur le sec, au milieu de ces plates- bandes, s'y enfoncerait souvent jusqu'à mi-jambe.
>i) Simonde. Tableau de F agriculture toscane, p. 22.
a Si l'eau court trop vite dans la rigole parce qu'il y a trop de pente, on Tarrête avec quelques pelletées de terre, pour qu elle ait le temps de bien pénétrer le terrain : lorsque la pente au contraire vient à manquer, la hauteur de Teau par derrière et son mouvement suffisent à pousser celle qui est devant. Il ne peut arriver qu'elle s'arrête dans la rigole, que dans le cas où le paysan a eu la gaucherie de Tenvoyer contre la pente, n'ayant pas bien étudié le niveau de son champ lors de l'écoulement des pluies, ou n'ayant pas remédié aux irrégularités par un bon labourage : encore cette bévue ne peutelle avoir lieu que la première année qu'il a acquis un filet d'eau.
« Cette manière d'arroser abreuve abondamment et pour longtemps les racines des plantes, et la croûte sèche qui recouvre le terrain du milieu des plates-bandes, les préserve d'une trop forte évaporation.
» En général , l'on voit que pour pouvoir bien arroser, il faut être maître d'une déclivité assez considérable. Comme l'on avance dans les plaines , la pente manquant tout à fait, l'arrosement devient impossible. Les eaux doivent couler au fond des fossés, et l'on ne peut les forcer à s'élever d'elles-mêmes au niveau des terres. On peut, à la vérité, les y porter à force de bras; pour ce faire, le laboureur se sert d'un seau emmanché avec lequel il puise l'eau du fossé et la reverse dans la rigole à côté de lui. Cet ouvrage se fait passablement vite, et l'eau court presque aussi rapidement que si elle venait d'elle-même. »