Grande-Bretagne
On a évalue à plus de 5o,ooo hectares Tétendue des prairies irriguées en Angleterre; en Ecosse même, où le quart des terres cultivées est consacré aux prairies naturelles et artificielles, certains prés irrigués donneraient jusqu'à huit coupes (i). L'humidité du climat de l'Irlande y rend inutile la pratique des irrigations.
Les comtés de l'Angleterre où les arrosages s'opèrent en grand, avec beaucoup de soin et de succès, sont le Devonshire, le Hampshirc, le Wiltshire et le Gloucestershire.
Devonshire. — Dans le comté de Devon, renommé comme pays d'herbages et de cultures fourragères, pour son bétail de race, sa crème, son cidre et son climat, partout, les eaux coulent dans les riches et chaudes vallées,
(i) Enquête agricole, Rapport du directeur de l*agriculture, 1878, p. i3i.
et les prairies sont irriguées. Aussi bien les vallées d'Exeter et de Honiion, baignées par la rivière Exe, avec leurs loams sablonneux reposant sur Targile, que celles des districts du sud, dirigées vers la côte, avec leurs argiles calcaires et leurs loams légers, surpassent en fertilité, grâce à Tarrosage des prairies, toutes les autres terres du comté. C'est dans le Devonshire que se sont formés les meilleurs irrigateurs de l'Angleterre (i).
Hampshire. — La culture du district méridional du Hampshire, qui longe la craie et repose sur Targile de Londres, comporte, dans les vallées de TA von et de la Stour, des prairies irriguées à Teau courante, et d'autres irriguées par submersion; ce procédé forme un des traits caractéristiques de Tagriculture du comté. Les exemples les plus frappants de ces irrigations se trouvent sur TAvon, oti les prairies, par la profondeur de leur alluvion et leur sous-sol graveleux, surpassent en production et en qualité celles des vallées du Test , de TAnton et de ritchen, à Winchester, dont Talluvion repose sur un sous-sol d'argile et de tourbe. L'industrie laitière, comprenant la fabrication du beurre et du fromage, suit de près le développement des prairies irriguées.
Dans son instructif mémoire sur le Devonshire (2), Wilkinson insiste sur le rôle des prairies irriguées dans la nourriture des moutons, en vue de l'assolement qui fait précéder Torge par les navets de Suède, et exige beaucoup de fumier pour le blé, avant les navets.
Wiltshire. — Le Wiltshirc, avec ses immenses troupeaux de Southdowns et de Westcountrydowns qu'on y élève afin de maintenir la fertilité du sol crayeux et peu
(i) Voir tçme III, p. 45,
(3)Rev.J. Wilkinson, Thefarmingof Hampshire ;Journ. Roy.Agric.Soc. 1861, vol. XXII, i'« série.
4i8 LES IRRIGATIONS.
profond, se distingue par ses cultures très répandues de sainfoin, et ses prairies arrosées, que Ton voit vertes et luxuriantes sur le bord des rivières et des ruisseaux.
Aussi bien sur les prairies irriguées, que sur les prairies artificielles et les dunes, les moutons sont parqués toute Tannée. Lorsqu'ils ont été mis le jour sur le parcours des dunes, on les parque la nuit sur les champs arables; ou, bien à rencontre du parcage de jour, où ils ont été disséminés sur de grands espaces, on les parque serrés le plus possible, pendant la nuit; certains parcs contiennent jusqu'à 5,000 moutons par hectare, mais on a soin de déplacer ces parcs chaque jour, pendant l'hiver et le printemps (i). Sur les prairies irriguées, les moutons ne parquent que de jour, dans les intervalles oti l'arrosage n'est pas pratiqué.
Dès que les agneaux peuvent suivre leurs mères, vers la mi-mars, le troupeau est conduit aux prairies irriguées, que l'on a laissé égoutter plusieurs jours auparavant. Pour éviter les effets de Therbe fraîche, les brebis et leurs agneaux ne sont admis dans les prés qu'après le départ de la rosée, et après avoir quelque peu mangé à l'étable. C'est de 10 à 11 heures du matin, jusqu'à 4 ou 5 heures de l'après-midi, que les moutons sont en plein air; puis, on les rentrée la bergerie. L'essentiel est de pouvoir faire durer la nourriture en vert jusqu'à ce que l'orge ait pu être emblavée. Avec un hectare, on arrive à nourrir d'herbe fraîche un millier de paires de moutons pendant cette période.
Les prés irrigués de Orcheston, près d'Amesbury, sont réputés à cause de la richesse du fourrage 011 prédomine Tagrostis traçante, qui, sous l'action des submer-
(i) J. Algernon Clarke, Practical agriculture : Journ, Roy. Agaric. Soc»
1878, vol. XIX.
sions répétées, acquiert des qualités succulentes pour les moutons. Le sous-sol de cailloux se prête au développement des racines de cette herbe, et aux touffes qu'elle forme, lorsque les crues sont fréquentes. Au contraire, quand les hivers ont été secs et que les débordements sont rares, ou moins abondants, la végétation est réduite, et le produit en fourrage est de qualité inférieure. Cette particularité de Tagrostis, qui résiste à la sécheresse, de s'améliorer par l'excès d'humidité, la rend précieuse dans la plupart des sols du comté.
En décrivant le Wiltshire, Davis estime qu'un hectare de pré irrigué, après quatre ou cinq ans, produit en moyenne plus de douze tonnes de fumier et permet de maintenir en état permanent de fertilité, 20 ares de terre arable (i).
Gloucester. — Les irrigations des prés de South Cerney sont dues au révérend Wright, qui retraçait, dès la fin du siècle dernier, les procédés employés (2). Les eaux chargées de limon, provenant des grosses pluies de novembre, sont introduites sur les prairies; la submersion se pratique en décembre et en janvier pour abriter l'herbe contre les fortes gelées de la nuit; on a seulement soin tous les dix jours, d'évacuer l'eau, afin de permettre au sol de s'aérer, et aux racines de ne pas pourrir. Au mois de février, on doit éviter de laisser séjourner l'eau jusqu'à l'apparition de l'écume, ou de l'évacuer par un temps de gel, sans avoir préalablement mis le pré à sec. Pendant ce mois, le volume d'eau est réduit, dans le but de maintenir seulement Thumidité. Au commence ment de mars, il y a déjà assez d'herbe pour qu'après huit jours, les eaux étant évacuées, oii puisse faire paître
(i) Th. Dayis f General view of the agriculture of Wiltshire, 1794. (2) Rev. Th. Wright, Account of the method of watering meadows in the county of Gloucesier, London, 1789.
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le bétail, en ajoutant un peu de foin pour la nuit. A la fin d'avril, le parcage cesse, et Teau est de nouveau donnée durant quelques jours. L'arrosage des prés en automne, en hiver et au printemps, ne cause pas la clavelée des moutons; c'est seulement quand on Tarrose l'été, que cette maladie règne dans les vallées, et décime les bétes ovines.
Les eaux des sources qui jaillissent de l'oolite sont très favorables à la fertilisation des prairies des Cotswolds; mais on trouve également de très riches pâturages dans les vallées de la Colne et de la Churn. Les inondations de la Severn fertilisent aussi des prairies étendues, que l'on fauche et que Ton fait pâturer alternativement. La terre et l'herbage s'améliorent sans ei^grais, et le produit est plus précoce pour l'alimentation des animaux.