‹ Les irrigationsChapitre 56 sur 145 · I . LKS LKOUMKS · texte numérisé non relu

I . LKS LKOUMKS

France. — En France, les jardins maraîchers et potagers représentent, sur une surface de 480,000 hectares, une production de légumes et de denrées les plus varices, dont la valeur annuelle atteint près d'un milliard

de francs (i). Plus de 90,000 hectares sont cultivés pour la vente régulière des légumes, fournissant un produit moyen par hectare de 2,100 francs : c'est là toutefois un chiffre minimum, car dans nombre de cas, le produit dépasse 4,000 et 5, 000 francs. Comme répartition, les cultures potagères sont plus importantes dans les départements du Nord, dans la Manche, la Bretagne, en Seine-et-Oise ; mais depuis quelques années, le Midi fait les plus louables efforts pour accroître la production des primeurs et soutenir la concurrence de TEspagne, de ritalieet de la Belgique.

Provence. — Rien n'est plus frappant dans la Basse Provence, et de plus captivant à la fois, que l'association intime de l'agriculture et de l'horticulture. C'est un de ses traits caractéristiques; il est assurément difficile de préciser où l'une commence, et où l'autre finit.

De Toulon jusqu'à Gènes, la mer est bordée d'une admirable ceinture, à peine interrompue, de jardins potagers, fruitiers et fleuristes. La plaine de Hyères, arrosée par le Béai, canal dérivé du Gapeau, recouverte d'un sol riche et profond , peuplée de villages industrieux, n'est d'un bout à l'autre qu'un verger abritant des légumes et des fleurs. Il en est de même des coteaux de Grasse et du Cannet, protégés des vents froids, desservis par des sources et par les eaux du canal de la Siagne. Plus loin, aux environs de Nice, d'Antibcs, de Menton, etc., partout où se présentent des terres arrosables, l'horticulteur s'en est emparé pour y créer des merveilles comme primeurs, comme plantes de rapport ou d'agrément. Il ne s'est pas borné à la culture facile, car du moment où il pouvait disposer d'eau, il a conquis le rocher, comme à Cannes-Eden, au golfe .Tuan, à Mo-

(i) Statistique agricole Je 1882, etc.

naco, etc., pour y suspendre des terrasses et y installer les cultures florales et arborescentes les plus diverses.

Le développement des communications n'a pas peu contribué à cette rapide croissance de Thortolage, en facilitant Tapprovisionnement continu des grands centres en produits maraîchers, récoltés en hiver, et en plantes de rapport, rares ou précoces.

Comme légume précoce, Tartichaut qui exige une terre riche en engrais et beaucoup de travail, arrive, sous l'action des arrosages, à produire dès le mois de décembre. Il continue à produire pendant plusieurs mois, de même que le chou-fleur, auquel succède le brocoli. La culture des salades d'hiver, de la chicorée frisée en première ligne, fournit des transports réguliers incessants vers les marchés du Nord. L'asperge , à cause de la précocité que donne le climat, ou à cause de la fertilité des terres qu'on lui assigne, assure aux jardiniers habiles un produit des plus élevés.

Comme légume d'été, le haricot donne lieu à la grande culture. La variété pour consommation en vert vient en terre arrosable. Pendant six mois de Tannée, jusqu'au milieu de novembre, le haricot vert approvisionne le Nord, longtemps après que les maraîchers de cette région ont cessé de le produire.

A Hyères (i), le haricot est cultivé deux fois par an pour l'expédition. Il est semé d'abord en mai, pour subvenir, 20 jours avant celui de la culture en plein air, aux besoins du centre de la France; puis il est semé encore en août, pour donner jusqu'en décembre, quand sous un autre climat tout produit similaire est détruit. Les expéditions sont si importantes que les cultivateurs

0 Hardy aîné, Revue horticole, 1872, p. 3 10.

consacrent jusqu'à 2,000 mètres carrés aux portegraines du haricot noir de Belgique.

