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LES DATTIERS

Espagne. — C'est à Alcazar, sur la route de Carihagène, que se rencontrent les premiers dattiers. En petit nombre d'abord, ils deviennent plus fréquents au fur et à mesure que l'on s'approche de Murcie, où ils s'associent aux orangers. Sur le territoire même de Murcie, les dattes viennent à maturité, le climat étant aussi doux, mais avec des étés plus chauds qu'à Malaga; tandis que sur la côte algérienne, beaucoup plus méridionale, elles ne mûrissent pas. Elche offre l'aspect féerique du palmier en pleine culture, atteignant jusqu'à 20 m. de hauteur, produisant dattes et palmes, qui alimentent un grand commerce d'exportation et forment la principale richesse du pays. Les écrivains arabes du douzième siècle ne font pas mention des 60,000 dattiers

(i) Marchand, Lettres de Californie; Revue horticole^ 1877.

d'Elche yilice des Romains) ; de telle sorte que si les Arabes les ont plantés, comme on le prétend, c'est sans doute après rétablissement de leur domination en Espagne (i).

Les eaux du rio Vinolapo, chargées de chlorure de sodium, de sulfate de chaux, impropres à la boisson et à la végétation de beaucoup d'arbres, le figuier par exemple, paraissent avoir contribué particulièrement à la réussite du dattier d'Elche, comme aussi des grenadiers, des caroubiers et des oliviers. Le dattier ne résiste pas à la sécheresse; il souffre, s'il reste quinze jours sans arrosage; aussi Tarrose-t-on abondamment tous les huit jours. Venu par semis, il est transplanté au bout de trois ou quatre ans de pépinière. Six ans plus tard, il donne des fruits. Les dattes d'Elche, sans être comparables à celles de l'Afrique, sont consommées dans le pays; mais le principal revenu de la culture qui donne lieu à un commerce très important, ce sont les palmes que les églises d'Espagne, d'Italie et du midi de la France emploient pour les processions et la consécration du dimanche des Rameaux. Les palmiers mâles ne prodiiisant pas de fruits, c'est leur touffe fortement liée et privée de l'action de la lumière qui fournit les palmes blanches portées dans les processions (2).

Les palmiers d'Elche couvrent plus de 120 hectares; ils sont arrosés directement par les rigoles qui déversent dans la fosse creusée au pied de chaque arbre.

Les dattes d'Espagne représentent, en moyenne, 5o,ooo kilogrammes par an; en y ajoutant celles importées du Maroc, par la voie de Gibraltar, leur commerce acquiert une certaine valeur.

Algérie. — L'oasis de Zadja, située à 40 kilom. au sud

(i) De Tchihatchcff, loc. cit., p. 53.

(i) Aymard, Icc. cit., p. 184.

de Biskra dans le désert , doit sa prospérité aux dattiers dont on porte le chiffre à 40,000 pieds. Tous les quinze jours, le sol oîi plongent les racines est irrigué à laide des sources de la montagne, dont les eaux circulent dans les rigoles autour des arbres.

Même à Tépoque la plus florissante de la domination arabe, les dattes des oasis de Biskra jouissaient d'une grande réputation, car en parlant de cette ville qu'il qualifie de capitale du Zab, Abulfeda dit : a le territoire de fiiskra abonde en palmiers et en grains; on en exporte d'excellentes dattes à Tunis (i). »

Les dattiers des oasis sont, du reste, pour le gouvernement, une source de revenu importante, la redevance étant fixée à o fr. 5o par arbre (2). Pour les Zibans, c'est une véritable fortune.

Au sud-est de Biskra, Toasis Sidi-Okba, rapprochée des montagnes qui bordent le désert au nord et forment les dernières ramifications du massif de TAurès, tire profit de la petite rivière POued-Abeid pour cultiver le dattier, Toranger et le citronnier. A défaut de cette rivière, assez souvent à sec , Teau est amenée de Toasis de Si-Kirli, sur 7 kilomètres de parcours. Le nombre des dattiers y est dans le même rapport qu'à Lachana, dans Toasis de Zadja.

