Arrosages en Espagne
En Espagne où domine le système d'irrigation par infiltration , les terres se partagent en parcelles qui re-
çoîvent des noms différents dans les différentes provinces. Celles que dessert un canal secondaire bra:{al, cacera, etc.; ont une forme régulière, le plus souvent rectangulaire, pour la facilité des travaux de culture.
La longueur étant variable, la largeur des parcelles ne dépasse guères 3o mètres. Une rigole de distribution régnera, regata, sangrero, etc.) sépare les parcelles entre elles et alimente les sillons ou raies d'infiltration.
L'ensemble des parcelles qu'arrose un canal secon-
Fig. I. — Irrigatiom par infiltration dite a caracol (Espagne).
daire ou bra:{al, reçoit le nom, en Murcie, de herediamento, et ailleurs, de heredad, pago ou partlto. Chaque herediamento est formé de parcelles qui prennent le nom, suivant les pays, de cuarteles, tajones ou canteras.
Dans la vega de Tajuna , les banquettes qui limitent les cuarteles sont un peu plus élevées que celles des planches appelées vesanas ou eras^ qui subdivisent chaque parcelle. Quant aux eras, elles sont sillonnées dans le sens de la pente, et les billons ^caballon ou caballeté" ménagés entre deux sillons offrent une largeur d'environ o™,40. La figure i représente une disposition très usitée, dite à caracol, dans laquelle quatre eras
sont desservies par une même rigole ou regata, a» dont le débit varie entre 2 et 20 litres suivant la culture (i\
Quand on submerge, les eras que Ton établit de dimensions plus réduites, toujours unies et de niveau, sont, partagées en planches par des digues [macho, camellorC plus élevées que les billons. Dans les terrains très inclinés, les parcelles en gradins que Ton appelle alors albitanas, plus communément bancales {feixas en catalan) sont séparées par des digues en terre, ou par des murs en pierre sèche [paradas à Valence, albarradas en Castille, et valates en Andalousie' qui s'irriguent comme en Toscane 2 .
Dans son voyage en Catalogne pendant l'année 1787, Arthur Young ne manque pas de signaler le mode d'irrigation suivi dans les localités que sillonnent des canaux « destinés à toutes les propriétés ».
a On ne saurait surpasser, dit-il, les soins donnés à rirrigation aux environs de Pons : le terrain y est nivelé comme celui d'une pelouse; il n'y a pas d'autres dépenses, sauf la conduite des eaux, qui est commune à tous. Le sol aplani , on le divise en planches larges de 6 à 8 pieds, au moyen de petits sillons de terre bien meuble, formés au râteau après chaque scmaille, afin d'empêcher l'eau d'occuper un trop grand espace à la fois. Sans cela, on n'arroserait pas également; le courant . serait trop fort à l'entrée; ce qui importe peu quand il s'agit de prairies; mais ce qui nuirait beaucoup dans les terres arables. De petites rigoles, partant des canaux d'amenée et aboutissant au sommet de ces planches, sont ouvertes lorsque le fermier juge à propos d'abreuver telle ou telle partie.
Il) A. Llauradù, Tratado de agtias y riegos, iS8^, tome I, p. 400. i2> Voir tome 11, pp. 480 et 537.
« On arrose aussitôt après les semailles , puis ensuite à intervalles réguliers, jusqu'à ce que'les plantes sortent de terre; modérément quand elles sont jeunes, et enfin )ournellement, et même deux fois par jour lorsqu'elles ont atteint leur pleine croissance. Les effets de l'irrigation sont merveilleux et surpassent ceux de la plus riche fumure. La végétation est tellement rapide, qu'il est rare de la voir exiger Tété tout entier pour s'accomplir (T. »