Indépendamment des farineux récoltés en sec, et des pommes de terre de pleine culture, les jardiniers du littoral produisent nombre de légumes spéciaux, tels que les courges et les concombres, Taubergine et le piment. Il en résulte que dans toutes les saisons il y a des légumes frais, et que les hortolages ne cessent de livrer des produits lucratifs à la vente.

C'est encore dans les jardins de Hyères, le long du Gapeau et du Béai, que le fraisier se cultive en grand, dans les intervalles des pêchers et des autres arbres fruitiers. Malgré les inconvénients de cette pratique, sous le rapport des arrosages qui, appliqués aux fraisiers, ne conviennent pas aux arbres, ou réciproquement, la culture des fraises sur une terre abondamment fumée et convenablement irriguée, donne un produit net considérable par hectare.

Les melons, qui s'obtiennent en grandes quantités, à des prix bien inférieurs à ceux des régions situées plus au nord, ont un débit d'autant plus sûr que les variétés à chair blanche, à écorce lisse, et celles d'hiver se succèdent jusqu'à une époque avancée de Tannée. La culture de la pastèque exigeant un peu plus de chaleur que celle des melons donne lieu également à une grande production.

Les bastides des environs de Marseille (d'Arène à Saint-Giniez) offrent le type des hortolages que l'on retrouve loin du littoral, dans les cantons de Saint- Rémy, d'Orgon, de Châteaurenard , de Vitrolles, etc. Sur une surface qui varie de 5o ares à 2 hectares, les carrés sont abrités, quand il y a lieu, par des rideaux de peupliers ou de cyprès , et sur les routes, les chemins et intérieurement, par de hautes palissades de roseaux.

-GO LKS IRRIGATIONS.

Des planches étroites, légèrement courbées reçoivent les eaux des rigoles par intiitration ; au centre, on y cultive les melons ou les pastèques, et sur les bords, les laitues et les romaines de primeur. Les planches plus larges portent des choux-fleurs avec melons ou courges intercalaires, et lorsqu'en septembre, les melons sont mûrs et arrachés, Tarrosage qui a été suspendu reprend activement pour les choux-fleurs, livrables à la consommation en novembre, ou en décembre. Dans d'autres planches, les piments sont associés aux laitues; les céleris aux chicorées; les tomates sont plantées en lignes, et quand elles sont forcées comme primeur, on les abrite par des paillassons en berceau; enfin, certains carrés sont cultivés en une seule espèce de légume; pomme de terre, rave, épinard, carotte, etc., suivant un assolement qui occupe toujours le sol.

Sur les terres colmatées des graviers de la Durance, à Cavaillon (Vaucluse) , les hortolages offrent comme culture en grand, des artichauts qui, pendant dix mois de Tannée , alimentent Lyon , Paris et le Nord ; des melons qui produisent en juillet, août et septembre pour les mêmes destinations ; des céleris , des oignons et des aulx approvisionnant une grande partie du Midi; et des haricots semés deux fois par an, en août et en juin, donnant par les arrosages une récolte qui dure de mai à octobre. Dans le livre précédent, chap. iv, (i) la disposition est indiquée du terrain servant à la culture simultanée du melon et de Tartichaut.

La terre est préparée pour les autres légumes à Taide d'une fouille à deux pointes de louchet, (o'",8ode profondeur), puis ameublie et divisée en planches de i",75 de largeur, A la limite des deux planches contiguës, une

1) Voir t. Il, p. 5\^.

fosse OU rigole est creusée, de o™,i 5 à o°,20 de largeur et de profondeur, et la terre est relevée en butte qui porte au sommet, sur plusieurs rangs , les divers légumes. L'eau est introduite dans la fosse jusqu'à ce que Timbibition soit complète; ce qui exige à peu près six fois son volume d*eau, ou 1,000 mètres cubes par hectare, chaque fois.

