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Belgique

Les prairies arrosées de la Belgique n'ont mérité une certaine attention que depuis la mise en valeur de la Campine. Cest en 1849 que le gouvernement prit initiative de la création d'une colonie agricole sur les landes de Lommel(Limbourg\ qu'il avait achetées à proximité de la première section du canal de la Meuse à la Schcldt. La colonie devait comprendre 20 fermes d'une contenance de 5 hectares, dont i hectare de terre arable. 3 hectares de landes et i hectare de prairie irriguée. Malgré des conditions particulièrement avantageuses offertes aux colons, et des subventions de toute nature, comme engrais, bétail, fourrage et argent, l'entreprise, qui avait coûté à TÉtat 247,000 francs, dut 6tre abandonnée, à défaut du paiement des fermages pendant 10 années. Vendue aux enchères, en 1861, pour le prix de 5 1,5 00 francs, la colonie fut adjugée à M. Keelhoff, qui conserva les fermiers, moyennant qu'ils fissent abandon de leur lot de prairie, le prix du fermage restant le

(0 A. Boitel, loc, cit.^ p. 706.

môme. En dépit de cet abandon, les mêmes fermiers ne pouvant plus invoquer Tassistance du gouvernement, n'ont pas cessé de payer leur fermage depuis 1861, et de prospérer.

Le sol de la Campine, à Lourmel, est de très bonne qualité; la couche arable y a de o",2o à o",25 d'épaisseur, et le sous-sol est constitué par du sable doux, ou jaune.

La colonie occupe un rectangle de 96 hectares, bordé au sud-ouest et au nord-est par des landes communales, et au nord-ouest, par la lande coloniale comprenant les lots irrigués que M. Keelhoff s'est réservés. Un canal navigable partage le rectangle en deux parties; les lots irrigués sont alimentés par un canal principal sur lequel le précédent s'embranche. Chaque parcelle irriguée est bordée par un fossé dont les bords sont plantés pour abri; ce fossé remplit deux buts; il draine l'eau en excès ; et en cas de sécheresse prolongée, il agit par infiltration. Sur la ferme même, le prix initial du terrain sablonneux a été de 120 fr. l'hectare; le nivellement et le labour ont coûté 140 francs, et l'appropriation des planches et rigoles, environ 140 francs par hectare de prairie irriguée.

Les arrosages des prairies se font généralement au nombre de douze, entre le 1 5 mai et le 1 5 octobre, et au nombre de six, entre le 1 5 octobre et le 1 5 mai. On n'arrose pas i5 jours avant, ni i5 jours après la coupe. Le foin est vendu en totalité et même exporté. En 1880 lapremîère coupe avait rendu 4,5oo kil. et la deuxième, 2,5oo kil. par hectare. Les prairies reçoivent en outre, chaque année, une forte fumure qui a varié de composition. Elle a d'abord comporté 188 kil. de superphosphate, 25o kil. de sulfate d'ammoniaque et gS kil. de sulfate de chaux, représentant une dépense de 176 francs

par hectare. Plus tard, elle n'a compris que 3oo kil. de sulfate d'ammoniaque et 200 kil. de superphosphate. Cette fumure, combinée avec un arrosage rationnel, assure un rendement de 5, 000 kil. de foin et 3, 000 kil.de regain, vendu sur pied, à raison de 141 fr. 5o. De nouveaux essais de fumure ont été tentés, en ajoutant au dernier mélange précité, du chlorure de potassium (i).

Non seulement Tengrais, mais Tensemencement et Tarrosagedesprairies, comme volume, nombre et périodes d'irrigation, sont soumis à l'expérience. La réussite de cette exploitation a exercé une grande influence sur le défrichement des landes environnantes et l'extension des prairies irriguées. Jcnkins constate dans son Rapport à la commission royale anglaise (2), que la Campine comptait plus de 3,600 hectares de prés irrigués en 1880, et près de 200 kilomètres de canaux d'arrosage alimentés par la Meuse.

Dans la plupart des vallées de la Belgique, le sol fertilisé par les crues fournit aux prairies les rendements les plus élevés. Dans certains districts, le produit de ces pâturages est si considérable que les propriétaires refusent de les louer. En moyenne, le loyer des prairies submersibles varie entre i85 et 370 francs par hectare (3). L'herbe est coupée tous les deux ans, mais on regarde comme plus avantageux de laisser paître pendant deux années, et de couper à la troisième. Sur les petites exploitations, l'herbe est vendue aux enchères; dans une bonne année, elle vaut 600 francs par hectare, et dans les années ordinaires de 435 à 5 00 fr.

(1) Keelhoff , Rapport au ministre de V Intérieur; Buliet. cons. super, agric, 1878, t. XXX.

(2) Report on the agriculture ofBelgium;Agric. interests commission, 1881 , p. 140.

(3) JenkinSf Report on the agriculture ofBelgium; Journ. Roy. Agric. Soc , 1870, vol. Vï, p. 6f*).

4i6 LES IRRIGATIONS.

Dans quelques communes, les fermiers ont droit au pâ- •turage gratuit du regain, de septembre à octobre, notamment sur les bords dePEscaut; ailleurs, ce privilège est payé en argent. L'irrigation commence vers la minovembre et cesse en mars; pour les rivières canalisées, soumises au flot de marée, l'irrigation se pratique naturellement, en ouvrant les écluses.

Dansd^autres provinces comme le Luxembourg, oti le terrain est montagneux, les petits cours d'eau sont utilisés pour l'arrosage des prairies, mais les résultats, d'après Leclerc, sont peu satisfaisants, en raison de la mauvaise installation des irrigations; les cultivateurs reculent devant la dépense de nivellement des surfaces arrosables.

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