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LES ARBRES FRUITIERS

Sous les climats du Midi, la plupart des arbres fruitiers ne peuvent parfaitement réussir que dans les terres arrosables. Il est même digne de remarque que si , en rè* gle générale, les fruits venus en terre sèche sont plus savoureux et plus parfumés, le soleil est tellement puissant dans le Midi, et Thumidité fournie par une irrigation modérée est si vite absorbée, que les fruits récoltés dans les terres arrosées sont encore bien plus parfumés, tout en étant plus abondants. La culture des fruits est d'ailleurs assez riche pour pouvoir payer largement la dépense de rirrigation (i).

Certains arbres n'ont aucun besoin d'arrosage; tels sont les amandiers, le caroubier, le jujubier, et la plupart des figuiers. D'autres n'en ont qu'un faible besoin : ce sont ceux qui, en Europe, mûrissent leurs fruits dans le courant de mai, ou de juin, comme les cerisiers, les abricotiers, les poiriers précoces; mais pour ceux qui mûrissent leurs fruits à partir de juin, l'irrigation peut être d'une grande utilité; tels sont les pêchers, les poiriers, les figuiers tardifs, les orangers, les pommiers, etc. Par irrigation, il convient d'entendre en tous cas une irrigation modérée, fournie seulement lorsque la terre est trop sèche, surtout au moment oti la maturité des fruits s'approche, et où l'humidité du sol s'ajoutant à la chaleur du soleil, leur permet d'acquérir leur plein développement.

Ainsi, pour les pêchers q^ui donnent la récolte la plus abondante fin juillet, ou au commencement d'août, et continuent à livrer des fruits jusque fin septembre, tous

(t) A. Riondet, r Agriculture de la France méridionale, 1868, p. 33 1

les binages que Ton peut pratiquer pendant trois ou quatre mois de sécheresse absolue, ne peuvent remplacer des arrosages qui assurent la grosseur, la beauté et là bonté du fruit. Il en est de même des poiriers dont les fruits ne se récoltent qu'à la fin de Tété, ou en automne; des pommiers dont les fruits d'arrière-saison doivent continuer à mûrir dans le fruitier; des figuiers dont les figues doivent être mangées fraîches et ne peuvent être séchées à la fin de Tété, quand le soleil est moins chaud et reste moins longtemps sur l'horizon ; du grenadier dont le fruit s'entr'ouvre et reste sans valeur, quand Thumidité fait défaut, pour détendre la peau, au fur et à mesure du grossissement des grains, etc.

Le grenadier surtout, qui se contente à Tétat sauvage des sols les plus secs et les plus arides, réclame, quand il doit produire par la culture, un terrain meuble et des arrosages fréquents, sous une chaude exposition (i).

France. — Dans les départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, la culture du grenadier arrosé donne de beaux produits. A Perpignan, c'est la grenade à fruits demi-doux et la valence qu'on cultive de préférence. Vers septembre et octobre, les grenades, bien orientées au levant et au midi, se colorent d'un rouge vif; Técorce s'entr'ouvre et laisse paraître ses graines; elles sont prêtes pour l'expédition.

Le figuier du Midi est cultivé dans le but de produire des fruits que l'on consomme à l'état frais, ou que l'on conserve comme provision d'hiver. Toutes les variétés se trouvent également bien de l'irrigation, quand elle n'est pas trop fréquente; mais les figueries sont rares; on préfère les entremêler avec d'autres arbres, amandiers et oliviers , ou planter les figuiers dans les vignes.

(i) L. d Ou nous. Revue horticole , 1869, p. 33.