Dans le comtat d'Avignon, les haricots en grande culture sont arrosés par nappe comme les prairies, le terrain étant préparé de la même manière. Les premiers haricots semés en avril et récoltés depuis mai jusqu'à fin juillet, sont consommés à l'état vert, et à partir de juin, on récolte des haricots blancs. Les seconds haricots, proviennent des semences faites sur un chaume qui a été inondé pendant 2 ou 3 jours. La récolte commence en août et finit en octobre.

Gers. — La riche plaine du Pradoulin offre, entre le Gers et Lectoure , et sur les coteaux mêmes de cette ville, des hortolages étendus qui, approvisionnant en outre Condom, Fleurance, Nérac, etc., doivent aux arrosages et à une exposition favorable une production spéciale, basée sur la culture en grand des légumes. Il s'y plante chaque année, d'après Dumas (i), à peu près de 3o à 40,000 choux (choux de Milan et cabus d'été), 3oo,ooo pieds de chicorées ou de scaroles; 25o,ooo de céleris et autant de romaines. 11 se vend 5o,ooo bottes de radis chaque printemps, et tous ïes étés, au mois d'août 60,000 plants de choux. Le produit que donne le chou seul s'élève chaque année à 25,ooo francs; la contenance actuelle des jardins étant de 20 à 25 hectares, on obtient ainsi anuellement de 90 à 100,000 francs. Avec des légumes plus recher-

(i) A. Dumas, ia Culture nuiraichère pour le midi de la France, p. 11.

chés, comme l'asperge, la somme des revenus des marais de Lectoure doublerait assurément.

Somme, — Nous avons déjà mentionné, en traitant de Tarrosage par aspersion , les marais de la Somme, répartis au nombre de i,5oo environ, entre les propriétaires ou locataires des marais.

L'ensemble des hortillonnages autour d'Amiens et sur divers points des vallées de TAvre, de la Celle et de TAgrapin, couvre 800 hectares de terrains spongieux, noirâtres, découpés en parcelles dont quelques-unes n'ont que trois ares. Grâce à l'assolement triennal, ces hortillonnages ne chôment jamais et l'équilibre se maintient entre les produits et les amendements. Outre que toutes les plantes potagères , sauf les lentilles , sont indistinctement cultivées avec le même succès, les produits sont cités pour leur beau développement: des choux de 18 à 20 kil.; des radis de Tournai de 6 à 10 kil.; des navets de 6 à 8 kil.; des betteraves rouges de 10 à 12 kil., etc.

Puvis (i) a calculé que dans Tespace de trois ans, sans aucune culture d'hiver, on fait quatorze récoltes sur un même terrain tourbeux bien égoutté, grâce à l'engrais des canaux, à l'arrosage et à la main-d'œuvre incessante.

La première année, après une bonne fumure et un labour, on récolte au mois de mai les radis ; le mois suivant, les salades; en juin et juillet, les carottes primeurs; en août, les oignons; en septembre, les poireaux; puis on fume de nouveau et on laboure pour repiquer les choux et les salades.

La deuxième année, après le curage des canaux et une fumure suivie de labour, on sème despois en rangée, avec des pommes de terre intercalaires. Les pois récoltés en juin

(1) Des récoltes lég^umières ; Journ. agric, prat., 1 838-39, t. II, p. 483.

sont remplacés par des choux; les pommes de terre récoltées en août et septembre sont remplacées par des laitues ou des chicorées d'automne. Quant aux choux tardifs, ils sont enlevés en décembre et janvier.

La troisième année, après curage, fumure et labour, on sème des radis et des salades, et sur ces semis, en mars et avril, des œilletons d'artichaut, qui produisent en août et septembre, pour faire place à des chicorées.

Indépendamment des légumes courants, quelques arbres fruitiers, mais surtout les framboisiers, les groseil- 1ers et les melons, sont cultivés avec profit sur quelques unes des aires.