Biskra est pour les dattes ce que Blidah est pour les oranges; on n'y compte pas moins de i5o variétés, se divisant en deux sortes très distinctes, les dattes dures et les dattes molles; les premières plus recherchées que les secondes , mais toutes deux rivalisant avec les meilleurs fruits dans ce genre, du Maroc et de la Tunisie. Propagé par drageons que l'on détache des plantes femelles,

(i) Géographie d'Abul/eJa^ traduite de l'arabe par Reinaud, t. II. (2) De Tchihatchetf, loc, ciL, p. 3o3.

au printemps, le palmier des bonnes espèces se conserve indéfiniment. Les semis, donnant plus de mâles que de femelles, on ne conserve des palmiers mâles que le nombre strictement nécessaire pour la fécondation.

La plupart des dattes de Biskra sont réunies en gros pains pressés, ou confites; ailleurs, elles sont distillées. Dans les oasis de Laghouat (province d'Alger) qui renferment 675,000 palmiers, pour le cercle militaire seulement, cet arbre est exploité comme producteur de vin . (lakmi des Arabes). La sève, quand le palmier a atteint 40 ans, c'est-à-dire, son maximum de vigueur, est obtenue par une incision circulaire au-dessous du bouquet terminal, à raison de 3 à 4 litres en moyenne par jour, pendant un mois, et mise à fermenter. Le vin de palmier, à couleur opaline, d'une odeur excitante, d'une saveur de cidre, pétille à la façon du Champagne : sa consommation est toute locale {i).

Un fait curieux à signaler, c'est que si le dattier cultivé pour ses fruits, pour ses palmes, ou pour le vin que fournit la sève, ne prospère qu'à la condition d'arrosages abondants et continus, le palmier nain dont les touffes encombrent les terres incultes et causent un embarras continuel aux colons, ne cède la place que grâce à l'action d'irrigations copieuses. Dans le territoire de Hadji-Roum, en moins de deux ans, les souches vigoureuses du palmier nain ont été détruites et converties en un humus abondant par l'irrigation à grande eau. Les défrichements ont pu dès lors s'effectuer sansfrais^ permettant la mise en valeur de terrains d'une grande fertilité (2).

Egypte. — La culture des dattes, en Egypte, est une branche d'exploitation précieuse. 11 y en a un assesi.

(I) De Tchihatcheff. loc. cit.

(a) Cosson, Rapport sur le voviiffc botanique en Afrique, p. 38.

grand nombre de variétés dont les fruits se mangent trais ou conservés; la principale est le Phœnix dactylifera qui croit spontanément et atteint jusqu'à 20 mètres de hauteur, sur o'",6o à i mètre de diamètre.

Les dattes provenant des palmiers de la vallée, sur des terrains bas et humides, sont à pulpe molle, muco-miel- Icuse; elles fermentent facilement et ne se conservent pas. Celles à pulpe sèche saccharine, se desséchant parfaitement sans fermenter, et de bonne conservation, proviennent des dattiers qui croissent sur les bords du fleuve, dans la basse Nubie, à Dongola, Korosko, Assouan; elles sont chargées en grandes masses sur les barques d'Assouan, pour être expédiées au commerce du Caire. Les dattes de la grande province de Zagazig fournies parles palmiers cultivés à la limite du désert, sont surtout recherchées pour l'exportation, à cause de leur saveur aromatique (1).

Le dattier est Tarbre providentiel de TEgyptien : fruits, tiges, feuilles et fibres, même les noyaux, sont utilisés dans Talimentation et l'industrie. Un arbre spécial de la famille des palmiers, le doiim (Crucifera thœbatca) qui croit à l'état spontané, mais que l'on cultive et que Ton arrose, rend également de grands services en Egypte par son fruit qui ressemble à un gros oeuf avec une enveloppe sucrée, rappelant celle du caroubier; et par son bois fibreux et compact, susceptible du plus beau poli.

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