Le }eune plant demande à être arrosé pendant les chaleurs. « Ceux qui en auront le pouvoir et la facilité , ferom bien de répéter Tarrosage tous les mois; il doit être abondant^ sans être excessif. Le figuier, quoique poreux quand il est Jeune, aime à être humecté, sans vouloir être noyé (i). » En général, les figueries, ou plantations en massifs, sont labourées quatre fois par an, à la fin du mois d'octobre, en février, mai et août, pour remédier à la sécheresse, aux froids excessifs et aux gelées. Précieux à cause de ses fruits de deux saisons, le figuier est vorace; si on ne le fume pas abondamment dans les terrains un peu sablonneux , mais frais , il devient très productif au détriment des végétaux voisins.

Parmi les fruits à noyaux, qui arrivent, en pleine terre, à complète maturité avant ceux du Nord , il faut citer : le bigarreau à chair ferme et à saveur douce et la griotte à chair molle et à saveur aigrelette qui mûrissent en avril et en mai; la prune pardigeonne, cultivée à Brignoles, qui mûrit en juillet; Tabricot précoce mûrissant dès les premiers jours de juin; la pêche jaune à noyau adhérent et la pêche blanche.

De tous ces arbres, c'est le pêcher qui, après Toranger, <lonne lieu à la culture la plus profitable sur la côte, de Marseille à Vintimille. On trouve des pêcheraies dans la région du littoral , qui comptent 5 et 6,000 arbres fournissant des fruits pendant plus de trois mois. Si le cerisier se plaît dans les sols un peu humides; l'abricotier dans les sols calcaires; le pêcher du moins, destiné à une culture intensive, exige des terrains arrosables.

Dans la plaine d'Hyères où les pêcheraies abondent, on obtient, année moyenne, grâce à l'arrosage, 2 francs net par arbre, ou 800 francs par hectare. Les frais de

ai De la Brousse, Traité de la culture du figuier, 1774, p. 27.

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façon sont minimes; ils consistent à tailler après labour, pour Tévidage en gobelet, à épointer, et à nettoyer. En laissant 5o centimètres seulement sans culture de chaque côté des rangées d'arbres, on garnit les intervalles de fraisiers; ou bien, comme le long du Gapeau ou du Beal, on cultive des légumes, et parfois des vignes entre les rangées, en arrosant arbres et cultures à la fois. D'une durée moyenne de quinze ans, le pêcher n'est à son apogée, comme production, qu'entre 4 et 8 ans d'âge; mais si Ton renonçait à semer des légumes et des fourrages dans les intervalles, il produirait assurément davantage et plus longtemps.

Plus au nord du littoral, dans les Bouches-du-Rhône, les arbres fruitiers ne sont arrosés qu'autant que les produits se récoltent après Tété. Au Mas-de-Fabre, par exemple, propriété et exploitation de M. Faucon, les abricotiers sont arrosés une seule fois , lorsque le fruit est sur le point de mûrir; les poiriers et les pommiers, plus souvent; mais les cerisiers, jamais. M. Faucon évalue le coût de l'eau (canal des Alpines) par hectare et par an, pour son verger, à 35 francs.

Dans Vauclusc, partout où les canaux d'irrigation portent les eaux fertilisantes , la culture des arbres alimentaires s'est développée ; on peut citer, à Saumanes , le cerisier, le figuier, l'abricotier; àMazan, surtout le cerisier.

La culture des framboises et des fraises a réalisé aussi de notables progrès par l'arrosage. La notable production de ces fruits permet de les vendre, pour la consommation courante, à des prix satisfaisants, surtout pour l'emploi des confiseurs et des distillateurs.

Les fruits de France, introduits en Algérie, y mûrissent deux mois plus tôt, grâce à l'arrosage, sans recourir à la chaleur artificielle. Ce sont les abricots , les cerises,

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les figues, les pèches, les raisins, etc.; ce qui permet aux colons de les écouler à bon compte, comme primeurs, sur les marchés du continent.