Angleterre. — D'après les dernières statistiques, on comptait, en Angleterre seulement, plus de 18,000 hectares de cultures maraîchères, dont le tiers se trouve dans les comtés de Middlesex, d'Essex et de Kent.

C'est dans la zone immédiate de la capitale, oîi domine la culture à la bêche, que l'on cultive les plus fins légumes, tels que l'asperge, le crambé, le brocoli, les chouxfleurs, les haricots verts, qui demandent des soins spéciaux et des châssis au commencement du printemps. Au delà de cette zone, on cultive les choux, les pois, les fèves, les oignons, les carottes, les navets, etc., pour l'approvisionnement des marchés , mais sans aucun assolement régulier. La succession des récoltes maraîchères dépend du sol, de l'eau dont on dispose, et surtout de la consommation.

Le climat de l'Angleterre est plus favorable aux légumes qui se consomment en feuilles, caries récoltes, pendant l'hiver, ne souffrent pas autant des froids, et pendant l'été, elles n'exigent pas des arrosages aussi répétés que dans le Midi. Aussi, après Noël, dans les terrains

(i) Puvis, loc. cit.; Journal d'agric. prat.^ p. 486.

27« I-ES IRRIGATJONS.

meubles et secs, on sème, quand le temps est propice, les radis, les épinards, les oignons et les autres graines pouvant supporter un peu de froid ; puis, en février, s*il est possible, on plante les choux-fleurs élevés sous châssis, et plus tard, les choux, remplacés avant la fin de la saison par des endives et du céleri (i . La règle consiste naturellement à n'avoir aucune jachère , le terrain étant toujours occupé par une récolte prête pour le marché.

Comme type de culture très usitée dans les comtés qui avoisinent Londres, on peut signaler : i" une récolte de choux plantés en juin et enlevés en janvier, suivie 2" d'une récolte de pommes de terre hâtives, obtenues en juin ou au commencement de juillet; 3^ des choux d'hiver ou des brocolis branchus, remplacés 4** par des petits pois cueillis au mois de juin; 5° des oignons d'hiver ; puis de nouveau, des choux et des brocolis verts (2 . Une succession aussi rapide de cultures épuisantes ne peut se soutenir sans une masse d'engrais et d'eau. Sur les alluvions avec sous-sol graveleux, ou sur les loams argileux à texture légère, une fumure de 100 à i25 tonnes de fumier de ferme est nécessaire, surtout en vue de la culture des légumes du genre brassica; et partout 011 cela se peut, on pratique l'irrigation sur les bords de la Tamise.

Dans le concours des exploitations maraîchères, ouvert en 1879 par la Société d'agriculture (3) le prix de l'une des classes fut décerné au marais Lancaster, à Stratford Essex), couvrant 32 hectares auxquels s'appliquaient les irrigations d'été. Une pompe à vapeur élève

11^ Pu vis, Journal s agric, prat., loccil.

(2) Ch. W'hitehead, The cnltivalion of hops, fruit and vegetables; Journal Roy. Agric.Soc. o/Englandy 1878, vol. XIV, p. -jbi.

(3) Report vpon the market garden compétition ; Journal Roy, Agric, Soc, ofEngland, 2* série, vol. XV.

les eaux d'un ruisseau dans lequel débouchent les tranchées qui drainent le terrain jadis en pâturage, et les distribue par un réseau de conduites et de rigoles aux planches de légumes. Comme le sol, très humide en hiver, ne se laisse pas facilement travailler, la culture ne commence au printemps qu'après l'action des vents de mars: elle comporte en première ligne le céleri qui, à raison de 24,000 pieds par hectare, occupe 18 hectares; puis les radis, les laitues, les choux-fleurs, les concombres, les oignons printaniers, la rhubarbe, etc.

