‹ Les irrigationsChapitre 51 sur 145 · LES ORANGERS ET CITRONNIERS · texte numérisé non relu

LES ORANGERS ET CITRONNIERS

L'oranger et le citronnier ne prospèrent que dans des terrains de premier choix et sous un climat très doux; ils exigent une copieuse irrigation, sans que l'eau doive rester stagnante.

C'est au voisinage de la mer, des grands lacs, des cours d*eau, ou dans les localités assez abritées pour que les températures extrêmes se produisent difficilement, que ces arbres se cultivent en pleine terre avec

{t) Dc/chevalcrie , Revue horticole, 1869, p. 436.

OU sans abri. Si on trouve l'oranger et le citronnier sur les bords du lac de Garde, à un degré de latitude incompatible avec leur végétation, c'est qu'ils y sont protégés par les hautes montagnes, et que les eaux ont la température voulue pour les arrosages. De même, l'oranger cultivé est sur la côte de Gênes, abritée par les Apennins et desservie par les eaux du versant de la Méditerranée; tandis qu'à la même latitude, la Lombardie en hiver est sous la neige, ou sous la glace. En Sicile, même la culture du citronnier et de l'oranger ne peut réussir, sous l'action du sirocco brûlant et des vents salés de la mer, malgré les abris et les irrigations, qu'autant que le sol est souvent labouré, ameubli et sarclé, afin de maintenir l'arbre libre de toute végétation nuisible. En Espagne, les marnes sablonneuses d'Orihuela, les graviers calcaires ferrugineuxd'AlciraetdeCarcagente, les sables granitiques de Canet et de la côte de Barcelone, conviennent le mieux à la culture de loranger.

Italie. — L'oranger, le citronnier et leurs congénères : cédratiers, limoniers, bigaradiers, bergamottiers , mandariniers, etc., se cultivent en Sicile et en Sardaigne, et sur la terre ferme, dans les provinces de Catanzaro, Reggio de Calabre, Salerne, Naples, Foggia, Caserte, Port-Maurice et Gênes.

La Sicile, à l'exception des provinces de Caltanisena et de Girgenti, est le siège principal de la production, à laquelle sont consacrés plus de 26,000 hectares se répartissant de la manière suivante :

HaotaroB.

Messine 7-743

Catane 7.628

Païenne 6 . 458

Syracuse 2 .409

Trapani i .948

Total 26. 186

Dans la péninsule, la culture s'étend sur le versant maritime de la région du Gargano; quoique dans le reste des Fouilles, elle soit confinée au littoral et qu'elle exige des abris. A Sorrente, l'oranger domine et les plantations augmentent, malgré la dépense que comporte la fouille du sol jusqu'à 3 mètres et demi de profondeur, pour permettre de se passer d'arrosages. Sur la côte de Reggio, on trouve également les orangers en abondance.

En Sardaigne, la célèbre vega de Milis dont Meissner (i) considère la vue comme unique au monde, compte plus de 3oo vergers d'orangers représentant un ensemble de 5oo,ooo arbres; certains d'entre eux, suivant la tradition, auraient plus de 700 ans.

Dans l'Italie centrale, les plantations sont rares; mais la plupart des jardins bien exposés possèdent des orangers en pleine terre, ou en caisses. On cite toutefois dans les Marches, les orangeries du littoral entre TAso et le Tronte, qui occupent près de 100 hectares; les citronniers de l'abbaye de Valvisciola, au pied des monts Sepini, dans les marais Pontins. En Toscane, les orangers sont en pleine terre, mais les citronniers s'abritent en hiver.

Les plantations de citronniers et d'orangers constituent une des principales richesses de la Ligurie, entre Vintimille et la Spezia, sur le littoral, et les collines qui le surmontent, exposées au midi, côtoyées par les torrents ou les ruisseaux. A San Remo, les citronniers sont plantés à o'",5o de profondeur et espacés de 2 à 3 mètres; on les fume tous les deux ans, au moyen de fumier, de vidanges, de guanos et de ràpuresde cornes, et on les arrose pendant l'été, au moins une fois par mois.

(I) Durch SarJinien, p. i53.

A Tautomne, sinon à la fin de Thiver, on sarcle et on nettoie le terrain. Dans le district d'Albenga, ce sont les orangers qui dominent comme culture en plein vent, tandis que les citronniers s'y dressent en espaliers.

L'Italie du Nord offre encore dans les arrondissements de Gargnano et de Salô (province de Brescia), les célèbres citronnières du lac de Garde qui occupent une cinquantaine d'hectares répartis en 1 5, ooo vergers. Elles sont installées avec des murs d'abri pour la protection des arbres en hiver; la production atteint de 2,000 à 4,000 citrons par pied, et le terrain consacré à cette culture est hors de prix. Dans ces arrondissements, on laboure tous les trois ans le terrain des plantations, après avoir fumé avec du fumier de bœuf ou de cheval, réduit à l'état pulvérulent. Pendant les mois d'été, on arrose chaque semaine; pendant l'hiver les arrosages ne se pratiquent que suivant les besoins et avec précaution.

