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Alsace

Les prairies de l'Alsace, dans la zone accidentée ou montagneuse, sont installées suivant la méthode vosgienne, et les rigoles de déversement y sont changées tous les ans.

Dans la plaine, elles sont suffisamment déclives, pour qu'à l'aide de barrages sur les cours d'eau, Tirrigation s'opère méthodiquement. Le foin est un peu grossier, mais la plupart des plantes fourragères qui constituent le tiers de la flore des prairies alsaciennes, fleurissent en juin et juillet.

Dans le Haut-Rhin, ce sont les eaux de riU qui fournissent les meilleures irrigations. Les plus belles prairies arrosées se rencontrent à Bollviller, Soultzmatt, Merxheim, Lutterbach, Dornach, etc.

A la ferme d'Adolsheim, près de Mulhouse, les prairies en plaine, sur sol argilo-siliceux , avec sous-sol graveleux, plutôt sec, sont arrosées toute l'année, sauf pendant les mois de mars et d'avril. C'est le canal de Vauban, ou de Quattelbach, dérivé de l'Ill, qui alimente les rigoles d'irrigation. Ces prairies d'une contenance de 28 hectares, donnent trois coupes représentant 5, 000 kil. de foin, en moyenne, par hectare.

Possesseurs de 160 hectares de prairies d'un seul tenant, sur la rive gauche de la Lauch, qu'une digue garantit contre les submersions, les habitants de la commune d'Eguisheim, près de Colmar, au nombre de 36o, formèrent un syndicat qui, à l'aide de deux rôles de con tributions, s'élevant ensemble à 3o,ooo francs, établit un barrage à quatre pertuis, avec vannes de garde et de prises d'eau et trois rigoles porteuses dirigeant l'eau sur toute la longueur des prairies. Les fossés d'arrosage

et d'écoulement ont 3o kilomètres de développement. Avant 1860, les prairies d'Eguisheim rendaient de 3,oooà 3,5oo kil. de foin par hectare, et valaient de 2,5oo à 3,000 francs Thectare. Depuis Tinstallation des irrigations, sous la surveillance d'un syndic, elles produisent de 4,000 à 5,000 kil. de foin, et se vendent de 5,5oo à 7,000 francs l'hectare (i).

Sur le domaine de Hombourg, près de Harsheim, une certaine étendue de bois, défrichée, puis cultivée successivement en avoine, en pommes de terre et en orge, a été convertie, dès la quatrième année, en prairies irriguées. Les eaux du Rhin maigres et froides, souvent chargées de sable fin, se décantent et s'échauffent dans des petits réservoirs situés sur les parties les plus élevées des prairies, d'où elles alimentent les rigoles de distribution. A cause de la perméabilité du sol et du sous-sol, des colateurs reçoivent les eaux surabondantes qui servent en reprise. Les réservoirs reçoivent d'ailleurs du fumier, dans le but d'améliorer la qualité des eaux, et les prairies elles-mêmes sont fertilisées par le parcage des bêtes à laine.

D'après le produit de la vente des foins et des regains sur pied, aux cultivateurs du pays et du duché de Bade qui n'obtiennent presque pas de fourrages sur des terrains analogues, les i5o hectares de prairie de Hombourg assurent un revenu net moyen par hectare de i23 francs. Ce revenu, calculé sur une moyenne de 1 5 années, a atteint jusqu'à 174 francs. Avant défrichement, les bois donnaient un revenu net annuel de 3o francs par hectare.

3. Suisse, Sur 21,600 kilom. carrés de terres livrées à la culture,

(1) Heuzé, les Primes d'honneur en 1867, p. 172.

la Suisse compte 70 pour cent de prairies et pâturages. L'Angleterre et la Hollande offrent seules une surface proportionnelle plus grande de prairies. Si le climat, la nature du sol et Thumidité de l'air sont favorables à la végétation des pâturages suisses, classés en alpes hautes, moyennes et inférieures, Tirrigation, partout où elle est praticable, ne contribue pas moins à maintenir à un taux élevé la production fourragère, et par suite, celle du bétail de choix, du lait, du beurre, du fromage et de l'engrais.

Dans le canton d'Argovie, par exemple, après que les canaux et les rigoles ont été curés et réparés, la dernière coupe se faisant généralement en octobre; l'irrigation se poursuit pendant les mois d'octobre, de novembre et de décembre jusqu'à ce que les fortes gelées arrivent. S'il neige et qu'il ne fasse pas trop froid, on reprend les arrosages pour faire fondre la neige. Pendant le printemps, on n'arrose pas, à cause précisément de la fonte des neiges. La première coupe s'effectue en avril pour la nourriture du bétail à l'étable; elle est souvent si riche qu'on la mélange avec du foin. Après cette coupe, on met l'eau pendant deux ou trois jours , et deux ou trois semaines plus tard, l'arrosage se répète jusqu'au commencement de juin. On fauche alors pour foin; on laissée sec pendant 10 ou 12 jours, puis on reprend les arrosages de la même manière jusqu'en août, quand a lieu la seconde coupe pour foin. Enfin, continuant à arroser jusque fin septembre , ou au commencement d'octobre on fait la dernière coupe , qui laisse parfois un regain fauchable. Le rendement des prairies de Aarau, ainsi irriguées, est estimé de 6,5oo à 8,000 kil. par hectare.