C'est spécialement en vue de la culture légumière intensive, que l'irrigation à Teau d'égout permet de réaliser les plus forts rendements. Les fermes arrosées des villes de Croydon, de Leamington, d'Aldershot, de Wrexham, de Cheltenham, etc., offrent des exemples de cultures parfaitement réussies comme qualité et comme quantité.

Nous nous bornerons à citer la ferme de Romford Breton's farm) qui avait fourni en 1871-72, pour les légumes arrosés, les rendements consignés dans le tableau XI, en regard des volumes d'eau distribués par hectare et par tonne de produit (i).

(I) A. Ronna. Egouts et Irri^raliom. p. 347.

Tableau XI. — Breton' s farm [Romford]\ Consommation d'eau et rendement des légumes arrosés.

Choux

Choux verts

Choux de Milan

Choux de Bruxelles.

Brocoli

Choux fleurs

Haricots

Pois

hpinards

laitues

Oignons

Volume d'wit d'égoat distribué

hectare.

par tonne ck produit.

m. enbi.

parhectaro.

kiL

Italie. — En Italie, les légumes qui nom pas un besoin absolu d'arrosage se cultivent dans les champs, ou dans les jardins attenant aux fermes; ce sont les pommes de terre, les haricots, les raves, les melons, etc., nécessaires à la consommation des paysans, du fermier et du propriétaire; Texcédent seul est porté au marché; mais la culture des légumes et des primeurs qui approvisionnent les marchés et le commerce se localise au nord , auprès des grandes villes et des chemins de fer. Cest dans ces pays du Nord , comme en Toscane, que la culture maraîchère s'exerce à part , tandis que dans l'Italie du Sud elle fait partie de l'assolement des céréales et des platites textiles, ou bien elle est associée à celle des arbres à fruits (i).

(I) Bertagnoll, /oc.c//., p. 116.

LiiS IRRIGATIONS. 273

Outre les légumes cultivés en grand, tels que les choux, les pois, les choux-fleurs, les pommes de terre, etc., les primeurs, comme tomates, se tirent spécialement de la Ligurie et de Tîle d'Elbe, pour l'exportation en Amérique ; celles des petits pois, de Brescia, Empoli, Naples et la Sicile, pour l'Europe; celles des choux-fleurs, de Lecce, Caltagirone, j>our les pays transalpins et l'Amérique. Bien avant que Gênes et Naples pussent expédier leurs primeurs encore plus hâtives, San Colombano avait acquis une renommée pour ses petits pois ; Caravaggio, dans la province de Milan, pour ses melons [poponi)\ Lodi et Pavie, pour les concombres [angurie] ou les citrouilles; Milan, pour ses légumes verts; Côme, pour ses oignons et ses brocolis; Novare pour ses céleris; etc. De ces nombreuses cultures dans les provinces arrosées, celle du melon est des plus lucratives , en ce qu'elle donne lieu à la vente pour exportation.

Sur les rives du lac de Garde, l'arrosage des jardins maraîchers s'opère à l'aide de l'eau des ruisseaux qui descendent dans le lac, ou bien de l'eau du lac môme, que l'on élève avec des pompes, ou que les bœufs transportent par tonneaux, pour être utilisée directement; quant à l'eau des ruisseaux, elle doit être échauffée dans des bassins, avant de gagner par les rigoles les planches en légumes.

La plus grande partie du territoire de Venise est consacrée à la culture légumièrc, que l'on retrouve également sur i5o hectares à Brà, auprès de Turin; autour des villes de la côte de Gènes dont elle a modifié l'économie agricole; aux environs de Florence d'où elle a éloigné à peu près les autres cultures; sur la côte de Naples, à Castellamare, et dans la plaine qui s'étend au pied du Vésuve; enfin, dans le bassin du Sarno, jusqu'à Pagani et Nocera.

274 l'ES IRRIGATIONS.