Italie. — Les fruits en Italie sont très nombreux : raisins de table, figues, pèches, prunes, pistaches, caroubes, pommes et poires, noisettes, nèfles, amandes, etc.; fruits des climats tempérés et des climats africains, forment une branche importante de commerce dans les localités voisines des grands centres de population , des ports de commerce et des chemins de fer, en relation avec les marchés de Tétranger, et, pour les autres, une source de richesse ou d'aisance qui n'est pas à dédaigner.

Beaucoup de ces arbres ne sont pas arrosés , ou n*ont pas besoin de l'être; leur culture, même dans les terres arrosables, n'intéresse Tirrigation que très indirectement. Si le Piémont, par exemple, exporte des raisins de table, des pommes et des poires, ces dernières jusqu'en Amérique; si les provinces de Bergame, de Brescia, de Vérone et de Vicence envoient leurs pêches en Autriche et en Allemagne, c'est bien aux avantages du climat et de l'exposition des terrains, plus qu'à l'irrigation qu'ils le doivent.

Parmi les fruits frais, la pèche dans le nord, et la figue dans le midi de l'Italie, occupent le premier rang (i).

La culture du pêcher est très répandue dans la haute Lombardie, le Véronais et la Ligurie. Aux environs d'Albenga, la culture s'est spécialisée, et la bourgade de Borgio a même construit un petit embranchement, avec une station de chemin de fer, pour l'exportation de ses pêches (2). La province de Vérone, dans les bonnes années, expédie jusqu'à 10,000 quintaux de pêches (3).

(I) Bertagnoli, loc. cit., p. 219.

(3) Beitani, !nchieUa agraria, etc., t. X, p. 338.

(3) Gadda ctd*Aumiller,/«cAiMra agraria^ t. V, p. 90.

Le figuier, fidèle compagnon de la vigne , se retrouve partout en Italie, mais surtout dans le centre et au midi. On compte i5o,ooo figuiers dans le seul territoire d'Amelia, de la province de Pérouse. ANaples, comme à Castellamare , à Pozzuoli, les grands ennemis du figuier sont l'excès de pluie et rabaissement de la température, à l'époque de la maturation des fruits. Quant au dépérissement même de l'arbre, on le combat en taillant les racines, et en élevant autour du tronc , sur i mètre de hauteur environ, une butte de terre fine dans laquelle les nouvelles racines s'étendent. Cette butte est le plus souvent murée extérieurement (i).

En Sicile, comme en Sardaigne et dans les Calabres, le figuier d'Inde qui n'exige pas de culture, sert à la fois à la nourriture des gens et des bestiaux.

Les environs de Rome et de Naples sont très riches en cultures fruitières de tous genres; la consommation qui s'y fait de fruits les plus variés est énorme. A Tivoli, on cultive notamment les vignes à raisins de table pi^lutello eipergolese) dont le sénateur Vitelleschi a donné le rapport (2).

Le raisin de table est également produit avec bénéfice dans la province de Pise , et plus au nord, sur le territoire d'Alba qui expédie annuellement de 90,000 à 1 5o,ooo francsde fruits.

Espagne. — L'Espagne se distingue par la variété et l'abondance de ses fruits : raisins, figues, grenades, azeroles, abricots, etc., obtenus en plus grand nombre, suivant le climat et l'altitude, par l'irrigation. Qui n'a vu les carmen des environs de Grenade, ces petites propriétés d'agrément où l'on ne cultive que des fruits de luxe , ne peut se rendre compte de la

(1) F. de Siervo, Inchiesta agraria, Rela^ione, t. VII,

(2) Inchiesta agraria ,etc. provincia di RomaeGrosseto, t. XI, p. 397.

diversité et de l£f succulence des fruits qui viennent sous le climat de l'Andalousie, par la vertu des arrosages.

D'après le rapport de M. Pépin (i}, la récolte des fruits espagnols dont une partie est exportée par les frontières de France jusqu'en Angleterre, serait la suivante :

Abricots 36.386 kil.

Azeroles 101.Ô60 —

Grenades 53.338 —

Prunes 72.080 —

Pommes i2i.o58 —

Poires 84.870 —

Figues 1. 126. 000 quint.