Il arrive qu'où bout de 4 ou 5 ans, les prairies irriguées sont rompues pour faire place au blé, aux pommes de terre, au trèfle, etc., pendant un certain

nombre d'années, puis remises de nouveau en pré (i).

Aux environs de Zurich, la terre labourable vaut de 5,000 à 7,000 francs, tandis que la prairie de bonne qualité s'y vend de 8,000 à 10,000 francs Thectare (2).

Dans le canton de Berne, la pratique est à peu près la même que dans TArgovie; seulement, à partir de mai, Tarrosage n'a plus lieu que de nuit. On fait deux coupes pour foin, dont la première en juin. Le bétail est au pâturage durant l'automne; mais à l'étable, il ne consomme pas de foin arrosé."

A Hofwyl, rendu célèbre par la ferme de Fellenberg (3), l'arrosage, de 24 heures de durée, se poursuit sur les prairies, une fois par semaine, aussi tard que possible, jusqu'à l'entrée de l'hiver. On y fait quatre coupes, dont la première et la dernière sont fournies en vert à l'étable, et les deux autres sont converties en foin. La première coupe s'effectuant en mai, la dernière s'opère fin octobre; parfois un regain se fauche encore aux environs de Noël.

Une pratique caractéristique delà culture des prairies suisses consiste à les fumer par tous les moyens disponibles, en toutes saisons, au milieu de Tété, immédiatement après le fauchage. Il n'y a pas de cantons oti les prairies, quand elles sont irriguées, ne reçoivent les purins en mélange avec les eaux d'arrosage ; elles ne fournissent pas plus de coupes, mais l'herbe est plus succulente. Les Valaisans sont passés maîtres en fait d'irrigations fertilisantes (4).

On a remarqué que dans les plantureuses prairies,

(1) H. Jenkinson, On irrigation in Swit\erland ; Joum, Roy. agric.soc, i85<\vol.XI.

(a) L. GrandeaUff/ttcfes agronomiques ; 1 886-1887, p. 23 1. (3) Voir tome II, p. 559.

14) Voir tome I, livre !•', p. 43.

depuis Genève jusqu'à Fribourg, Berne et Interlaken, les plantes composées et ombellifères dominent, au détriment des légumineuses, et souvent des graminées. La berce et le cerfeuil qui deviennent très abondants en première coupe, sous l'influence des purins, sont exclusifs à la repousse du regain. C'est seulement en défrichant, ou en recourant à des cultures sarclées, que le sol peut être nettoyé de ces ombellifères.

Sur les pentes fortement inclinées des montagnes, la prairie forcément pérenne constitue, par Tengazonnemeilt, le seul moyen de prévenir le ravinement et la destruction de la couche arable ; l'amélioration des plantes n'y est possible qu'à Taide de Tarrosage, si les eaux sont de bonne qualité, et du drainage, si les terres souffrent d'un excès d*humidité.

A la froide altitude de i,ooo mètres, la vallée de Chamounix offre des prés arrosés sur alluvions micaschisteuses, où les graminées représentent jusqu'à six dixièmes, et les légumineuses, deux dixièmes des espèces. Le foin de bonne qualité nourrit parfaitement une race tachetée rouge et blanche, bonne laitière et bien conformée pour la boucherie. Jusqu'à 2,000 mètres, dans la région alpine du Mont-Blanc, ce sont les graminées qui dominent; mais en descendant vers Evian, sur le lac de Genève, où les basses montagnes jurassiques fournissent l'élément calcaire, l'herbe plus abondante, plus substantielle, renferme une proportion de légumineuses deux ou trois fois plus élevée que celle des graminées; le rendement ne dépasse guère toutefois 5, 000 kil. pour trois coupes.

Tandis que dans les montagnes les prairies les plus productives livrent une herbe courte donnant, pouF la première coupe, à peine i,5oo kil. de foin, de première qualité comme finesse et valeur nutritive, sur des

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sols calcaires et perméables; celles des vallées, grâce aux fortes fumures et aux arrosements répétés, ne donnent jamais moins de 5,ooo kil. pour la première coupe, mais les graminées quoique nombreuses et variées y font place aux autres espèces.

Boitel conclut de son étude des prairies de la Suisse (i) que dans les vallées, en général, on se préoccupe plus de l'assainissement du sol que de l'arrosage. Les fumures abondantes, sous un climat humide et pluvieux comme celui de la Suisse, donnent aux plantes diverses la prédominance sur les graminées et les légumineuses.

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