Ce sont les jardins maraîchers de Naples, qui alimentent Rome, dont Textension a été si rapide. Entre Pise et Cascina, l'horticulture très développée approvisionne Livourne et Florence; Tarrosage s y pratique à Taide de la noria décrite sous le nom de bindolo (i\ Presque toute la plaine de Pescia est en hortolages; celle des environs de Lucques et de Pistoia également, aussi loin que peuvent s'étendre les irrigations. Il n'y a presque pas de terrains irrigués en Toscane, qui soient livrés à la grande culture ; le Jardinage s'en empare toujours et en chasse le blé et les fourrages (2). « La pratique des jardiniers toscans consiste à mettre l'eau dans leurs terres à toutes les heures, soit de jour, soit de nuit; et les cultures n'en éprouvent jamais de mauvais effets. Ils arrosent les légumes verts tous les 8 jours, à l'exception des semis, et toutes les 24 heures, les petits oignons. Les terres qu'ils veulent préparer sont arrosées et essuyées pendant deux ou trois jours, avant d'y mettre la bêche. »

Dans les terres arrosées de Reggio, de Calabre, les légumes cultivés en assolement avec le maïs, le chanvre et le lin, permettent de faire trois ou quatre récoltes dans l'année, soit une à l'automne, une au printemps et une ou deux en été.

En Sicile, les jardins maraîchers, plantés d'arbres à fruits, occupent i,5oo hectares, tandis que les jardins spécialisés pour légumes en comprennent 5,700. « Le Sicilien a le goût de l'horticulture, et depuis le citronnier jusqu'au chou -rave et à la scarole, cultivée à Palerme pour la nourriture des chevaux, on trouve pour le jardinage, des terres arrosées avec un soin et une activité qui

(Il Voirlome I, p. 363.

<2) Toscanellij VEcnnomia rurale délia provincia di Pisa, p. n.

disparaissent quand manque le secours de Teau (i ,. »

Quatre légumes occupent une place dominante dans l'horticulture italienne : la tomate, les pois, les haricots et les choux-fleurs. La culture de la tomate ne cesse de se développer, surtout le long de la côte ligurienne d'où se font les exportations dans l'Amérique du Sud. Les tomates cultivées en Calabre, pour être exportées en Sicile, de même que les laitues qui se sèment toute Tannée, sont arrosées suivant les besoins, par infiltration. Le terrain est dressé à cet effet en billons, après avoir été copieusement fumé sur labour à la houe (2).

Les petits pois sont cultivés en Ligurie, dans le Brescian, à Empoli, sur la côte de Napleset de la Sicile, de façon à approvisionner les marchés italiens et étrangers pendant tout l'hiver.

En Ligurie, partout où Ton dispose d'une source, ou d'une rigole d'irrigation, on cultive le haricot, soit seul, soit entre les vignes et les oliviers. Les terrains cultivés en haricots, dans le district de Chiavari, donnent un revenu plus élevé que ceux emblavés en froment (3;.

Les choux-fleurs des provinces méridionales et de la Sicile donnent lieu à des exportations importantes. Dans les communes de Palagoniaet de Minco, qui relèvent de Caitagirone, les plantations représentent 40,000 pieds à rhectare, et à Ascoli Piceno, 20,000 (4).

Quelle que soit la variété, la culture maraîchère est toujours largement rémunératrice, grâce à la possibilité d'arroser abondamment. L'exportation totale des légu-

(1) De Gasparin, t* Agriculture de la Sicile; Journ. agric. prat.y 1839-40, t. III.

(2) De Marco, InchieUa agraria, loc.cit., vol. IX.

i3) A. htTtsinU Inchiesta agraria, loc. cit., vol. X, fasc. 1. {\) y'neWesch'i, I ne h iesl a agraria, X. XI, fasc. 2, p. 734.

mes de Tltalie, non compris les pommes de terre, atteignait déjà, en i855, le chiffre de 124,287 quintaux.