Comme les sources de la rive du lac sont peu nombreuses, on recueille les eaux dans des citernes de 5o à 100 mètres cubes; ou bien on puise directement dans le lac à l'aide des pompes, et l'eau conduite par des rigoles se distribue à raison d'un demi-mètre cube en moyenne , par arbre et par arrosage.

Pour l'hiver, les citronniers sont abrités sous des toitures que supportent trois murs pleins de 10 à 14 mètres de hauteur; la quatrième face exposée au soleil ne comporte que des piliers espacés de 5 à 7 mètres (i).

Si le limonier prédomine dans l'Italie septentrionale, les variétés d'orangers abondent dans l'Italie du midi et dans les îles. C'est dans les Calabres principalement que la culture industrielle s'est étendue sur les

(i) P. Marchiori, Inchicsta agraria; circondario di Salo, t. VI, part. 2.

côtes et à proximité des cours d'eau, partout où Teau est naturellement ou artificiellement disponible.

Dans la province de Cosenza, la culture des agrumi fleurit aux environs de Rassano, où Ton utilise les eaux des torrents et des nombreuses sources pour Tarrosage. L'irrigation est indispensable si l'on cherche des produits abondants (i). On compte, dans cette seule province, à raison de 200 fruits par oranger, de 210 par citronnier et de 100 par cédratier, mandarinier ou bergamottier, sur une production totale annuelle de plus de 22 millions de fruits, en dehors des jardins particuliers.

Le district de Rcggio cultive, pour leurs fruits et comme ornements, Toranger doux {Citrus aurantium\ le mandarinier [Citrus deliciosa)^ la lumie, (Citrus lumia)^ le limonier doux et paradis [Citrus medicà)\ les cédratiers monstrueux et de Salô; et pour Fessence, le bergamottier [Citrus bergamia) ; le bigaradier [Citrus bigaradia)\ le limonier, le cédratier et le limettier. L'arrosage par imbibition exige i5o kil. d'eau par pied, et lorsque l'eau est dérivée des rivières, il s'effectue une fois par semaine. Dans les propriétés qui ne jouissent pas, en été, d'eaux de dérivation ni de sources, ou de puits sur lesquels on puisse monter des norias, on recueille les eaux d'hiver dans de grands réservoirs en maçonnerie, et on les répartit pendant l'été suivant l'importance des plantations. A l'automne, pour rafraîchir la terre et faire grossir les fruits , on inonde les cuvettes des arbres et souvent même le terrain tout entier (2).

Chaque arbre reçoit tous les deux ans en fin d'hiver, environ 35 kil. de fumier sec que l'on enfouit à la profondeur de o™,3o sur i mètre de diamètre, et que l'on recouvre de terre. On donne trois façons

(1) A. Branca , Inchiesta agraria, etc. , t. IX, p. 77.

(2) De Marco» Inchiesta agraria^ loc. ciU^ p. 443.

240 LKS IRRIGATIONS.

au sol chaque année; la première en janvier, la seconde en avril, pour pratiquer les fosses au pied des arbres, et la troisième, selon le besoin.

Les citrons et les oranges se récoltent d'octobre à janvier; les meilleurs fruits s'expédient en caisses par le port de Messine, les autres servent à la fabrication des essences. Les fruits du bergamottier se cueillent avant maturité, de novembre à fin décembre, pour éviter qu'ils ne perdent la principale qualité que Ton recherche, c'est-à-dire, l'arôme de leur huile essentielle. Le bergamottier à principe odorant se cultive sur une bande seulement du littoral, entre Carmitello et Palizzi.

On évalue à 410 environ le nombre d'arbres par hectare : les orangers, qui sont les plus productifs parmi les agrumi, donnent de 5oo à 3,ooo oranges; les meil* leures pour l'exportation se récoltent à Villa San Giuseppe, Fiumara, etc. Les citronniers rendent de 3oo à 3,000 citrons; les plus estimés proviennent de la commune de Scilla; enfin le bergamottier produit de 3oo à 5oo fruits par arbre.

Lastatistiquede 1882 (l'assigne aux diverses provinces la production suivante, consignée dans le tableau X.

La Sicile qui produit plus de la moitié des agrumi de l'Italie, jouit du climat le plus sec; la chute d'eau pluviale moyenne y atteint seulement o",588 par an. II y a pénurie d'eau au mois d'avril, et absence complète, de mai à septembre. Pendant cette période, la terre devient si aride que sans irrigation aucune plante ne saurait résister à une température de 28 à 32 degrés. Aussi, dans certaines années, l'assèchement des cours d'eau devient-il des plus funestes aux cultures arbustives. En 1866-67, l'assèchement du Boccadifalco ruina

(I) Bollettino dinoti\ie agrarie, 18S3, n. 71.

ta

0f*0f<^0"+r>. ri

t^ 0 0 r^ r>. 00 ce 0

-C>rxr«»r>OX -r

àTl

Cl r« t>> « en ro Cl 0

X C^ Ci M LTi »o ir% u-i

r^iin-X-côxl-^ Il

X X 0 en 1 0 II

r^ -O ir> -t 1 'f II

a t^ m 0 0 1 c« Il

ç«-. en -

rn

ta

•< eu

Page 1