Le figuier est cultivé en grand dans les provinces de Castellon, d'Alicante, d'Almeria, de Huelva, de Malaga, et dans les îles Baléares, où la production atteint 2,140,000 kil. L'exportation des figues sèches pour l'Angleterre et pour la France représente une bien faible partie de la production; c'est la consommation intérieure qui l'absorbe presque entièrement. Dans certains pays, comme à Majorque, on emploie une grande quantité de figues pour engraisser les porcs.

Les raisins frais des provinces du midi de TEspagne, grâce aux procédés de conservation que l'on possède, et aux facilités de transport, figurent dans les exportations pour plus de 2 millions de kilogrammes.

Il existe en Espagne à peu près 4 5oo hectares de vignes arrosées, propres à la préparation des raisins secs, qui produisent annuellement une moyenne de 3o millions de kilogrammes, dont les deux tiers sont envoyés eii

(1) Rapports du jury à V Exposition de iHôy, t. XI.

Angleterre, aux États-Unis, en France, etc. Les deux provinces où cette culture est la plus répandue sont celles de Malaga et d'Alicante. Les raisins secs de Malaga, en grappes, ou détachés, sont les plus recherchés.

Grèce et Turquie. — En Grèce, les vignobles pour raisins secs ont pris un grand développement; la production dépasse i25 millions de kilogrammes. Les sortes principales sont le corinthe et la sultanine, cette dernière, réputée pour sa finesse et son goût délicat. La Turquie également, produit une grande quantité de raisins secs, parmi lesquels ceux de Smyrne sont très estimés. C'est [l'Angleterre et l'Allemagne qui reçoivent le plus de fruits de ces provenances (i).

Egypte. — Un arbre des plus intéressants et des plus utiles en Egypte, outre le dattier, Tarbre national, est le figuier-sycomore ou Pharaon {Ficus sycomorus)^ originaire de la vallée du Nil, qui croît dans les jardins autour des villes et des sakiés isolées de la campagne. Cet arbre de première grandeur a une tête arrondie dont le feuillage très abondant le fait rechercher pour son abri contre le soleil. Il produit une masse de fruits qui mûrissent à différentes époques de Tannée; le printemps est la saison qui en fournit le plus grand nombre. Pour faire mûrir progressivement les figues qui chargent seulement les grosses branches, les Arabes pratiquent des incisions à celles qui ont atteint une certaine grosseur, afin de détendre les tissus, de régler la maturité et de prévenir leur chute. Les figues mûres sont un peu moins grosses que celles du Ficus carica; leur couleur est rose tacheté de noir et leur saveur très agréable.

Le figuier sycomore prospère sans culture, partout où arrivent les eaux du Nil. Pendant les basses eaux, il

(i) Marquis d'Arcicolar, Rapports du Jury; classe 71 ; 1S67, t. XI.

est arrosé à Taide des sakiés qui montent Teau des puits (i). Outre les fruits qui sont l'objet de la consommation du peuple, le bois du figuier est très estimé; on remploie notamment pour la construction des roues hydrauliques.

Californie. — Comme producteur de fruits, l'État californien occupe le premier rang aux États-Unis; mais sous le rapport de la qualité, les produits restent souvent inférieurs à ceux des États de l'Atlantique. En 1880, on y comptait environ 4 millions d'arbres fruitiers des climats tempérés, qui se répartissaient de la manière suivante :

Pommiers 2.446.000

Pêchers 835. 000

Poiriers 356. 000

Pruniers 243 . 000

Cerisiers 122 .000

Les autres arbres, figuiers, pistachiers, jujubiers, noyers, amandiers, etc., représentaient en nombre 25o,ooo. La plupart d'entre eux sont arrosés, de même que la vigne et les légumes, soit par des canaux, soit par des sources ou des puits artésiens.

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