Espagne. — La plupart des légumes d'Espagne sont choisis et de bonne qualité, aussi bien les haricots, les pois, les lentilles, etc., que les tomates, les oignons, les aulx, notamment ceux de Murcie, les patates roses de Malaga, etc.

Les haricots {judias\, cultivés le plus souvent en seconde récolte, ne produisent que par l'irrigation ; encore faut-il qu'elle soit appliquée avec réserve, car la saturation des rigoles peut perdre la récolte. Dans la plaine de Valence, on les trouve surtout associés au maïs. Les variétés précoces se sèment sur la côte de la Méditerranée, en mars ou en avril; trois semaines après, le plant se lève, et dès lors, on commence à arroser pour cesser à l'époque de la floraison. Dans la vega d'Alicante, chaque plant est pourvu d'un tuteur, et les tuteurs reliés au nombre de trois formant une barraca , les protègent contre les vents. Les arrosages {adores se répètent de quinzaine en quinzaine. Le maïs remplace les tuteurs dans la culture dérobée des haricots.

Les variétés tardives, à Alicante, se sèment fin juillet, et au bout de cinq jours, les plants étant levés, on trace les sillons pour l'arrosage hebdomadaire. La récolte a lieu en octobre, ou en novembre (i).

Egypte. — Comme culture d'hiver, la fève est le légume qui réussit le mieux en Egypte ; elle est d'ailleurs très répandue pour la nourriture des hommes et des animaux.

Dans la région des bassins, on sème la fève sur les terres inondées au commencement de novembre, sans

(I) Llauradô. !oc. cit., t. I, p. 403.

labour, à raison de 3 à 4 hectolitres par hectare, et on récolte trois mois plus tard, en février. Dans la Basse- Egypte, on sème à la même époque, après la crue, et après un labour en sillons que Ton égalise, on divise le terrain en petits carrés par des digues. La récolte exige deux à trois arrosages. Le produit moyen est de 12 hectolitres, mais il atteint 20 et 2 5 hectolitres dans les bonnes terres (i).

Les lentilles, les pois chiches et les lupins se cultivent également pendant Thiver; surtout les lentilles qui restent 4 mois en terre et rendent en moyenne 12 à i3 hectolitres par hectare. Les lupins qui restent 5 mois en terre, et les pois chiches, 7 mois, donnent un produit très variable, suivant la nature des terres. Les époques et les procédés de culture ne diffèrent pas sensiblement de ceux indiqués pour les fèves.

Sur les bords du Nil, quand les eaux se sont retirées, ou sur les bords des canaux, dans les terres basses et humides, on cultive les pastèques {battikh)^ les melons (chammam\ les concombres et les potirons. Les berges sur lesquelles on plante les pastèques sont en plan incliné ; on y creuse des trous rectangulaires, parallèlement au cours du fleuve, à une profondeur assez grande pour quel'eau du sous-sol entretienne Thumidité voulue. Dans ces trous, distants d'un mètre les uns des autres, on dépose de la colombine, de la terre, et on sème quelques graines, pour ne garder qu'un plant après germination. De petites palissades en roseaux secs protègent les pastèques contre les vents et le sable. Le nombre de pastèques qui entrent dans la consommation est énorme; il en est de même des melons d'été qui se cultivent à peu près de la même façon, à la même époque;

(I) Barois loc. cit., p. 108.

des concombres semés au printemps, récoltés en mai et qui se succèdent pendant tout Tété.

Les courges et les potirons font également l'objet de cultures très étendues sur les bords du Nil; leurs fruits sont livrés jeunes à la consommation, depuis le mois de mars jusqu'à la fin de l'automne. Comme on cultive les espèces printanières, estivales et même hivernales, on trouve de ces fruits sur les marchés pendant toute Tannée; mais la grande saison est de mai à août (i).

Californie. — Dans le comté de los Angeles, les grains et les légumes du Nord, aussi bien que ceux des contrées semi-tropicales, produisent en abondance et sont cultivés tour à tour, comme dans les jardins maraîchers du midi de la France. Une récolte continuelle de beaux et bons légumes : choux-fleurs, laitues, radis, céleri tendre et plein, endives, navets, etc., s'effectue en décembre, comme en juillet. Tous les terrains sont disposés en planches de i"',2o; les sentiers bordent des fossés de o",3o de profondeur, qui servent en été à l'irrigaion, et dans la saison pluvieuse, à l'assainissement des terres. Les haricots sont produits toute Tannée sans interruption, et les variétés hâtives des légumes approvisionnent dès le printemps les marchés de San-Francisco.

Les champs de fraisiers les plus vastes sont situés entre San José et Adoiso (vallée de Santa-Clara) ; il y en a de 20 et de 5o hectares. Le terrain est préparé par de bons labours et mis en sillons, écartés de o"',6o. Les fraisiers sont plantés sur chaque côté de ces sillons et Tirrigation se pratique entre les lignes. Aucune autre culture n'est intercalée, de façon à faire produire davantage,

{i) Delchevalerie. Culture Jes cucurbilacées : Revue horticole, 1875, p. 292.

et de meilleurs fruits. A Texception des carrés destinés à la multiplication, tous les coulants sont supprimés. La cueillette se fait dans Taprès-midi. Le prix des fraises varie suivant les saisons et les années; mais les dernières sont à peine expédiées à San- Francisco le 6 janvier, que les nouvelles arrivent le 22 février. La récolte, en avril et en mai, comporte Tenvoi journalier de 5oo caisses contenant de 125 à i3o kilogrammes chacune. Le bénéfice net par hectare est abandonné par moitié aux Chinois qui cultivent, arrosent, cueillent et emballentles fruits (i). Inde. — Non moins que le riz, les légumes farineux, pois, haricots, doliques, etc., jouent un rôle essentiel dans la nourriture des Hindous qui les accommodent, soit en les faisant bouillir avec le riz, soit pour les manger avec leurs galettes de farine de froment (2]. Ils sont le complément essentiel deleur régime. L'Indien ne peut pas se passer de ces légumineux, et s'il ne les produit pas, il doit les acheter sur le marché. Sauf le ddl ou thur, cajan ou pois des champs (Cajanus indicus)y qui se cultive sur les bords des champs, ou entre les lignes de céréales et de coton, restant plus longtemps en terre, les autres légumineux rentrent dans les cultures dites kharif^ récoltées à l'automne, par opposition à celles du froment, de l'orge, du gros millet (jotpar), des graines oléagineuses, delà canne à sucre, etc., dites rabi, récoltées au printemps. Dans les régions arrosées, ils fournissent souvent une récolte intercalaire, au lieu de, la jachère qui devrait précéder le riz, le coton, la canne cultivés après les céréales. Ils consistent en différentes variétés du pois chiche {Cicer arietinum)^ telles que le gram vert ou moong, le gram noir ou ooriid^ le kool-

(1) Marchand, loc. cit.. Revue horticole, 1S77. p. 335

(2) D' Roylc, /oc. cit.. p. i<»3.

28o LES IRRIGATIONS.

tee; en certaines doliques {Dolichos uniflorus] et en haricots variés : mosh, shim ou poput; ainsi qu'en pois communs (i).

La plupart sont soumis à Tarrosage, ou semés au commencement des pluies, quand on veut assurer leur pleine production. Les uns sont consommés à Tétat vert, ou frais; les autres, à Tétat sec; d'autres enfin, une fois les graines récoltées, sont donnés comme fourrage aux animaux, ou comme nourriture d'engraissement. Lcgowar {Cyamopsis psoralioides)^ le mutt {Phaseolus aconitifo^ lius), qui sont des cultures d'été des plaines du Punjab, sont ainsi cultivés à double fin : comme grains fournissant de la farme à galette, et comme fourrage (2).

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